Amniotomie pour raccourcir la durée du travail spontané

Cette analyse documentaire n'a fourni aucune preuve en faveur d'une politique d'amniotomie systématique en vue de réduire la durée du travail chez les femmes primipares ou multipares. Au contraire, elle suggère que l'amniotomie pourrait augmenter la nécessité d'interventions supplémentaires telles que la césarienne.

Commentaire de la BSG par Wolomby JJ et Tozin RR

1. INTRODUCTION

On pense depuis longtemps que l'amniotomie (aussi appelée rupture artificielle des membranes) réduit la durée du travail, comme le suggère la littérature disponible (1-6). De nombreux prestataires de soins considèrent que la réduction de la durée du travail est bénéfique et utilisent l'amniotomie pour diminuer le risque de morbidité maternelle en cas de travail prolongé ou compliqué. L'amniotomie est aussi pratiquée lorsqu'on juge important de procéder à un monitorage interne du fœtus ou de recueillir du liquide amniotique pour une inspection visuelle. On pense que le mécanisme d'action en jeu dans l'amniotomie consiste en la libération de prostaglandine E2 (PGE2) et l'augmentation du taux d'ocytocine.

Les détracteurs de l'amniotomie avancent que la poche des eaux et le liquide amniotique participent activement à protéger le fœtus des contractions utérines, à faciliter les modifications cervicales (maturation, effacement et dilatation) et à permettre l'étirement préalable du périnée. On pense que la pression exercée par les membranes sur l'utérus stimulent les pics d'ocytocine (7). À terme, l'amnios et le col utérin produisent de la PGE2, entraînant un assoupplissement et un raccourcissement du col utérin. Dans le même temps, le chorion produit l'enzyme prostaglandine déshydrogénase qui décompose les PGE2 et prévient ainsi l'accouchement prématuré. Toujours à terme, la partie du chorion en contact direct avec l'ouverture du col utérin libère moins de prostaglandine déshydrogénase, ce qui permet aux PGE2 de l'amnios d'atteindre le col, conduisant ainsi à la maturation et à l'effacement de ce dernier. Si l'amniotomie est pratiquée trop tôt, cela peut ralentir le processus du travail et augmenter le taux horaire de décélérations cardiaques variables sévères chez le fœtus.

L'objectif de cette analyse documentaire Cochrane était de déterminer l'efficacité et l'innocuité de la pratique systématique de l'amniotomie pour réduire la durée du travail (prolongé ou non) débuté spontanément.

2. MÉTHODES

Pour cette analyse (8), les auteurs ont cherché à n'inclure que des essais comparatifs randomisés comparant l'amniotomie seule à l'intention de préserver les membranes. Les participantes aux essais étaient des femmes enceintes, quelque soit leur parité et l'âge gestationnel (au moment de l'inclusion dans l'essai) ayant une grossesse unique et chez qui le travail avait commencé spontanément.

Les auteurs ont identifié les études pertinentes à partir du registre des essais du Cochrane Pregnancy and Childbirth Group et en contactant le coordinateur de recherche des essais. Deux auteurs ont évalué indépendamment la validité de chacune des études dont l'inclusion était envisagée. Ils ont extrait les données relatives à quatre résultats principaux (la durée du premier stade du travail, la césarienne, la satisfaction maternelle à l'égard de l'expérience de l'accouchement, et le score d'Apgar inférieur à sept à cinq minutes ou inférieur à quatre à une minute) et 25 résultats secondaires. Aucun des résultats n'était étudié dans tous les essais inclus. Par conséquent, il n'a pas été possible de réaliser d'analyses de sous-groupes pour tous les résultats.

3. RÉSULTATS

Au total, 14 essais comparatifs randomisés portant sur 4 893 femmes ont été inclus dans la présente analyse documentaire. Pour ce qui est des quatre résultats principaux, l'analyse n'a mis en évidence aucune réduction statistiquement significative (différence moyenne pondérée (DMP) = -20,43 minutes [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : de -95,93 à 55,06]) concernant la durée du premier stade du travail, même en cas d'évaluation indépendante des sous-groupes de multipares et de primipares. Une augmentation du risque d'accouchement par césarienne a été observée dans le groupe de l'amniotomie, mais la différence n'était pas statistiquement significative, et les analyses de sous-groupes des primipares et des multipares ont abouti au même résultat. Aucune différence statistiquement significative n'a non plus été relevée entre les deux groupes (amniotomie et pas d'amniotomie) en ce qui concerne la statisfaction maternelle à l'égard de l'expérience de l'accouchement. Dans l'ensemble, l'analyse a montré que les nouveau-nés des femmes du groupe de l'amniotomie étaient moins susceptibles d'avoir un score d'Apgar inférieur à sept à cinq minutes, mais la différence n'était pas statistiquement significative. Cependant, dans le sous-groupe des primipares, une réduction statistiquement significative du risque d'avoir un nouveau-né présentant un score d'Apgar inférieur à sept à cinq minutes a été relevé chez les femmes du groupe de l'amniotomie (risque relatif (RR) = 0,42 [IC95 : 0,20-0,88]).

