Contact peau à peau précoce des mères et de leur nouveau-né en bonne santé

Selon les preuves disponibles à l'heure actuelle, il semble que le contact peau à peau précoce ait des effets cliniques bénéfiques, particulièrement sur l'allaitement maternel. Afin de faciliter la mise en œuvre de cette intervention, qui pourrait être considérée comme « naturelle », il conviendra de mettre en place des politiques favorables à l'intervention dans les hôpitaux et les maternités. Cette intervention ne requiert par ailleurs que peu de ressources supplémentaires.

Commentaire de la BSG par Saloojee H

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

Le contact peau à peau (CPP) précoce signifie placer le nouveau-né nu sur la poitrine nue de la mère à la naissance ou juste après la naissance (dans les 24 heures qui suivent). Si, du point de vue de l'évolution, le contact peau à peau est la norme, séparer rapidement le nouveau-né de sa mère après la naissance est pratique courante dans de nombreux milieux. Cette analyse documentaire avait pour but d'étudier les effets du contact peau à peau précoce sur l'allaitement maternel exclusif et sa durée, ainsi que le comportement et la physiologie mère-enfant.

Trente études portant sur 1 925 participants (paires mère-enfant) remplissaient les critères d'inclusion. Vingt-neuf d'entre elles étaient des essais comparatifs randomisés et le dernier était quasi-randomisé. Aucun essai ne remplissait tous les critères de qualité méthodologique dfini par les auteurs. La qualité générale des études incluses était considérée comme « marginalement appropriée ». Les deux points les plus problématiques étaient la répartition en aveugle (mise en œuvre d'une séquence aléatoire de répartition sans information préalable quant à l'attribution de l'intervention) et les sources de biais d'interprétation (le personnel chargé de l'accouchement et des soins post-partum pouvait connaître le groupe d'attribution des mères). La répartition en aveugle était appropriée dans seulement huit essais.

Les différences entre les études concernant la façon dont l'intervention était mise en œuvre et les résultats mesurés étaient importantes. Ces deux différences ont sérieusement limité la possibilité qu'avaient les auteurs de réaliser une méta-analyse des données. Ceci constitue un obstacle majeur à l'élaboration de recommandations pratiques correctes sur le sujet. Par exemple, la durée du CPP allait d'environ 15 minutes à 48 heures de contact continu. Bien que 64 résultats cliniques aient été évalués, seulement 20 ont été mesurés par plus d'une étude et trois ont été évalués dans cinq études ou plus.

L'analyse documentaire a constaté des effets bénéfiques statistiquement significatifs du contact peau à peau précoce (à n'importe quel moment entre une et 24 heures après l'accouchement) sur la poursuite de l'allaitement maternel pendant un à quatre mois après l'accouchement (10 essais ; 552 participantes) (odds ratio (0R) = 1,82 ; [IC95 : 1,08-3,07]). Une tendance vers une durée allongée de l'allaitement a également été observée (sept essais ; 324 participantes) (différence moyenne pondérée (DMP) = 42,55 jours ; [IC95 : de -1,69 à 86,79]). L'analyse documentaire a également montré des effets bénéfiques statistiquement significatifs du CPP précoce sur le maintien de la température du nouveau-né dans la zone de neutralité thermique, les pleurs du nouveau-né, sa glycémie, les scores combinés du contact et de la relation tendre et affectueuse naissant entre la mère et le nouveau-né, notamment par un comportement d'attachement au cours de l'allaitement maternel surveillé dans les premiers jours qui suivent la naissance. Les nouveau-nés nés à proximité du terme présentaient une meilleure stabilité cardio-respiratoire avec le contact peau à peau.

Même si aucune différence clinique ou statistique significative claire n'a été observée sur les résultats physiologiques et relatifs à l'attachement de nombreux nouveau-nés, aucun effet indésirable du contact peau à peau précoce n'a non plus été identifié.

Cette analyse inclut les études publiées jusqu'à mai 2006. Des travaux récents ont étudié les effets du contact peau à peau avec les pères sur les pleurs et le comportement avant l'allaitement de nouveau-nés en bonne santé et nés à terme suite à une césarienne programmée (1) et ont décrit une amélioration de la capacité de succion des nouveau-nés ayant bénéficié du contact peau à peau (2). Les effets néfastes potentiels (tels que la bradycardie et la désaturation) du contact peau à peau ont également été évalués.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Le résultat prédominant qui a fait l'objet d'analyse dans la plupart des études de cette analyse était la pratique de l'allaitement. Dans l'ensemble, les mauvaises pratiques en matière d'allaitement, dont la faiblesse des taux d'initiation, la brièveté des périodes d'allaitement maternel exclusif et l'interruption précoce de l'allaitement, sont des problèmes déjà identifiés. Des bases de données rendant compte des tendances internationales concernant l'allaitement maternel sont disponibles en ligne (3, 4). De manière générale, si les taux d'initiation de l'allaitement dépassent 90 % dans la plupart des pays en voie de développement (5), la difficulté majeure est d'assurer la poursuite de l'allaitement maternel exclusif pendant six mois. Dans les 94 pays inclus dans le Global Data Bank on Breastfeefing (Banque de données mondiale sur l'allaitement au sein) de l'OMS, on estime que 35 % des nouveau-nés âgés de 0 à 4 mois sont allaités exclusivement au lait maternel. (3). L'Asie de l'Est et le Pacifique comptent les taux les plus élevés (6). Pour apporter une note positive, il faut signaler que dans les milieux défavorisés, de nombreuses mères continuent à allaiter leur enfant au delà de la première année de la vie. Les niveaux mondiaux de poursuite de l'allaitement ont augmenté et sont relativement élevés (79 %) à un an d'âge ; de plus, presque la moitié de tous les nouveau-nés continuent à être allaités à l'âge de deux ans (6).

