Traitement pour la suppression de la lactation

Les préparations à base de bromocriptine et d'oestrogènes sont plus efficaces que les méthodes non médicamenteuses pour supprimer la lactation au cours de la première semaine qui suit l'accouchement. Les preuves qui sous-tendent cette conclusion restent toutefois limitées et fondées sur des essais de petite taille. Lorsque des préparations à base de bromocriptine ou d'oestrogènes sont prescrites, l'administration d'une prophylaxie de la thrombose veineuse profonde devrait être envisagée. Les médicaments à base d'oestrogènes étudiés initialement n'étant peut-être plus disponibles sur le marché, il est impossible d'en recommander l'administration.

Commentaire de la BSG par Tchoffo PA

1. INTRODUCTION

Pour de nombreuses raisons, qui vont du choix personnel à la mortinatalité en passant par l'infection à VIH (1), il arrive que les femmes n'allaitent pas leur nouveau-né. Quelle qu'en soit la raison, la décision de ne pas allaiter peut entraîner de très importantes douleurs mammaires, un engorgement mammaire et la sécrétion de lait au cours des jours qui suivent l'accouchement, jusqu'à ce que la lactation s'interrompe spontanément.

De nombreuses méthodes médicamenteuses et non médicamenteuses ont été mises en oeuvre pour essayer de supprimer la lactation (2) mais il n'existe aucune directive fondée sur les preuves concernant l'approche la plus efficace. Cette analyse documentaire Cochrane évaluait l'efficacité et l'innocuité des différentes interventions utilisées pour supprimer la lactation chez les femmes venant d'accoucher qui décidaient de ne pas allaiter ni d'exprimer leur lait.

2. MÉTHODES DE L'ANALYSE

Tous les essais comparatifs randomisés ayant pu être identifiés ont été inclus dans l'analyse. Les auteurs ont correctement suivi les méthodes recommandées pour la préparation d'analyses documentaires systématiques Cochrane.

Les principales mesures de résultats étaient: l'échec de la suppression de la lactation indiquée par un engorgement mammaire ou la sécrétion de lait à ou dans les sept jours suivant l'accouchement ou à ou dans les 14 jours suivant l'accouchement, comme le décrivaient les auteurs des articles, les effets indésirables mineurs du médicament tels que les nausées, les vomissements, les céphalées, les vertiges, les effets indésirables graves comme la thromboembolie, l'infarctus du myocarde et le décès maternel, et l'acceptabilité du traitement pour les femmes qui le recevaient.

Les mesures de résultats secondaires étaient: un retour de la lactation, le pourcentage de femmes nécessitant un deuxième traitement ou une deuxième méthode, ou les deux, pour arriver à supprimer la lactation et le pourcentage de femmes nécessitant des analgésiques pour soulager les douleurs mammaires ou la gêne associée.

3. RÉSULTATS DE L'ANALYSE

Cette analyse documentaire incluait 46 essais portant sur 5164 femmes (indépendamment de la parité et du mode d'accouchement) qui n'allaitaient pas et n'exprimaient pas leur lait.

Les interventions analysées incluaient aussi bien des méthodes médicamenteuses que non médicamenteuses (bandage des seins, soutien-gorge serré, restriction hydrique, application de sacs de glace et de produits à usage externe) qui visaient à interrompre la lactation.

Cinq essais (206 femmes) montraient que la lactation avait lieu chez un nombre significativement plus bas de femmes recevant de la bromocriptine à ou dans les sept jours suivant l'accouchement par rapport aux femmes qui ne bénéficiaient d'aucun traitement. Les données relatives à ce résultat, qui n'étaient disponibles que dans trois essais, ont fait l'objet d'une méta-analyse (107 femmes; risque relatif (RR) = 0,36 [intervalle de confiance à 95% (IC95): 0,24-0,54]).

Au total, six essais portant sur 833 femmes ont effectué huit comparaisons de préparations à base d'oestrogènes à un placebo. Ils ont montré que sept jours ou moins après l'accouchement, les préparations à base d'oestrogènes étaient associées à une réduction du risque d'échec de suppression de la lactation par rapport à un placebo (RR = 0,41 [IC95: 0,29-0,59). D'importantes variations entre les études en termes de résultats (hétérogénéité) ont été observées dans cette méta-analyse. Les essais qui comparaient la bromocriptine aux préparations à base d'oestrogènes (diéthylstilbestrol, éthinylestradiol et chlorotrianisène) n'ont pas réussi à montrer clairement la supériorité d'une méthode par rapport à l'autre (RR = 0,79 [IC95: 0,54-1,17]).

