Sulfate de magnésium et autres anticonvulsivants chez les femmes présentant une prééclampsie

Le sulfate de magnésium réduit le risque d'éclampsie de plus de 50 % et diminue probablement le risque de décès maternel. Un quart des femmes présentent des effets indésirables, notamment des bouffées congestives. Le manque de précision de la définition de la prééclampsie sévère pourrait rendre cette intervention difficile à mettre en œuvre. Le traitement par sulfate de magnésium pourrait ne pas être indiqué chez les femmes présentant un faible risque de prééclampsie.

Commentaire de la BSG par Khan KS

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Cette analyse compare l'efficacité du sulfate de magnésium à d'autres anticonvulsivants chez la femme présentant une prééclampsie. Des preuves claires en faveur du sulfate de magnésium ont été observées dans la mesure où il réduit le risque d'éclampsie et de mortalité maternelle, bien que ce dernier effet n'ait pas atteint le taux conventionnel de signification statistique de 5 %. Le degré de gravité de la prééclampsie, pour lequel le traitement par anticonvulsivants est indiqué, n'est pas clair, car il s'agit d'une pathologie hétérogène.

Cette analyse semble être de bonne qualité méthodologique. Néanmoins, l'utilisation de la statistique résumée du nombre de sujets à traiter (NST) est trop simpliste. La prééclampsie est un état hétérogène entraînant des risques initiaux d'éclampsie variant considérablement entre les différents sous-groupes de femmes enceintes (1). Ainsi, le fait de calculer le NST moyen à partir des résultats regroupés d'une méta-analyse peut être gravement trompeur (2). Cela est dû au fait que les NST sont sensibles aux variations de risques initiaux (3). Plus le risque est faible, plus le NST est élevé et plus faible est l'attente d'un effet bénéfique du traitement par anticonvulsivants. Inversement, plus le risque initial est élevé, plus faible est le NST et plus l'attente d'un effet bénéfique est élevée, et plus les professionnels santé seront enclins à recommander et les femmes enclines à accepter le traitement par anticonvulsivants. Ainsi, afin d'appliquer les résultats de l'analyse documentaire systématique, nous avons besoin d'informations relatives à l'effet bénéfique ajusté en fonction des variations en termes de risques initiaux, (4, 5, 6) et non de NST moyens portant sur tous les groupes de risques comme ceux signalés dans cette analyse (cf. applicabilité des résultats ci-dessous).

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Les femmes présentant une prééclampsie dans les milieux défavorisés sont exposées à un risque accru de développement de convulsions (éclampsie) et de mortalité causée par ces dernières. L'incidence de l'éclampsie chez les femmes enceintes n'est pas établie avec précision dans les pays en voie de développement, mais est estimée à un cas sur 100 - 1 700 femmes (7, 8, 9, 10). Chez les femmes présentant une prééclampsie sévère, on estime les cas d'éclampsie à un ou deux cas sur 100.

2.2. Applicabilité des résultats

L'importance de l'effet relatif moyen de cette analyse documentaire systématique peut être utilisée pour calculer les NST, comparant le sulfate de magnésium à l'absence d'anticonvulsivant ou de placebo, dans différents sous-groupes de prééclampsie. Si l'on suppose que l'incidence de base de l'éclampsie chez les femmes présentant une prééclampsie légère est de l'ordre d'1/1 000, alors le NST pour prévenir un cas d'éclampsie s'élèverait à 1 695 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 1409–2382). En revanche, si l'on suppose que l'incidence de base de l'éclampsie chez les femmes présentant une prééclampsie sévère est de l'ordre d’1/50, alors le NST pour prévenir un cas d'éclampsie s'élèverait à 85 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 71–120). L'appréciation de cette différence est essentielle lors de la prise de décisions relatives à l'administration de sulfate de magnésium en cas de prééclampsie en prévention de l'éclampsie.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

La mise en œuvre de l'intervention consistant à traiter les femmes présentant une prééclampsie par sulfate de magnésium serait réalisable. La difficulté réside dans le fait de trouver un moyen de définir la gravité de la prééclampsie. Considérant le NST élevé de femmes présentant un faible risque, ces dernières pourraient ne pas être des candidates appropriées pour le traitement par sulfate de magnésium, mais il n'existe aucune définition claire à l'heure actuelle.

Dans les milieux où le sulfate de magnésium n'est pas facilement disponible, des efforts supplémentaires au niveau politique pourraient être nécessaires afin d'obtenir la fourniture de ce médicament essentiel.

3. RECHERCHE

Des recherches sont nécessaires afin d'identifier quelles sont les femmes présentant une prééclampsie susceptibles de bénéficier de l'administration de sulfate de magnésium en prévention de l'éclampsie.

Références

  • Saftlas AF, Olson DR, Franks AL, Atrash HK, Pokras R. Epidemiology of preeclampsia and eclampsia in the United States, 1979- 1986. American journal of obstetrics and gynecology 1990;163:460–465.
  • Smeeth L, Haines A, Ebrahim S. Numbers needed to treat derived from meta-analyses—sometimes informative, usually misleading. BMJ 1999;318:1548–1551.
  • Cook RJ, Sackett DL. The number needed to treat: a clinically useful measure of treatment effect. BMJ 1995;310:452–454.
  • Glasziou PP, Irwig LM. An evidence based approach to individualising treatment. BMJ 1995;311:1356-1359.
  • Rothwell PM. Can overall results of clinical trials be applied to all patients. The lancet 1995;345:1616-1619.
  • Smith GD, Egger M. Who benefits from medical interventions. BMJ 1994;308:72-74.
  • Bianchi LR, Navarrete AI, Ortega I, Eckolt E, Caroca A, Sandoval L, Vargas E, Palavecino L, Toro C. Estudio Clinico de la eclampsia. Revista Chilena de obstetricia y ginecologia 1998;53:128-133.
  • Castro MA. La eclampsia en el Hospital de Maternidade Rafael Calvo. Revista Colombiana obstetricia y ginecologia 1989;40:235-244.
  • World Health Organization International Collaborative Study of Hypertensive Disorders of Pregnancy. Geographic variation in the incidence of hypertension in pregnancy. American journal of obstetrics and gynecology 1988;158:80-83.
  • Bergstroem S, Povey G, Songane F, Ching C. Seasonal incidence of eclampsia and its relationship to meteorological data in Mozambique. Journal of perinatal medicine 1992;20:153-158.

Ce document doit être cité comme suit : Khan KS. Sulfate de magnésium et autres anticonvulsivants chez les femmes présentant une prééclampsie : Commentaire de la BSG (dernière révision : 8 septembre 2003). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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