2.2. Applicabilité des résultats

Les études ont été menées auprès de diverses populations en Amérique du Nord, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique australe. Il semble toutefois que trois-quart (23/30) des études aient été conduites auprès de participants nantis dans des milieux favorisés. Vingt-six études sur trente incluaient uniquement des nouveau-nés nés à terme en bonne santé.

L'analyse se fondant sur des études menées pour la plupart dans des milieux favorisés de pays développés, il est difficile d'en extrapoler les résultats à des milieux particulièrement défavorisés. Les décisions des parents relatives à l'allaitement maternel sont influencées par les actions combinées et complexes de différents facteurs qui incluent, entre autres, la situation géographique (pays, zone urbaine/rurale), les croyances culturelles, les ressources disponibles, les maladies sous-jacentes (l'infection par le VIH par exemple) ainsi que le niveau d'éducation. On pourrait par conséquent se demander quel impact relatif le contact peau à peau aurait dans une analyse multivariée portant sur les déterminants des pratiques en matière d'allaitement maternel lorsque d'autres déterminants tels que les croyances culturelles ou le statut socio-économique sont inclus.

Aucune étude incluse dans l'analyse n'a fourni de données relatives au nombre de nouveau-nés du groupe de contact peau à peau qui ont été allaités et la façon dont ils ont été allaités pendant la mise en œuvre de l'intervention. La question de savoir s'il serait possible de reproduire les effets bénéfiques sur l'allaitement maternel décrits dans l'analyse documentaire (par exemple le nombre de femmes qui continuent d'allaiter à 1-3 mois, ou bien la durée de l'allaitement) sur des cohortes de femmes issues de milieux défavorisés où l'on s'attend à ce que 90 % des mères commencent et poursuivent l'allaitement pendant les trois premiers mois de la vie est discutable.

Il serait plus pertinent, concernant les milieux défavorisés, de déterminer dans quelle mesure l'intervention a un impact sur les taux d'allaitement maternel exclusifs se poursuivant de quatre à six mois après l'accouchement. Une seule étude incluse dans l'analyse documentaire a fourni des données relatives à ce sujet.

Il est également difficile d'extrapoler aux milieux défavorisés et de façon plus générale les données concernant la construction d'un lien entre la mère et son nouveau-né. Il est important de noter que deux études incluses dans l'analyse documentaire et portant sur des femmes indigentes ont montré des différences statistiquement significatives en matière de comportements face au contact mère-enfant, en faveur du groupe ayant bénéficié du contact peau à peau.

2.3. Mise en œuvre de l'intervention

D'après les preuves disponibles à l'heure actuelle, il semble que le contact peau à peau ait des effets bénéfiques cliniques, particulièrement sur l'allaitement maternel. Les résultats positifs de cette analyse doumentaire ont été obtenus dans divers pays (pour la plupart à revenus élevés) et parmi des femmes issues de milieux socio-économiques bas et élevés.

La possibilité de mettre en œuvre le contact peau à peau ainsi que l'entousiasme suscité par cette intervention pourront varier en fonction des milieux. Afin de faciliter l'initiation précoce du contact peau à peau, il faut mettre en place des politiques favorables à l'intervention dans les hôpitaux et les maternités. Certaines pratiques, telles que la façon dont les enfants sont tenus après la naissance, sont profondément ancrées dans les habitudes de fonctionnement des établissements et il ne sera pas facile de les faire changer. Il pourrait également s'avérer nécessaire de sensibiliser les sages-femmes quant aux effets bénéfiques du contact peau à peau car, dans la plupart des manuels s'adressant aux sages-femmes, le recours au contact peau à peau afin de faciliter l'initiation de l'allaitement n'est pas correctement encouragé (7). Enfin, les mères devraient être encouragées à surmonter leurs hésitations à placer le nouveau-né en contact peau à peau pour une période prolongée dans des conditions de chaleur et d'humidité. Dans certaines unités, le surpeuplement, le manque d'intimité et la pudeur des mères peuvent également retarder le recours au contact peau à peau.

