Apport énergétique et protéique au cours de la grossesse

Il est peu probable que des conseils nutritionnels produisent des effets bénéfiques majeurs pour l'enfant comme pour la mère. La meilleure façon d'améliorer l'alimentation des femmes enceintes pourrait être de compléter leur régime habituel avec des aliments riches en énergie par le biais de programmes durables basés au sein de la communauté. À long terme la meilleure solution est d'élever le statut économique et social des femmes.

Commentaire de la BSG par Lindmark G

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Cinq interventions – antérieurement passées en revue individuellement – portant sur l'apport énergétique et protéique au cours de la grossesse ont été incluses dans cette analyse Cochrane.

Conseils nutritionnels :

Les conseils apportés aux femmes enceintes, en particulier concernant les apports énergétiques et protéiques, semblent associés à une légère augmentation de ces derniers, mais aucun effet bénéfique sur la santé de la mère ni du nouveau-né n’a été documenté, sauf dans une étude dans laquelle une réduction de la prématurité a été observée, bien que ce résultat ne soit pas cohérent avec l’absence d’effet sur l’âge gestationnel moyen ou le poids de naissance observés dans la même étude.

Supplémentation énergétique/protéique équilibrée :

Par rapport à son absence, la supplémentation énergétique au cours de la grossesse (300-850 kcal/jour dont moins de 25 % provenant de protéines) est associée à une augmentation modérée de la prise de poids maternelle et du poids de naissance, et à une réduction substantielle du risque de nouveau-nés hypotrophes (risque relatif (RR) = 0,68 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 0.56–0.84). Trois essais ont montré d’importantes réductions de la mortinatalité (RR = 0,55 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 0,31-0,97]) et peut-être de mortalité néonatale bien que cette dernière ne soit pas statistiquement significative (RR = 0,62 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 0.37–1.05). Dans les rares études incluant un suivi lors de la période postnatale, aucune preuve de l'amélioration durable du poids chez la mère ou le nouveau-né, ni de l'amélioration du développement neurocognitif à un ou cinq ans n'a été observée.

Supplémentation hyperprotéique :

Deux essais portant sur 1 076 femmes ont été inclus. Aucun effet bénéfique n’a été observé sur les résultats concernant la mère ou le fœtus, mais une augmentation non statistiquement significative de la mortalité néonatale (RR = 2,78 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 0,75-10,36]) a été signalée dans un essai fournissant des données relatives à ce résultat.

Supplémentation isocalorique en protéines :

Par rapport à un même niveau de supplémentation énergétique, la supplémentation isocalorique en protéines (dans laquelle moins de 25 % du contenu énergétique du supplément proviennent de protéines) a été associée à une réduction de la prise de poids maternelle et du poids moyen de naissance, et à une augmentation du risque d'hypotrophie (un essai ; RR = 1,35 [intervalle de confiance à 95 %(IC95) : 1.12–1.61). Aucune différence selon la répartition de l’âge gestationnel n’a été relevée. Les études ne sont pas suffisamment vastes pour fournir des informations fiables sur les possibles effets sur la mortalité périnatale et n'apportent pas suffisamment d'informations sur les résultats concernant la santé de la mère, à l'exception de la prise de poids.

Restriction en énergie/protéines chez la femme en surpoids ou présentant une prise de poids élevée :

384 femmes ont participé aux trois essais inclus. La restriction en énergie/protéines a réduit la prise de poids hebdomadaire, mais les preuves n'étaient pas suffisamment solides pour évaluer un quelconque effet bénéfique ou indésirable substantiel chez la mère et le nouveau-né.

Dans l’ensemble, la méthodologie de l’analyse semble rigoureuse et les caractéristiques des essais sont présentées en détail.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

La dénutrition et la malnutrition maternelles sont des problèmes majeurs, particulièrement dans les pays en voie de développement les plus pauvres, et leur rôle est généralement considéré comme important dans la prévalence élevée du faible poids de naissance et du retard de croissance intra-utérin. L’accès limité à des aliments de bonne qualité est la cause majeure de dénutrition, mais les habitudes nutritionnelles traditionnelles, les tabous alimentaires et les connaissances limitées pourraient également y contribuer.

Le rôle important du faible poids de naissance et de la prématurité dans la mortalité et la morbidité périnatales dans les pays en voie de développement et leur association à la dénutrition et à la malnutrition chez la mère a motivé diverses tentatives visant à améliorer les résultats de la grossesse par la supplémentation alimentaire.

2.2. Applicabilité des résultats

L’essai le plus récent inclus dans cette analyse a été publié en 1997 (1). Cet essai a été mené dans les zones rurales de Gambie et les effets bénéfiques de la supplémentation hyperénergétique et protéique équilibrée ont de fortes chances de s’appliquer aux milieux similaires dont une proportion non négligeable de la population souffre de dénutrition. Néanmoins, l'applicabilité des résultats de certaines études incluses dans l'analyse pourrait être remise en question en raison du décalage dans le temps et des importantes différences en matière de caractéristiques démographiques.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

Idéalement, la meilleure solution à long terme pour améliorer le statut nutritionnel des femmes enceintes souffrant de dénutrition est d'élever le statut social et économique des femmes. Concernant les interventions spécifiques, le meilleur moyen serait de supplémenter le régime alimentaire des femmes enceintes avec des aliments riches en énergie par le biais de programmes durables basés au sein de la communauté.

Les informations disponibles dans d'autres essais ne suggèrent aucun effet bénéfique supplémentaire inhérent à l'apport de conseils nutritionnels et d'une supplémentation en protéines (hyper- ou isocalorique) mais suggère plutôt un risque d'effets indésirables. La mise en œuvre de ces dernières ne devrait donc absolument pas être envisagée.

3. RECHERCHE

De plus amples recherches fondamentales sont nécessaires sur les aspects du statut nutritionnel maternel essentiel au développement fœtal et aux résultats de la grossesse. Une fois ces connaissances obtenues, des interventions visant à changer la composition du régime alimentaire maternel basées sur ces informations peuvent être mises en œuvre.

Remerciements : aucun

Sources de soutien : Université d'Uppsala, Suède.

Références

  • Ceesay SN, Prentice AM, Cole TJ, Foord F, Weaver LT, Poskitt EME et al. Effects on birth weight and perinatal mortality of maternal dietary supplements in rural Gambia: 5 year randomised controlled trial. British Medical Journal 1997;315:786-790.

Ce document doit être cité comme suit : Lindmark G. Energy and protein intake in pregnancy : Commentaire de la BSG (dernière révision : 31 octobre 2003). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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