Dans un essai portant sur 71 femmes, une préparation homéopathique administrée aux deuxième et quatrième jours après l'accouchement était associée à une réduction du risque d'échec du traitement par rapport au placebo. Aucun essai ne comparait d'autres méthodes non médicamenteuses à l'absence de traitement. D'une manière générale, les effets indésirables n'étaient que peu signalés dans les essais et aucun cas de thromboembolie n'a été enregistré dans aucun des quatre essais qui signalaient ce résultat.

4. DISCUSSION

4.1 Applicabilité des résultats

L'analyse documentaire a montré que les traitements médicamenteux (à savoir la bromocriptine et les préparations à base d'oestrogènes) sont plus efficaces que les méthodes non médicamenteuses pour supprimer la lactation au cours de la première semaine qui suit l'accouchement. Les preuves en faveur de ce résultat sont limitées et se fondent sur des essais de petite taille dont la plupart sont anciens et certains présentent des problèmes méthodologiques. La méta-analyse des essais utilisant des préparations à base d'oestrogènes a révélé une importante hétérogénéité, ce qui a atténué l'importance des preuves. Les preuves relatives aux méthodes non médicamenteuses étaient limitées et faibles. Aucune raison biologique ou liée au service fourni ne laisse supposer que les résultats de cette analyse ne pourraient pas être applicables dans tous les milieux.

4.2 Mise en oeuvre de l'intervention

Les preuves disponibles suggèrent que les femmes qui souhaitent supprimer la lactation devraient recevoir des médicaments contenant de la bromocriptine. Lorsque l'on prescrit ces médicaments, il convient d'envisager également une prophylaxie en cas de thrombose veineuse profonde. Les préparations à base d'oestrogènes ne sont pas recommandées car elles ont été étudiées dans des essais anciens et les médicaments utilisés alors ne sont peut-être plus disponibles sur le marché. L'administration de traitements à dose unique (comme la cabergoline, un médicament voisin de la bromocriptine) pourrait être envisagée dans les milieux où les femmes éprouvent des difficultés à respecter les schémas thérapeutiques à doses multiples.

Les données relatives aux effets indésirables des traitements sont limitées mais les cliniciens qui prescrivent ces médicaments devraient les connaître. Des nausées et des vomissements sont fréquemment observés avec les médicaments voisins de la bromocriptine mais ces symptômes sont généralement modérés. Les effets indésirables peuvent entraîner une baisse de l'observance du traitement et une augmentation des taux d'échec. Une thrombose veineuse profonde et les complications liées à cette pathologie sont rarement observées mais lorsqu'elles surviennent, ces effets indésirables peuvent être mortels. En raison de leur rareté, il est peu probable qu'ils soient signalés dans les essais de petite taille. La période qui suit l'accouchement est toutefois une période où le risque de thrombose veineuse profonde est élevé et l'indication qui conduit à l'interruption de la lactation constitue également une condition à haut risque de thrombose veineuse profonde.

4.3 Implications pour la recherche

De plus amples essais comparatifs randomisés à grande échelle sont nécessaires afin de générer davantage de preuves pour formuler des recommandations pour la pratique des soins de santé. Ces essais devraient comparer les méthodes médicamenteuses et non médicamenteuses à l'absence de traitement. Il convient également de définir des méthodes plus efficaces d'évaluation des symptômes associés à la lactation chez les femmes et de l'acceptabilité de ces interventions par les femmes, d'une part, et de signalement des effets indésirables des médicaments, d'autre part.

Références

  • Nduati R, Richardson BA, John G, Mbori-Ngacha D, Mwatha A, Ndinya-Achola J, et al. Effect of breastfeeding on mortality among HIV-1 infected women: a randomised trial. The Lancet 2001;357:1651-1655.
  • Adams Hillard PJ, ed. The 5-Minute Obstetrics and Gynecology Consult. Philadelphia, PA: Wolters Kluwer Health; 2008.

Ce document doit être cité comme suit: Tchoffo PA. Traitement pour la suppression de la lactation: Commentaire de la BSG (dernière mise à jour: 1er novembre 2009). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève: Organisation mondiale de la Santé.

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