Ingestion précoce ou retardée de liquides et d’aliments après césarienne

Le début précoce de l'alimentation est associé à une réduction du délai de réapparition des borborygmes ainsi que de la durée d'hospitalisation postopératoire et pourrait être associé à une réduction de la distention abdominale. Aucune preuve ne permet de justifier la restriction de l'ingestion de liquides ou d'aliments après une césarienne non compliquée.

Commentaire de la BSG par Liabsuetrakul T

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

L'analyse a pour objectif d'évaluer les effets bénéfiques et nocifs d'une politique de début précoce ou retardé de l'ingestion de liquides et d'aliments par voie orale après une césarienne. Les définitions de « précoce » et de « retardé » variaient entre les différents essais. Alors que six essais ont été inclus dans l'analyse, la plupart des résultats de cette dernière reposent uniquement sur les résultats d'un ou deux essais. Le début précoce de l'alimentation a été associé à : une réduction de la durée précédant la réapparition des borborygmes (une étude portant sur 118 femmes ; - 4,30 heures [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : -6,78 – -1,82 heures) ; une réduction de la durée d'hospitalisation postopératoire (deux études portant sur 220 femmes ; risque relatif (RR) = -0,75 jours [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : de -1,37 à  -0,12 jours) ; et à une possibilité de réduction de la distension abdominale (trois études portant sur 369 femmes ; (RR = 0,78 [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : 0.55–1.11). Les auteurs de l'analyse ont conclu qu'aucune preuve ne permet de justifier de restreindre l'ingestion de liquides ou d'aliments par voie orale après une césarienne non compliquée et ont recommandé la réalisation de plus amples essais de bonne qualité méthodologique.

L'ensemble des preuves permettant d'orienter la prise de décision est faible en raison des variations de définition des interventions, de la petite taille des essais et du risque de biais d'interprétation (1) dans certains essais. Il a été impossible de réaliser les analyses de sous-groupes prévues, sauf celle portant sur le type d'analgésie, car les données correspondantes étaient insuffisantes.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

La césarienne est une opération habituelle en obstétrique. Les taux de césariennes sont d'environ 25 à 40 % dans certains grands pays asiatiques comme la Chine (2), l'Inde (3), la Corée du Sud (4) et la Thaïlande (5). Le début retardé de l'ingestion de liquides et d'aliments pourrait être désagréable pour les femmes en période postopératoire. L'ingestion précoce de liquides et d'aliments pourrait être plus agréable pour les femmes ayant eu une anesthésie loco-régionale lors de la césarienne. Toutefois, les pratiques hospitalières de routine restreignent souvent l'ingestion précoce d'aliments et de liquides par crainte d'une distension abdominale et de possibles vomissements. En Thaïlande, la politique généralement appliquée après une césarienne consiste à maintenir les femmes « à  jeun » pendant 12 à 24 heures ou jusqu'à la réapparition des gaz. On commence ensuite l'ingestion de liquides et d'un régime alimentaire hydrique, suivi par un régime alimentaire normal.

2.2. Applicabilité des résultats

Dans la mesure où les essais inclus dans l'analyse ont été menés à la fois dans des pays en voie de développement et dans des pays développés, les résultats seraient applicables à tous les milieux. Néanmoins, aucune preuve n'a été établie justifiant une politique de début retardé de l'ingestion d'aliments (ni du contraire). Un certain nombre de facteurs pourraient influencer la décision concernant le début précoce ou retardé de l'ingestion de liquides et d'aliments, à savoir : le type d'incision abdominale, la suture du péritoine, l'étendue de l'irritation de l'intestin et l'utilisation d'autres procédures opératoires au cours de la césarienne. Une incision médiane basse de la peau, la mise en place de compresses abdominales au cours de l'intervention ou l'aspiration du liquide amniotique et du sang dans la cavité abdominale ainsi que la suture du péritoine peuvent également avoir une incidence sur la réapparition de la fonction intestinale (6, 7). Tous ces facteurs doivent être pris en considération au moment de déterminer l'applicabilité des résultats des essais sur le début « précoce » ou « retardé » de l'ingestion de liquides et d'aliments solides.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

Le début précoce de l'ingestion de liquides et d'aliments après une césarienne non compliquée serait facile à mettre en œuvre dans tous les milieux. Il convient toutefois de reconnaître le manque de preuves claires en faveur de l'une de ces politiques et les changements en matière de pratiques de routine devraient faire l'objet d'audits afin de garantir la capacité à déceler des effets indésirables inattendus.

3. RECHERCHE

La réalisation d'essais randomisés de bonne qualité méthodologique comparant la reprise précoce ou retardée de l'ingestion de liquides et/ou d'aliments après une césarienne, indépendamment du type de milieu, est nécessaire. Le type d'incision abdominale, la suture du péritoine, le niveau d'irritation de l'intestin et l'utilisation d'autres techniques de césarienne devraient être notifiés ou utilisés dans le cadre d'une analyse stratifiée afin de faciliter l'interprétation des résultats de ce type d'essais.

Source de soutien : Faculté de médecine de l'université Prince of Songkla, Hat Yai, Songkla, Thaïlande.

Références

  • Weinstein L, Dyne PL, Duerbeck NB. M. The PROEF diet- a new postoperative regimen for oral early feeding. American journal of obstetrics and gynecology 1993;168:128-131.
  • Leung GM, Lam TH, Thach TQ, et al. Rates of cesarean births in Hong Kong: 1987-1999. Birth 2001;28:166-172.
  • Kambo I, Bedi N, Saxena NC. A critical appraisal of cesarean section rates at teaching hospitals in India. International journal of gynecology & obstetrics 2002;79:115-158.
  • Lee SI, Khang YH, Lee MS. Women’s attitudes toward mode of delivery in South Korea- a society with high cesarean section rates. Birth 2004;31:108-116.
  • Chanrachakul B, Herabutya Y, Udomsubpayakul U. Epidemiology of cesarean section at the general, private and university hospitals in Thailand. Journal of obstetrics and gynaecology research 2000;26:357-361.
  • Miedema BW, Johnson JO. Methods for decreasing postoperative gut dysmotility. The Lancet Oncology 2003;4:365-372.
  • Ferrari AG, Frigerio LG, Candotti G, et al. Can Joel-Cohen incision and single layer reconstruction reduce cesarean section morbidity. International journal of gynecology & obstetrics 2001;72:135-143.

Ce document doit être cité comme suit : Liabsuetrakul T. Ingestion précoce ou retardée de liquides et d’aliments après césarienne : Commentaire de la BSG (dernière révision : 5 novembre 2004). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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