Accouchement programmé ou expectative (attente) en cas de rupture prématurée des membranes à terme (37 semaines ou plus)

La prise en charge programmée des femmes présentant une rupture prématurée des membranes à terme réduit le risque de morbidité maternelle infectieuse sans augmenter les taux de césariennes et d'accouchements assistés par voie basse. Par ailleurs, le nombre de nouveau-nés nécessitant des soins intensifs néonatals est plus faible, bien que les taux d'infection néonatale restent inchangés.

Commentaire de la BSG par Suwannachat B

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Cette analyse documentaire (1) comparait les effets sur le bien-être fœtal, infantile et maternel de l'accouchement programmé par rapport à l'expectative (attente) chez les femmes présentant une rupture prématurée des membranes (RPM) à terme. La prise en charge programmée incluait principalement l'induction du travail par administration de prostaglandines ou d'ocytocine et, dans un essai, de caulophyllum. L'analyse inclut 12 essais portant sur des femmes présentant une rupture prématurée des membranes à 37 semaines ou plus d'âge gestationnel sans contre-indications maternelles ou fœtales spécifiques pour les deux types de stratégie de prise en charge. Les résultats de l'analyse étaient dominés par un essai multicentrique international réalisé dans six pays et portant sur 5 000 femmes (2). La prise en charge programmée a été associée à une réduction du risque de chorioamnionite (risque relatif (RR) = 0,74 [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : 0,56-0,97]), avec un nombre de sujets à traiter (NST) de 50, ce qui signifie que pour 50 femmes bénéficiant d'une prise en charge programmée, un cas de chorioamnionite pourrait être évité. Des réductions ont également été observées concernant les risques d'endométrite (RR = 0,30 [IC95 : 0,12-0,74]) et d'admission du nouveau-né en unité de soins intensifs néonatals ou de nécessité de soins spéciaux pour le nouveau-né (RR = 0,72 [IC95 : 0,57-0,92] ; NST = 20). Les femmes étaient plus nombreuses à se déclarer satisfaites des soins reçus (RR du mécontentement global = 0,43 [IC95 : 0,36-0,52] ; NST = 14) et la durée écoulée entre la rupture prématurée des membranes et l'accouchement était plus courte (différence moyenne pondérée = -9,53 heures [IC95 : de -12,56 à -6,10]) en cas de prise en charge précoce programmée. Comme on s'y attendait, une augmentation du recours à l'induction du travail (RR = 3,51 [IC95 : 3,03-4,05]) a été observée dans les groupes de la prise en charge programmée.

L'analyse n'a mis en évidence aucune différence statistiquement significative concernant le risque de césarienne, d'accouchement assisté par voie basse, de fièvre du post-partum, d'utilisation de l'anesthésie péridurale, de rupture utérine, de procidence du cordon ombilical, d'infection néonatale, de mortalité fœtale ou périnatale, de score d'Apgar < 7 à cinq minutes, de ventilation mécanique, de durée d'hospitalisation en unité de soins intensifs néonatals et de durée de l'allaitement maternel. Les auteurs ont conclu que la prise en charge programmée réduit le risque de morbidité maternelle infectieuse sans augmenter les taux de césariennes et d'accouchements assistés par voie basse. Par ailleurs, en cas de prise en charge programmée, le nombre de nouveau-nés nécessitant des soins intensifs néonatals est plus faible, bien que les taux d'infections néonatales restent inchangés.

Les méthodes utilisées pour rechercher et récupérer les essais, évaluer leur qualité méthodologique et extraire et analyser les données étaient appropriées.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

La rupture prématurée des membranes est définie comme la rupture des membranes avant le début du travail. La RPM survient le plus souvent à terme (à 37 semaines d'âge gestationnel ou plus), avec une incidence globale à terme d'environ 8 % (3). Le travail débute en général spontanément dans les 24 heures suivant la RPM : dans les 12 heures chez 79 % des femmes et dans les 24 heures chez 95 % d'entre elles (4, 5), indépendamment de l'état du col utérin.

