Interventions psychosociales et psychologiques dans la prévention de la dépression du post-partum

Aucune preuve ne permet de recommander la mise en œuvre d'interventions psychosociales pour prévenir la dépression du post-partum. Dans les milieux défavorisés, le soutien émotionnel au cours de la grossesse et pendant la période qui suit l'accouchement est généralement apporté par la famille de la mère. Les efforts devraient être axés sur la sensibilisation des membres de la famille aux signes et aux symptômes précoces de la dépression chez la femme enceinte.

Commentaire de la BSG par Castillo-Torralba M

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Cette analyse documentaire Cochrane (1) a été mise à jour en 2004. Elle résume les résultats de 15 essais portant sur 7 697 femmes. L'analyse a montré que les femmes qui reçoivent des interventions psychosociales préventives étaient tout autant susceptibles de présenter une dépression du post-partum que les femmes ayant reçu des soins de routine (risque relatif (RR) = 0,81 [intervalle de confiance à 95 % (IC95) : 0,65-1,02]). Les interventions incluaient des cours avant et après l'accouchement, des visites à domicile par des personnes non médicales, un suivi du post-partum précoce, l'application de modèles de continuité des soins, un « débriefing psychologique » à l'hôpital et la psychothérapie interpersonnelle. À l'heure actuelle, aucune preuve permettant de recommander ces pratiques dans la prévention de la dépression du post-partum n'est donc disponible. Il convient de signaler que les interventions (formation du personnel, information et soutien fournis, etc.) mises en œuvre dans les essais inclus n'étaient pas décrites de façon détaillée.

Certaines preuves suggèrent que des interventions basées uniquement sur un élément postnatal pourraient présenter davantage d'effets bénéfiques (RR = 0,76 [IC95 : 0,58-0,98]) que les interventions qui incluaient également des éléments prénatals. Alors que les interventions individuelles pourraient être plus efficaces (RR = 0,76 [IC95 : 0,59-1,00]) que les interventions de groupe, les femmes ayant reçu une intervention de groupe étaient tout autant susceptibles de développer une dépression du post-partum que celles ayant reçu une intervention individuelle. De la même façon, ces interventions préventives n'avaient pas d'effet sur les autres résultats maternels, y compris le contact avec les services de santé, l'attachement entre la mère et son nouveau-né, le comportement de la mère face à sa maternité, les compétences maternelles, l'état de santé physique et mentale, la perception du soutien, la durée de l'allaitement et les conflits conjugaux.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Les difficultés financières sont un facteur de risque fréquemment associé à la dépression du post-partum. Dans les pays en voie de développement, de nombreuses femmes et leurs familles souffrent de leur faible statut socio-économique. Par conséquent, les femmes vivant dans ces milieux présentent un risque plus élevé de développer une dépression du post-partum. Il convient d'élaborer des interventions efficaces qui s'adressent aux mères issues de ces milieux.

2.2. Applicabilité des résultats

Les interventions présentées dans cette analyse incluaient des cours avant et après l'accouchement, des visites à domicile par des personnes non médicales, un suivi du post-partum précoce, la continuité des soins, un « débriefing psychologique » à l'hôpital et une psychothérapie interpersonnelle menée par des infirmières, des sages-femmes et d'autres professionnels. La mise en œuvre de certaines interventions dans différents milieux socio-économiques et culturels pourrait ne pas être réalisable. Dans les milieux défavorisés, comme mon pays (les Philippines), le soutien émotionnel pendant la grossesse et après l'accouchement est en général assuré par le mari et la famille « élargie » (à savoir les grands-parents et autres parents) de la patiente. Dans notre pays, les patientes enceintes demandent rarement de l'aide à des professionnels en cas de dépression. Elles se tournent plutôt vers leur famille. Je pense que les résultats de cette étude seraient probablement différents dans notre milieu si les interventions visant à prévenir une dépression du post-partum n'étaient pas uniquement mises en œuvre par des professionnels formés mais également par les membres de la famille de la patiente. Selon moi, le premier effort à fournir dans notre milieu devrait être d'apprendre aux membres de la famille à reconnaître les signes et les symptômes précoces d'une dépression chez la femme enceinte ainsi que la prise en charge de première ligne en attendant l'évaluation d'un professionnel.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

Aucune preuve ne permet de recommander la mise en œuvre d'interventions psychosociales pour prévenir la dépression du post-partum.

3. RECHERCHE

Les protocoles de recherche sur les interventions psychosociales dans la prévention de la dépression du post-partum (2) devraient indiquer spécifiquement en quoi ces interventions diffèrent des soins de routine administrés aux femmes avant et après l'accouchement.

Des recherches menées dans les milieux défavorisés sur l'efficacité du soutien apporté par des professionnels formés, d'une part, mais également par les membres de la famille de la patiente, d'autre part, sont nécessaires.

Références

  • Dennis C-L, Creedy D. Psychosocial and psychological interventions for preventing postpartum depression. Cochrane Database of Systematic Reviews 2004, Issue 4. Art. No.: CD001134. DOI: 10.1002/14651858.CD001134.pub2.
  • Beck CT. Predictors of postpartum depression: an update. Nurs Res 2001;50:275-85.

Ce document doit être cité comme suit : Castillo-Torralba M. Interventions psychosociales et psychologiques dans la prévention de la dépression du post-partum : Commentaire de la BSG (dernière révision : 24 septembre 2007) Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

Partager