Apport protéique élevé ou faible chez le nouveau-né de faible poids de naissance nourri au lait infantile

Analyse documentaire Cochrane par Premji SS, Fenton T, Sauve RS

Ce document doit être cité comme suit: Premji SS, Fenton T, Sauve RS. Higher versus lower protein intake in formula-fed low birth weight infants. Cochrane Database of Systematic Reviews 2006, Issue 1. Art. No.: CD003959. DOI: 10.1002/14651858.CD003959.pub2.

RÉSUMÉ

Titre

Apport protéique élevé ou faible chez le nouveau-né de faible poids de naissance nourri au lait infantile

Contexte

La quantité idéale d'apport alimentaire en protéines chez les nouveau-nés de faible poids de naissance, < 2500 grammes, nourris au lait infantile, reste sujette à controverse et à débat. Chez les nouveaux-nés prématurés, l'apport protéique doit être suffisant pour atteindre un rythme de croissance normal sans entraîner d'effets indésirables comme une acidose, une urémie et des taux élevés d'acides aminés circulants (comme les taux de phénylalanine). La présente analyse documentaire systématique évalue les effets bénéfiques et les risques d'un apport protéique élevé (>= 3,0 g/kg/jour) par rapport à un apport protéique faible (< 3,0 g/kg/jour) au cours de l'hospitalisation initiale chez les nouveau-nés prématurés d'un poids < 2500 grammes nourris au lait infantile.

Objectifs

Déterminer si, par rapport à un apport protéique faible ( < 3,0 g/kg/jour), un apport protéique élevé (>= 3,0 g/kg/jour) permet une amélioration de la croissance et du développement neurologique chez les nouveau-nés prématurés d'un poids < 2500 grammes nourris au lait infantile au cours de l'hospitalisation initiale, sans être associé à une morbidité prouvée à court et à long terme.

Stratégie de recherche

La recherche effectuée par deux auteurs a porté sur MEDLINE (de 1966 à mai 2005), CINAHL (de 1982 à mai 2005), PubMed (de 1966 à mai 2005), EMBASE (de 1980 à mai 2005), le Cochrane Central Register of Controlled Trials (CENTRAL, The Cochrane Library, Issue 2, 2005), les résumés, et les actes de conférences et de symposiums de la Society of Pediatric Research et de l'American Academy of Pediatrics. Les références croisées ont été passées en revue indépendamment afin d'identifier des titres et résumés d'articles supplémentaires pertinents, jusqu'à 50 ans en arrière.

Critères de sélection

Essais comparatifs randomisés évaluant différents niveaux d'apport protéique dans le lait infantile, classés en trois catégories: un apport faible ( < 3,0 g/kg/jour), un apport élevé (>= 3,0 g/kg/jour mais < 4,0 g/kg/jour) ou un apport très élevé (>= 4,0 g/kg/jour) au cours de l'hospitalisation des nouveau-nés de poids de naissance inférieur à 2500 grammes nourris au lait infantile. Les études n'ont pas été incluses si les nouveau-nés recevaient une nutrition parentérale partielle au cours de la période d'étude ou si le lait infantile était utilisé en complément du lait maternel. Étant donné le faible nombre d'études remplissant tous les critères d'inclusion, les études portant également sur des quantités variables de nutriments autres que les protéines (différence relative > 10%) ont été ajoutées dans une analyse post-facto.

Collecte et analyse des données

Deux auteurs de l'analyse ont suivi les méthodes standard de la Cochrane Collaboration et du Cochrane Neonatal Review Group afin d'évaluer indépendamment si les essais remplissaient les conditions d'inclusion et les critères de qualité, et d'extraire les données séparément. Dans un essai à trois bras dans lequel deux groupes répondaient aux critères de la même catégorie d'apport protéique prédéterminée pour la présente analyse, les moyennes pondérées et les écarts-types standard combinés ont été calculés.

Principaux résultats

La recherche documentaire a permis d'identifier 37 études, dont cinq remplissaient l'ensemble des critères d'inclusion. Ces cinq études comparaient un apport protéique faible ( < 3,0 g/kg/jour) à un apport protéique élevé (>= 3,0 g/kg/jour mais < 4,0 g/kg/jour). L'analyse globale a mis en évidence une amélioration de la prise de poids (DMP = 2,36 g/kg/jour [IC95: 1,31-3,40]) et un accroissement d'azote plus élevé (DMP = 143,7 mg/kg/jour [IC95: 128,7-158,8]) chez les nouveau-nés nourris au lait infantile comprenant un apport protéique plus élevé et un apport constant pour les autres nutriments. Le QI et les échelles de Bayley à 18 mois ou plus tard n'ont été analysés dans aucune de ces études. Aucune différence significative n'a été observée pour les taux d'entérocolite nécrosante, d'infection ou de diarrhée. Sur les trois études examinées dans l'analyse post-facto, une seule a pu être incluse dans la méta-analyse. L'analyse post-facto a mis en évidence une amélioration supplémentaire concernant tous les paramètres de croissance chez les nouveau-nés recevant du lait infantile ayant une teneur protéique plus élevée (prise de poids: DMP = 2,53 g/kg/jour [IC95: 1,62-3,45] ; croissance staturale: DMP = 0,16 cm/semaine [IC95: 0,03-0,30]; et croissance du périmètre crânien: DMP = 0,23 [IC95: 0,12-0,35]). Aucune différence significative n'a été relevée concernant la concentration plasmatique de phénylalanine (DMP = 0,25 [IC95: de -0,20 à 0,70]) entre le groupe recevant un apport protéique élevé et celui recevant un apport protéique faible. Une étude (Goldman 1969) incluse dans l'analyse post-facto a mis en évidence une augmentation significative de l'incidence des scores de QI faibles, inférieurs à 90, chez les nouveau-nés de poids de naissance inférieur à 1300 grammes ayant reçu un apport protéique très élevé (de 6 à 7,2 g/kg/jour).

Conclusions des auteurs

La présente analyse documentaire systématique suggère qu'un apport protéique plus élevé (>= 3,0 g/kg/jour mais < 4,0 g/kg/jour) dans le lait infantile est associé à une accélération de la prise de poids. Étant donné l'augmentation des taux d'accroissement d'azote, cette dernière indique sans doute une augmentation de la masse maigre de l'organisme. Bien que l'accélération de la prise de poids soit considérée comme un effet positif, l'augmentation d'autres mesures de résultats examinées pourrait représenter un effet négatif ou ambivalent. On observe ainsi une augmentation du taux d'urée sanguine et de l'acidose métabolique. Les informations disponibles concernant l'impact du lait infantile comprenant une teneur protéique plus élevée sur les résultats à long terme comme les anomalies du développement neurologique sont limitées. Comme l'a montré la présente analyse, les publications existantes sur cette question ne permettent pas de formuler des recommandations spécifiques concernant l'apport protéique très élevé (> 4,0 g/kg/jour) dans le lait infantile.

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