Deux approches sont possibles en cas de RPM : l'expectative ou l'induction du travail par l'administration d'ocytocine et de prostaglandine, selon le cas. L'approche d'expectative consiste à attendre que le travail commence spontanément pendant une période prédéfinie puis décider de la prise en charge indiquée (comme l'induction du travail) si le travail ne se déclenche pas spontanément.

La RPM peut être associée à des risques immédiats tels qu'une procidence, une compression du cordon ombilical ou un hématome rétroplacentaire. On pense qu'il existe une association entre la RPM et l'infection maternelle et fœtale, le risque augmentant proportionnellement avec la durée écoulée entre la rupture des membranes et l'accouchement. En cas de RPM, le risque de césarienne et la durée d'hospitalisation augmentent (6, 7).

2.2. Applicabilité des résultats

Les essais inclus dans l'analyse ont été menés dans différents milieux, bien que la plupart aient été réalisés dans des pays développés. Cependant, à l'exception de l'éventuel problème posé par l'indisponibilité des préparations onéreuses de prostaglandines dans les pays en voie de développement, les résultats devraient être applicables en tant que tels à la plupart des pays à faibles et moyens revenus. L'utilisation de misoprostol à faible dose pour l'induction du travail éliminerait le besoin de produits plus onéreux à base de prostaglandines.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

La possible méconnaissance des sages-femmes et des obstétriciens quant aux effets bénéfiques de l'intervention peut constituer un obstacle éventuel à la mise en œuvre de la prise en charge de la RPM par accouchement programmé. Parmi les autres obstacles potentiels figurent notamment : l'absence de politique fondée sur les preuves ou de lignes directrices pour la pratique clinique en ce qui concerne la prise en charge de la RPM à terme, et l'ignorance des femmes enceintes et de leurs familles des risques et bénéfices des options disponibles pour les femmes. La mise en œuvre de cette intervention sera facilitée si les femmes sont informées des preuves disponibles et si elles sont en mesure de faire un choix éclairé.

3. RECHERCHE

Les futures recherches devraient viser à déterminer les meilleures façons de mettre en œuvre une politique de prise en charge programmée de la RPM à terme et à évaluer son utilisation et ses effets.

Sources de soutien : Kalasin Hospital, Ministère de la Santé publique, Kalasin, Thaïlande.

Remerciements : à Sonja Henderson et au Professeur Pisake Lumbiganon de m'avoir gentiment proposé de rédiger ce commentaire.

Références

  • Dare MR, Middleton P, Crowther CA, Flenady VJ, Varatharaju B. Planned early birth versus expectant management (waiting) for prelabour rupture of membranes at term (37 weeks or more). Cochrane Database of Systematic Reviews 2006; Issue 1. Art. No.: CD005302; DOI: 10.1002/14651858.CD005302.pub2
  • Hannah ME, Ohlsson A, Farine D, Hewson S, Hodnett E, Myhr T, et al. Induction of labor compared with expectant management for prelabor rupture of the membranes at term. N Engl J Med 1996;334:1005-10.
  • Cammu H, Verlaenen H, Derde M. Premature rupture of membranes at term in nulliparous women: a hazard? Obstet Gynecol 1990;76:671-4.
  • Conway DI, Prendiville W, Morris A, Speller D, Stirrat G. Management of spontaneous rupture of the membranes in the absence of labor in primigravid women at term. Am J Obstet Gynecol 1984;150:947-51.
  • Zlatnik FJ. Management of premature rupture of membranes at term. Obstet Gynecol Clin North Am 1992;19:353-64.
  • Hannah M, Seaward G. Prelabour rupture of membranes at term: the role of induction of labour. Fetal Matern Med Rev 1998;10:61-8.
  • Gafni A, Goeree R, Myhr T, Hannah M, Blackhouse G, Willan A, et al. Induction of labour versus expectant management for prelabour rupture of membranes at term: an economic evaluation. Canadian Medical Association Journal 1997;157(11):1519-25. 1807.

Ce document doit être cité comme suit : Suwannachat B. Accouchement programmé ou expectative (attente) en cas de rupture prématurée des membranes à terme (37 semaines ou plus) : Commentaire de la BSG (dernière révision : 24 août 2007). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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