Soutien destiné aux femmes enceintes présentant un risque accru d'accoucher de nouveau-nés de faible poids de naissance

Le soutien (sous forme de conseils, d'assistance socio-psychologique et de soutien émotionnel) apporté à des femmes enceintes présentant un risque d'accoucher de nouveau-nés de faible poids de naissance n'améliore pas la santé maternelle ni périnatale. Indépendamment de ces résultats, l'auteur souligne le fait que toutes les femmes enceintes ont besoin du soutien des membres de leur famille, de leurs amis et des professionnels de santé.

Commentaire de la BSG par Langer A

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Les interventions consistant à apporter un soutien (défini comme des conseils ou une assistance socio-psychologique en matière de comportements sanitaires, une assistance concrète et un soutien affectif) à des femmes enceintes présentant un risque de donner naissance à des bébés de faible poids de naissance (FPN) n'ont pas permis d'améliorer la santé maternelle ni périnatale, y compris en termes de poids de naissance. Néanmoins, après l'inclusion de quelques nouveaux essais, l'analyse systématique la plus récente montre un effet statistiquement significatif marginal sur le risque d'accouchement par césarienne (RR = 0,88 [IC95 : 0,79-0,99) ainsi qu'une augmentation statistiquement significative de la possibilité d'un accouchement programmé. Par ailleurs, quelques études ont montré un impact positif sur les conditions psychosociales des mères.

Tous les essais comparatifs appropriés ayant pu être identifiés ont été inclus et analysés dans la présente analyse documentaire. Les essais axés uniquement sur des interventions éducatives ou des interventions brèves ne se poursuivant pas jusqu'à la naissance du bébé ont été exclus de l'analyse, de même que les essais dans lesquels la répartition en aveugle n'avait pas été appliquée et ceux ne comprenant pas de données relatives aux résultats en termes de santé d'au moins 80 % des sujets randomisés.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Le FPN dû à une anomalie de croissance foetale et à la prématurité reste un problème de santé publique hautement prioritaire dans la plupart des pays à faibles ou moyens revenus. Des taux élevés de stress psychosocial et de mauvaises conditions socioéconomiques vécues par les mères sont également prévalents au sein de vastes zones dans les régions défavorisées. En Amérique latine, les taux de césariennes sont extrêmement élevés et l'identification d'interventions efficaces permettant de diminuer le nombre de césariennes non nécessaires s'avère indispensable. Toutefois, cela ne serait pas le cas d'autres zones en voie développement où les césariennes ne sont pas disponibles pour la majorité des femmes. Les grossesses non désirées et les avortements à risque constituent également des priorités en matière de santé publique dans les milieux conservateurs et défavorisés, notamment dans les pays où l'interruption de grossesse est illégale ou limitée par la loi, et où les femmes ont recours à des avortements clandestins, dans de mauvaises conditions de sécurité. Des interventions permettant aux femmes de prendre des décisions éclairées répondraient à un besoin majeur.

2.2. Applicabilité des résultats

Dans une large mesure, les résultats négatifs en matière d'amélioration du poids de naissance sont applicables aux milieux défavorisés. En fait, les résultats des plus importants essais inclus dans cette analyse documentaire systématique, qui ont fortement influencé les résultats de la méta-analyse, ont été obtenus lors d’une étude réalisée dans quatre villes latino-américaines.

Le résultat selon lequel un soutien social au cours de la grossesse a un effet sur le risque d'accouchement par césarienne devrait être pris en compte par les chercheurs et les responsables de programmes dans les zones géographiques où les césariennes non nécessaires sont de pratique courante. Toutefois, dans la mesure où ces effets n'ont qu'une signification statistique marginale et où ce type d'intervention est complexe et nécessite des ressources considérables, le soutien social devrait être considéré uniquement comme une option (et probablement pas la plus efficace en termes de rapport coût-efficacité) pour réduire le nombre de ces pratiques médicales potentiellement dangereuses.

Le résultat de l'analyse documentaire systématique selon lequel le soutien au cours de la grossesse augmente la possibilité d'accouchement programmé est très significatif. L'apport d'informations adaptées aux femmes, précises et compréhensibles sur les possibilités qui s'offrent à elles en matière de procréation, devrait toujours être un élément clé des soins de santé, et ce quel que soit le pays.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

Dans la mesure où le soutien social au cours de la grossesse n'a pas d'effet positif sur la santé maternelle et périnatale, la mise en oeuvre de ce type de programme n'a pas lieu d'être envisagée. Toutefois, en accord avec le Dr. Hodnett, je souhaiterais souligner le fait que les femmes enceintes des pays en voie de développement comme des pays développés ont besoin du soutien des membres de leur famille, de leurs amis et des prestataires de soins de santé.

L'apport d'un soutien social au cours de la grossesse par le biais de programmes verticaux ne constitue pas une stratégie efficace pour améliorer le poids de naissance ni l'état de santé de la mère ou du nouveau-né. Dans la mesure où le soutien social au cours des quelques mois d'une grossesse n'a pas d'effet positif sur les résultats de celle-ci, la faisabilité de ce type de programme n'a pas lieu d'être envisagée. Lorsque cela est possible, un soutien social devrait être apporté pour des raisons humaines, sans attendre de changements positifs en matière de santé maternelle ou périnatale. Les effets bénéfiques modérés sur les résultats psychosociaux obtenus dans certains essais constituent des éléments en faveur de cette recommandation

3. RECHERCHE

Il ne semble pas nécessaire de réaliser davantage d'essais visant à établir un lien entre les interventions en matière de soutien social et une amélioration de l'état de santé obstétrical et néonatal. Néanmoins, l'amélioration modérée de l'état émotionnel des mères obtenue dans certains essais doit être confirmée par des essais menés à grande échelle selon une méthodologie appropriée et destinés exclusivement à évaluer les effets positifs sur les résultats psychosociaux. En outre, des recherches supplémentaires sont nécessaires sur les effets de l'apport en informations et en soutien social sur la capacité des femmes à prendre des décisions éclairées en terme de procréation, y compris d'avortement. Enfin, des recherches approfondies sur les mécanismes par lesquels le soutien social pourrait contribuer à une diminution des interventions médicales au cours de l'accouchement (telles que la césarienne) s'avèreraient intéressantes

Sources de soutien : The Population Council, Regional Office for Latin America and the Caribbean.


Ce document doit être cité comme suit : Langer A. Soutien destiné aux femmes enceintes présentant un risque accru d'accoucher de nouveau-nés de faible poids de naissance : Commentaire de la BSG (dernière révision : 2 October 2003). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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