Antibioprophylaxie au cours de la grossesse pour prévenir la morbidité et la mortalité infectieuses

La naissance prématurée est la cause la plus courante de mortalité et de morbidité périnatales. L'administration systématique d'une antibioprophylaxie aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse réduit les risques de rupture prématurée des membranes. Chez les patientes à haut risque, les antibiotiques réduisent également le risque de faible poids de naissance et l'endométrite post-partum.

Commentaire de la BSG par Bamigboye AA

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Cette analyse inclut six essais randomisés en double aveugle menés correctement. Elle montre une réduction du risque de rupture prématurée des membranes (Odds Ratio de Peto = 0,32 [IC95 : 0,14-0,73]) chez des femmes non sélectionnées ayant reçu une antibioprophylaxie systémique au cours des deuxième et troisième trimestres de grossesse. L’antibioprophylaxie a également réduit le risque de faible poids de naissance (Odds Ratio de Peto = 0,48 [IC95 : 0,27-0,84]) et de morbidité infectieuse post-partum chez les mères sélectionnées présentant un risque élevé. Dans trois des six études, la définition de risque élevé correspondait aux femmes présentant des antécédents d'accouchement prématuré, aux femmes dont le poids avant la grossesse était inférieur à 50 kg ou à celles ayant déjà eu des bébés de faible poids de naissance, inférieur à 2 500 grammes.

L'administration par voie vaginale de clindamycine chez les femmes à haut risque ayant des antécédents d'accouchement prématuré n'a pas eu d'effet bénéfique ; en revanche, elle a entraîné une augmentation du risque d’infection néonatale.

La stratégie de recherche a été rigoureuse et tous les rapports d'études identifiés comme potentiellement admissibles ont été évalués. L'extraction, l'analyse et la présentation des données étaient claires et concises.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

La prématurité est la cause la plus importante de mortalité et de morbidité périnatales dans le monde, à la fois dans les zones développées (1) et en voie de développement. L’infection ante-partum représente une cause importante de rupture prématurée des membranes et de déclenchement du travail avant terme. Dans un établissement de soins tertiaires de la province du Cap-Ouest en Afrique du Sud, 38,1 % des cas de nouveau-nés de très faible poids de naissance était dus à une rupture prématurée des membranes et au déclenchement du travail avant terme (2).

Les implications financières et logistiques nécessaires à la prise en charge des bébés prématurés excèdent de loin les ressources disponibles dans les systèmes de santé des pays en voie de développement. Le dépistage prénatal des infections est souvent limité à des analyses occasionnelles d'urine au cours des rares consultations prénatales. Aussi, toute intervention susceptible de limiter la morbidité infectieuse qui se traduira par une réduction de l'incidence des accouchements prématurés devrait-elle être examinée.

2.2. Applicabilité des résultats

Trois des six études ont été menées dans des pays en voie de développement et les résultats ne semblent pas être différents de ceux obtenus dans les trois autres études réalisées dans des pays développés. Ainsi, les résultats de l'analyse systématique semblent-ils applicables dans les milieux défavorisés, en gardant à l'esprit le rôle joué par des conditions socioéconomiques défavorables sur l'augmentation du risque de morbidité infectieuse.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

La prescription systématique d'antibiotiques dans les milieux défavorisés devrait être réalisable. Les professionnels de santé et les responsables de la planification sanitaire devraient examiner le rapport entre le coût d'une prescription systématique d'antibiotiques à toutes les femmes et les économies liées à la réduction du nombre de ruptures prématurées des membranes. Les données en faveur de l'antibioprophylaxie chez les femmes présentant des facteurs de risque spécifiques sont d'autant plus irréfutables que l'analyse a fait la preuve d'une réduction importante des résultats négatifs

3. RECHERCHE

De nombreux résultats importants à court et à long terme en matière de santé, tels que les effets indésirables des médicaments, la morbidité maternelle liée aux infections, l'infection néonatale, l'admission dans des unités de soins intensifs, etc., n'ont pas été traités de façon appropriée dans les essais inclus dans la présente analyse. De la même manière, la taille de l'échantillon utilisé pour mettre en évidence les résultats nécessaires chez des femmes non sélectionnées peut ne pas avoir été adéquate. En raison de ces défauts, une étude multicentrique impliquant des pays développés et en voie de développement semble justifiée.

Références

  • Danielian PJ, Hall MH The epidemiology of prematurity. Current obstetrics gynecology 1996;6:137–142.
  • Odendaal ES, Steyn DW, Odendaal HJ. Obstetrics causes for delivery of very low birth weight babies. South African journal of obstetrics and gynecology 2003;9 (1):16–20.

Ce document doit être cité comme suit : Bamigboye AA. Antibioprophylaxie au cours de la grossesse pour prévenir la morbidité et la mortalité infectieuses : Commentaire de la BSG (dernière révision : 3 août 2004). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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