Quant aux résultats secondaires, l'analyse n'a mis en évidence aucune différence statistiquement significative en ce qui concerne la durée du deuxième stade du travail entre le groupe ayant eu une amniotomie et le groupe n'en ayant pas eu (DMP = -2,38 [IC95 : de -5,27 à 0,50]). Dans le sous-groupe des primipares, aucune réduction statistiquement significative n'a été observée dans le groupe de l'amniotomie en ce qui concerne la durée du deuxième stade du travail (DMP = -6,59 [IC95 : de -12,34 à -0,84]). Deux essais ont également montré un risque significativement réduit de travail dystocique (défini par les auteurs comme « l'absence de progression de la dilatation cervicale en deux heures ou les contractions utérines inefficaces ») (RR = 0,75 [IC95 : 0,64-0,88]). L'analyse n'a mis en évidence aucune autre différence statistiquement significative entre les autres résultats maternels et périnatals.

4. DISCUSSION

4.1. Applicabilité des résultats

Bien que la plupart des essais inclus dans cette analyse aient été réalisés au Canada, au Royaume-Uni et aux États-Unis, aucune raison biologique ne permet de suggérer que des essais similaires menés dans des milieux défavorisés aboutiraient à des résultats différents. Par conséquent, les résultats de l'analyse sont pertinents pour les milieux défavorisés.

4.2. Mise en œuvre de l'intervention

En soi, l'amniotomie peut être pratiquée aisément dans tous les milieux par une personne qualifiée : son utilisation n'implique ni coûts supplémentaires ni compétences spécifiques. Si l'amniotomie est pratiquée chez les primipares en vue de réduire le risque de travail anormal, elle doit l'être dans un établissement où la césarienne est possible, si nécessaire. Dans les milieux où la pratique actuelle consiste à conserver les membranes intactes le plus longtemps possible, cette politique peut être poursuivie.

4.3. Implications pour la recherche

Les auteurs de l'analyse ont rencontré beaucoup de difficultés à rassembler des données sur ce thème en raison des différences entre les protocoles de recherche utilisés. De plus amples essais comparatifs randomisés, multicentriques, de bonne qualité méthodologique, à grande échelle et utilisant une méthode claire de répartition en aveugle, sont nécessaires.

Source de soutien : aucune

Remerciements : aucun

Références

  • Ajadi MA, Kuti O, Oriji EO, Ogunnivi SO, Sule SS. The effect of amniotomy on the outcome of spontaneous labour in uncomplicated pregnancy. Journal of Obstetrics and Gynaecology 2006; 26: 631–634.
  • Fraser WD, Turcot L, Krauss I, Brisson-Carrol G. Amniotomy for shortening spontaneous labour. Cochrane Database of Systematic Reviews 2006; Issue 3. Art. No.: CD000015; DOI: 10.1002/14651858 (withdrawn).
  • Fraser WD, Sauve R, Parboosingh IJ, Fung T, Sokol R, Persaud D. A randomised controlled trial of early amniotomy. British Journal of Obstetrics and Gynaecology 1991; 98: 84–91.
  • Incerti M, Locatelli A, Ghidini A, Ciriello E, Malberti S, Consonni S, et al. Prediction of duration of active labour in nulliparous women at term. American Journal of Perinataology 2008; 25: 85–89.
  • Li N, Wang Y, Zhou H. Effects of routine early amniotomy on labor and health status of foetus and neonate: a meta-analysis. Shonghua Fu Chan Ke Za Zhi 2006; 41:16–9 (in Chinese).
  • Mikki N, Wick L, Abu-Asab N, Abu-Rmeileh NM. A trial of amniotomy in a Palestinian hospital. Journal of Obstetrics and Gynaecology 2007; 27:368–73.
  • Dreifuss JJ. Oxytocin in reproductive biology: newly discovered sites of production and of action. In: Campana A, ed. Reproductive health. Lisbon, Ares Serono Symposia, 1993, pp 71–74.
  • Smyth RMD, Alldred SK, Markham C. Amniotomy for shortening spontaneous labour. Cochrane Database of Systematic Reviews 2007; Issue 4. Art. No.: CD006167; DOI: 10.1002/14651858.

Ce document doit être cité comme suit : Wolomby JJ et Tozin RR. Amniotomie pour raccourcir la durée du travail spontané : Commentaire de la BSG (dernière révision : 5 janvier 2009). Bibliothèque de Santé Génésique de l’OMS; Genève: Organisation mondiale de la Santé.

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