Traitement par anticonvulsivants en cas d’éclampsie

Le sulfate de magnésium est associé à une réduction cliniquement significative des décès maternels. Il est bon marché et son administration ainsi que sa surveillance sont relativement simples. On peut avoir recours à l’administration intramusculaire en l’absence de personnel disponible ayant l'expérience de son administration intraveineuse et de sa surveillance.

Commentaire de la BSG par Atallah AN

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Ce commentaire porte sur trois analyses documentaires Cochrane comparant le sulfate de magnésium au diazépam, à la phénytoïne et au cocktail lytique. Les résultats des deux premières analyses documentaires proviennent en grande partie du Collaborative Eclampsia Trial (1), mené dans 25 centres au total répartis en Inde, en Afrique subsaharienne et en Amérique latine alors que l'analyse documentaire sur le cocktail lytique repose sur deux essais menés en Inde portant sur 198 femmes.

L'administration de sulfate de magnésium dans le traitement des femmes présentant une éclampsie a été associée à des réductions statistiquement et cliniquement significatives de la récurrence des convulsions par rapport au diazépam (RR = 0,44 [IC95 : 0,34-0,57]), à la phénytoïne (RR = 0,31 [IC95 : 0,20-0,47]) et au cocktail lytique (RR = 0,09 [0,03-0,24]).

Le sulfate de magnésium est associé à des réductions cliniquement significatives de la mortalité maternelle par rapport au diazépam (RR = 0,59 [IC95 : 0,37-0,94]), à la phénytoïne (RR = 0,50 [IC95 : 0,24-1,05]) et au cocktail lytique (RR = 0,25 [IC95 : 0,04-1,43]). Cette dernière comparaison incluait deux essais portant sur 198 femmes au total. C’est pourquoi l’intervalle de confiance est large pour ces résultats. Les schémas thérapeutiques du sulfate de magnésium en intramusculaire (Pritchard) et en intraveineuse (Zuspan) ont tous deux été efficaces. Aucun effet indésirable n'a été observé chez le nouveau-né.

La méthodologie des analyses documentaires était de bonne qualité. Tous les essais comparatifs appropriés ayant pu être identifiés ont été inclus et analysés de façon appropriée. Deux essais ont été inclus dans l'analyse documentaire sur le diazépam ainsi qu'un essai dans l'analyse documentaire sur la phénytoïne lors de la récente révision de ces deux analyses documentaires.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

L'éclampsie est un problème de santé majeur dans les pays en voie de développement. On estime que l'éclampsie est liée chaque année à près de 50 000 décès maternels dans le monde, dont la plupart surviennent dans les pays en voie de développement (2).L'incidence de l'éclampsie est plus élevée dans les pays en voie de développement (1 pour 100 à 1 700 accouchements) que dans les pays développés (1 pour 2 000 accouchements). Cela est probablement dû aux difficultés particulières rencontrées par les femmes enceintes pour accéder facilement aux soins prénatals appropriés dans ces milieux.

2.2. Applicabilité des résultats

Les résultats de ces trois analyses documentaires seraient applicables dans les milieux défavorisés. En fait, à l’exception de deux essais de petite taille menés aux États-Unis, les 14 autres essais ont été menés dans des pays en voie de développement. Le Collaborative Eclampsia Trial (1).était un essai multicentrique mené dans 31 centres de 10 pays en voie de développement. Les résultats semblent applicables aux femmes présentant une éclampsie avant et après l’accouchement.

2.3. Mise en œuvre des résultats

Le sulfate de magnésium est bon marché et son administration ainsi que sa surveillance sont relativement simples et ne nécessitent pas d’équipement onéreux. On peut avoir recours à l’administration intramusculaire en l’absence de personnel disponible ayant l'expérience de son administration intraveineuse et de sa surveillance.

Le sulfate de magnésium figure également sur la liste type des médicaments essentiels de l’OMS et sur les listes similaires de nombreux pays. Malgré toutes les preuves en faveur de son utilisation et son inclusion dans les listes de médicaments essentiels et dans les directives internationales, la disponibilité et l’utilisation du sulfate de magnésium semblent inégales. Des efforts énergiques sont nécessaires afin de trouver les moyens de mettre le sulfate de magnésium à disposition des centres de santé.

Une fois le traitement disponible, le personnel devrait être formé à l’administration et à la surveillance du traitement par le sulfate de magnésium.

3. RECHERCHE

Le sulfate de magnésium est le traitement de choix chez les femmes présentant une éclampsie ou une prééclampsie.Les investigations dans ce domaine devraient être axées sur des recherches opérationnelles visant à identifier les obstacles à la disponibilité et à l’utilisation du sulfate de magnésium et à évaluer les approches permettant de surmonter ces obstacles.

Sources de soutien : Escola Paulista de Medicina Universidade Federal de São Paulo - Brazil Inclen Inc

Remerciements : aucun

Références

  • The Eclampsia Trial Collaborative Group. Which anticonvulsant for women with eclampsia? Evidence from the Collaborative Eclampsia Trial. The lancet 1995;345:1455-1463.
  • Duley L. Maternal mortality associated with hypertensive disorders of pregnancy in Africa, Asia, Latin America and the Caribbean. British journal of obstetrics and gynaecology 1992;99:547-553.

Ce document doit être cité comme suit : Atallah AN. Traitement par anticonvulsivants en cas d'éclampsie : Commentaire de la BSG (dernière révision : 14 novembre 2003). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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