Air ambiant ou oxygène en cas de réanimation du nouveau-né à la naissance

Analyse documentaire Cochrane par Tan A, Schulze A, O'Donnell CPF, Davis PG

Ce document doit être cité comme suit: Tan A, Schulze AA, O'Donnell CPF, Davis PG. Air versus oxygen for resuscitation of infants at birth. Cochrane Database of Systematic Reviews 2005, Issue 2. Art. No.: CD002273. DOI: 10.1002/14651858.CD002273.pub3.

RÉSUMÉ

Titre

Air ambiant ou oxygène en cas de réanimation du nouveau-né à la naissance

Contexte

Le gaz habituellement recommandé dans la réanimation des nouveau-nés à la naissance est composé de 100% d'oxygène. Des preuves de plus en plus nombreuses issues d'études menées chez l'animal et chez l'homme montrent que l'air ambiant est tout aussi efficace que l'oxygène pur et que ce dernier pourrait avoir des effets indésirables sur la physiologie respiratoire et la circulation cérébrale. L'administration d'oxygène à 100% est également associée au risque théorique de lésions tissulaires liées aux radicaux libres d'oxygène. L'utilisation de l'air ambiant a par conséquent été suggérée comme une alternative plus sû;re et peut-être plus efficace.

Objectifs

Chez les nouveau-nés nécessitant une réanimation, l'utilisation de l'air ambiant permet-elle de réduire l'incidence de décès, de troubles neurologiques et de la morbidité à court terme par rapport à l'utilisation d'oxygène pur?

Stratégie de recherche

La recherche a porté sur l'Oxford Database of Perinatal Trials, le Cochrane Central Register of Controlled Trials (CENTRAL, The Cochrane Library, Issue 1, 2004) et MEDLINE PubMed de 1996 à décembre 2003; les listes bibliographiques des articles pertinents ainsi que les actes de conférences ont fait l'objet d'une recherche manuelle.

Critères de sélection

Toutes les études randomisées et quasi-randomisées comparant l'utilisation d'air ambiant ou toute autre concentration d'oxygène à l'oxygène pur dans la réanimation du nouveau-né à la naissance.

Collecte et analyse des données

Trois auteurs ont évalué la qualité méthodologique des essais admissibles et extrait les données indépendamment. Le cas échéant, une méta-analyse a été réalisée afin de fournir une estimation combinée de l'effet du traitement. Pour les données catégorielles, le risque relatif (RR), la différence de risque (DR) et le nombre de sujets à traiter (NST), ainsi que les intervalles de confiance à 95% (IC95) correspondants ont été calculés. Les données continues ont été analysées en utilisant la différence moyenne pondérée (DMP).

Principaux résultats

Cinq études portant sur 1302 nouveau-nés au total ont été identifiées. Dans deux études, une répartition randomisée des patients a été utilisée et le personnel soignant n'avait pas connaissance du groupe d'intervention. Dans les trois autres études, la répartition des patients était quasi-randomisée et le personnel soignant avait connaissance du groupe d'intervention. L'analyse combinée de quatre essais étudiant l'effet du traitement sur le décès a mis en évidence une réduction significative du taux de mortalité dans le groupe bénéficiant d'une réanimation par air ambiant (RR typique = 0,71 [0,54-0,94]; DR typique = -0,05 [de -0,08 à -0,01]; NST = 20 [12-100]). Aucune différence significative n'a été observée entre les groupes concernant les taux d'encéphalopathie par hypoxie ischémie de stade 2 ou 3. Un des quatre essais a signalé une différence statistiquement significative concernant les scores d'Apgar médians à 5 minutes, en faveur du groupe traité par air ambiant. Néanmoins, la différence absolue entre les médianes était faible et aucune différence significative n'a été relevée concernant les scores d'Apgar médians à 10 minutes dans les trois essais étudiant ce résultat. Un sous-groupe de survivants a été suivi à 18-24 mois dans un essai. Aucune différence significative n'a été observée concernant les taux d'anomalies du développement neurologique, y compris l'infirmité motrice cérébrale ou l'échec de plusieurs étapes du développement; la proportion de patients admissibles examinés était toutefois inférieure à 70%. Certaines analyses prévues dans le cadre de la présente analyse documentaire n'ont pas pu être effectuées en raison du manque de données publiées, parmi lesquelles figuraient une analyse de sous-groupe en fonction de l'âge gestationnel et l'évaluation de l'effet du traitement sur la dysplasie bronchopulmonaire et la rétinopathie du prématuré.

Conclusions des auteurs

Les preuves disponibles à l'heure actuelle sont insuffisantes pour recommander une politique de traitement par air ambiant plutôt que l'utilisation d'oxygène pur, ou inversement, dans la réanimation du nouveau-né. Une réduction de la mortalité a été observée chez les nouveau-nés réanimés par air ambiant, et aucune preuve d'un effet nocif n'a été établie. Néanmoins, en raison du faible nombre d'études identifiées et de leurs limitations méthodologiques, il convient de faire preuve de prudence lors de l'interprétation et de l'application de ces résultats. Notons l'utilisation d'un traitement de rattrapage par oxygène pur chez plus d'un quart des nouveau-nés randomisés réanimés par air ambiant. Par conséquent, sur la base des preuves disponibles à l'heure actuelle, si le choix du clinicien se porte sur l'air ambiant comme gaz de première intention dans la réanimation, il lui faudra veiller à ce qu'une réserve d'oxygène soit également disponible.

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