Par ailleurs, l'intervention nécessite peu de ressources supplémentaires et fait la promotion d'une pratique qui pourrait être considérée comme étant « naturelle ». Dans certains milieux, les pratiques en salle de travail suite à l'accouchement (par exemple laver et mesurer le nouveau-né, apporter une assistance lors de l'allaitement et suturer l'épisiotomie) interfèrent souvent avec le premier contact entre la mère et son nouveau-né (8). Même dans ces unités très actives, la supervision de cette intervention (CPP) ne prend que peu de temps supplémentaire et devrait prévaloir sur les autres pratiques hospitalières de routine. Le moment où l'intervention est mise en œuvre pourrait être important car la plupart des nouveau-nés sont très éveillés pendant les deux premières heures de la vie. S'ils ne sont ni perturbés ni sous traitement médical, ils prendront eux-même le sein pendant la première heure.

L'intensification de l'utilisation de la méthode "mère-kangourou" (qui inclut le contact peau à peau) dans de nombreuses unités spécialisés dans les soins des nouveau-nés de faible poids de naissance pourrait également faciliter l'introduction et l'acceptation du contact peau à peau comme pratique systématique pour les nouveau-nés à terme en bonne santé.

Une assistance à l'initiation de l'allaitement, composante de l'intervention associée à une augmentation du succès de cette intervention, est quant à elle plus difficile à proposer systématiquement dans les salles de travail ou les unités d'accouchement dans les milieux défavorisés (en particulier chez les primipares). La tétée en elle-même pourrait être un composant essentiel du contact peau à peau pour le succès à long terme de l'allaitement. Dans différents milieux partout dans le monde, des croyances culturelles négatives à propos du colostrum ont cours, ce qui pouurait représenter un obstacle de taille à l'initiation précoce de l'allaitement. De la même façon, les mères infectées par le VIH pourraient choisir d'avoir un contact peau à peau avec leur nouveau-né mais préférer ne pas donner le sein à téter si elles ont opté pour l'allaitement au lait artificiel.

3. RECHERCHE

De plus amples recherches originales visant à fournir des preuves plus convaincantes de la valeur de cette intervention sont justifiées. Cela s'avère particulièrement nécessaire en raison de la qualité méthodologique seulement « marginalement appropriée » des études incluses, des variations entre les conditions de contrôle des caractéristiques du contact peau à peau et de la difficulté à combiner les mesures de résultats.

De plus amples recherches devraient être menées sur les questions suivantes :

  • Quelle influence le moment (combien de temps après la naissance) où l'intervention est mise en œuvre, la dose (pendant combien de temps) et les composants proposés (la tétée par exemple) lors de l'intervention ont-ils sur les résultats de l'allaitement ?
  • Quels sont les effets du contact peau à peau précoce sur les mères qui accouchent par césarienne ?
  • Quelles sont les différences observées entre les nouveau-nés à terme et prématurés qui ont bénéficié de l'intervention ?
  • Comment les prestataires de soins voient-ils (attitudes et réponses, y compris les résistances) la mise en œuvre de l'intervention ?
  • Quel est le point de vue des mères concernant l'intervention et quel est leur degré de satisfaction par rapport à l'intervention dans le cadre général de leur expérience de l'accouchement (en utilisant des méthodes qualitatives) ?

Toutes les questions ci-dessus s'appliquent aussi bien aux milieux favorisés qu'aux milieux défavorisés. Cependant, en fonction de la façon dont l'intervention est mise en œuvre, il y a de fortes chances pour que les résultats varient entre les différents milieux.

Remerciements : aucun

Sources de soutien : aucune

Références

  • Erlandsson K, Dsilna A, Fagerberg I, Christensson K. Skin-to-skin care with the father after cesarean birth and its effect on newborn crying and prefeeding behavior. Birth 2007;34(2):105-114.
  • Moore ER, Anderson GC. Randomized controlled trial of very early mother-infant skin-to-skin contact and breastfeeding status. J Midwifery Womens Health 2007; 52(2):116-125.
  • Global Data Bank on Breastfeeding. URL: http://www.who.int/nut/db_bfd.htm (accessed 16 Sept 2005).
  • UNICEF Global database: Breastfeeding indicators. Available at: http://www.childinfo.org/eddb/brfeed/test/database.htm (accessed 16 Sept 2005).
  • La Leche League International Center for Breastfeeding Information. Breastfeeding statistics. Schaumburg, IL, USA. Available at: http://www.lalecheleague.org/cbi/bfstats03.html (accessed 16 Sept 2005).
  • UNICEF. End decade databases. Breastfeeding. Available at: http://www.childinfo.org/eddb/brfeed/index.htm (accessed 16 Sept 2005).
  • Cooke M, Cantrill R, and Creedy D. The first breastfeed: a content analysis of midwifery textbooks. Breastfeed. Review 2003;11:5–11.
  • Awi DD and Alikor EA. The influence of pre- and post-partum factors on the time of contact between mother and her new-born after vaginal delivery. Nigeria Journal of Medicine 2004;13:272–275.

Ce document doit être cité comme suit : Saloojee H. Le contact peau à peau précoce des mères et de leurs nouveau-nés en bonne santé : Commentaire de la BSG (dernière révision : 4 janvier 2008). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

Partager