Éducation en matière d'utilisation de contraceptifs par les femmes après l'accouchement

L'efficacité de l'éducation après l'accouchement en matière d'utilisation de contraceptifs n'a pas encore été établie dans le cadre d'essais comparatifs randomisés. Ce type d'éducation pourrait être efficace pour accroître l'utilisation à court terme de contraceptifs. Toutefois, les données évaluant l'effet plus important et à long terme de la prévention des grossesses non programmées sont limitées.

Commentaire de la BSG par Peedicayil A

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

La présente analyse, terminée en mai 2001, a été révisée en mai 2002 et a évalué les effets de l'éducation des mères dans le post-partum en matière d'utilisation de contraceptifs.

La qualité méthodologique de cette analyse est bonne : la stratégie de recherche était complète et bien documentée ; seuls les essais randomisés et quasi-randomisés ont été inclus ; les données ont été extraites et analysées de façon appropriée ; l’hétérogénéité a été vérifiée et la présentation des données sous forme de texte et de graphiques est très bonne. Néanmoins, le manque d'études de bonne qualité limite la signification des conclusions de l'analyse.

Trois essais menés au Liban, au Népal et au Pérou ont été inclus. Les variables de résultats étaient les suivantes : les consultations dans les centres de planification familiale et l'utilisation d'une contraception à 40 jours, neuf semaines et trois mois après l’accouchement ; l’arrêt de l’allaitement maternel trois mois après l'accouchement. Aucun effet n'a été observé sur le taux d'absence de consultation dans les centres de planification familiale (Odds Ratio de Peto (OR) = 0,82 [intervalle de confiance (IC) 95 : 0,56-1,21]). Aucune preuve d'un quelconque effet sur le taux d'arrêt de l'allaitement maternel trois mois après l'accouchement n'a été établie (OR = 1,00 [IC95 : 0,67-1,48]). L'éducation en matière d'utilisation d'un contraceptif a des effets bénéfiques à court et à long termes. L'odds ratio de Peto pour l'absence d'utilisation de contraception était de 0,47 [IC95 : 0,39-0,58] jusqu'à 12 semaines et de 0,52 [IC95 : 0,37-0,74] à six mois. Néanmoins, lorsque l'on analysait uniquement les données tirées de l'étude de bonne qualité menée au Népal, cet effet bénéfique n'était plus évident.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Les pays pauvres sont loin derrière les nations développées en matière d'indicateurs de santé génésique. En Inde, 65 % des femmes accouchent à domicile et seulement 48 % des femmes mariées ont recours à la contraception (1). En Inde, le besoin non satisfait en matière de contraception (quelle que soit la méthode) est de 15 % chez les femmes mariées. En excluant les méthodes traditionnelles ou naturelles, le besoin non satisfait en matière de contraceptifs modernes serait doublé (2).

2.2. Applicabilité des résultats

Le résultat de cette analyse documentaire Cochrane suggère que l'éducation en matière d'utilisation de contraceptifs dans la période immédiate suivant l'accouchement présente des effets bénéfiques, tout au moins à court terme. Leur étendue est inconnue dans la mesure où l'essai de la meilleure qualité a indiqué un intervalle de confiance incluant la possibilité de l'absence d'effet. Dans la mesure où les trois études incluses dans l’analyse ont été menées dans des pays en voie de développement, les résultats seraient applicables aux milieux défavorisés. Toutefois, il peut y avoir des différences locales en raison de variations du taux d’alphabétisation, de l’autonomie de la femme, de l’accès aux services de santé de qualité et de facteurs culturels. En Inde, les décisions en matière d'utilisation de contraceptifs sont prises par la belle-mère et d'autres anciens de la famille et il est difficile pour une jeune mère de s'opposer à la décision ou d'y prendre part. Un niveau d'éducation plus élevé des femmes est associé à une probabilité accrue d'accoucher dans un centre de santé et d'avoir recours à la contraception. L’éducation au cours du post-partum pourrait accroître la sensibilisation voire le souhait d’utiliser un moyen de contraception mais l’environnement social doit y être propice et l’accès aux services de contraception facile (4).

2.3 Mise en œuvre de l'intervention

La majorité des femmes d'Asie du Sud allaitent leur nouveau-né. Bon nombre parmi elles vivent avec leurs mères et s'abstiennent de rapports sexuels pendant plusieurs mois avant de rentrer chez elles.

Les périodes précédant et suivant l'accouchement sont des moments pouvant être appropriés pour l'apport d'informations et d'une assistance en matière de contraception. Néanmoins, les contacts avec les professionnels de santé n’incluent souvent pas de conseil en matière d’espacement des naissances (5). Les prestataires de soins peuvent apprendre aux mères la méthode de l'allaitement maternel exclusif (aménorrhée de lactation) et leur expliquer que les dispositifs intra-utérins (DIU), les préservatifs et d'autres méthodes barrières constituent des méthodes contraceptives appropriées pendant la période d'allaitement maternel. Dans de nombreux milieux, les efforts sont concentrés sur la stérilisation. Les femmes ont tendance à fonder rapidement leur famille au complet puis se font stériliser.

La majorité des femmes d'Asie du Sud ne connaît pas l'existence de méthodes d'espacement des naissances. Il est nécessaire de consacrer du temps à cette activité essentielle d’information et probablement d’organiser une éducation en groupes en plus du conseil personnalisé. Bon nombre de ces activités peuvent être introduites sans contrainte financière majeure et, là où ces activités sont déjà en place, elle devront uniquement être renforcées. L'apport d'informations et les activités de discussion doivent également inclure les membres des familles des femmes de façon à que ce type d'éducation ne soit pas dispensé en dehors d'un environnement social favorable.

3. RECHERCHE

Selon les preuves limitées disponibles, l'effet de l'assistance apportée aux mères après l'accouchement semble modeste. L'évaluation d'interventions éducatives modifiées avec un effet potentiel sur l'utilisation de contraceptifs sur une période étendue de deux ou trois ans est nécessaire, ainsi que le calcul du nombre de grossesses non désirées et de leur terminaison. Ces interventions modifiées/renforcées pourraient inclure l'éducation/le conseil des maris et d'autres membres de la famille ainsi que des évaluations visant à savoir si cette éducation se traduit par un rôle accru des femmes dans le processus de prise de décision.

Références

  • International Institute for Population Sciences (IIPS) National Family Health Survey 2000;Mumbai.
  • Ross JA, Winfrey WL. Unmet need for contraception in the developing world and the former Soviet union: an updated estimate. International family planning perspectives 2002;28:138-143.
  • Griffiths P, Stephenson R. Understanding users’ perspectives of barriers to maternal health care use in Maharashtra, India. Journal of biosocial science 2001;33:339-359.
  • Stephenson R, Tsui AO. Contextual influences in reproductive health service use in Uttar Pradesh, India. Studies in family planning 2002;33:309-320.
  • Ross JA, Winfrey WL. Contraceptive use, intention to use and unmet need during the extended postpartum period. International family planning perspectives 2001;27:20-27.

Ce document doit être cité comme suit : Peedicayil A. Éducation en matière d'utilisation de contraceptifs par les femmes après l'accouchement : Commentaire de la BSG (dernière révision : 17 décembre 2003). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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