Antibioprophylaxie en cas de pose d'un dispositif contraceptif intra-utérin

L'antibioprophylaxie dans la réduction du risque d'infection du tractus génital supérieur après l'insertion d'un DIU ne présente aucun effet bénéfique sur le taux de maladie inflammatoire pelvienne ou de maintien du DIU.

Commentaire de la BSG par Ba-Thike K

1. RÉSUMÉ DES PREUVES

L'analyse documentaire a analysé les données d'essais comparatifs randomisés sur l'antibioprophylaxie en cas d'insertion d'un dispositif contraceptif intra-utérin (DIU), incluant la doxycyline dans des schémas thérapeutiques à dosages différents ou l'azithromycine comparés à un placebo ou à l'absence de traitement. La maladie inflammatoire pelvienne, les consultations non programmées dans la structure de soins et le retrait du dispositif contraceptif intra-utérin (DIU) dans les trois mois suivant la pose constituaient les mesures de résultat. Une réduction des nouvelles consultations non programmées dues à un problème lié au DIU a été observée dans l’un des essai mais ces résultats n’ont pas été retrouvés dans les autres essais. L’administration prophylactique d’antibiotiques n’a été associée qu’à de faibles effets bénéfiques en matière de maladie inflammatoire pelvienne (MIP) ou de taux de maintien du DIU. Tous les essais inclus dans l’analyse ont indiqué un risque faible d’infection associée au DIU et l’utilisation du DIU était sans danger avec ou sans administration d’antibiotiques, notamment dans les populations comptant une faible prévalence des infections sexuellement transmissibles (IST).

Tous les essais comparatifs appropriés ayant pu être identifiés ont été inclus et analysés de façon appropriée. Les auteurs de l’analyse ont relevé l’hétérogénéité entre les populations étudiées. La prévalence élevée ou faible des maladies sexuellement transmissibles aurait pu avoir été considérée comme une variable de stratification dans cette analyse.

2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS

2.1. Étendue du problème

Bien que la prévalence de la contraception ait augmenté en Asie de l'Est et du Sud-Est, les besoins en planification familiale restent encore non couverts comme en témoignent la dépendance envers les méthodes traditionnelles et le recours à l'avortement en cas de grossesse non désirée. En République populaire de Chine et au Viêt-Nam, ayant mis en œuvre des programmes de planification familiale ciblés au début et au milieu des années 1990, l’utilisation du DIU prédomine. L’association entre DIU et infection gynécologique a constitué un problème, souligné dans des discussions avec les prestataires de soins au niveau des soins de santé primaires.

En revanche, l'utilisation du DIU dans des pays comme le Cambodge, le Laos et le Myanmar reste faible, principalement en raison de la mauvaise image du DIU auprès de la population. Une fois de plus, le DIU continue à être considéré comme responsable d’infections pelviennes malgré le fait qu’un dépistage consciencieux chez les femmes pourrait éliminer le risque de contracter une infection. Par ailleurs, le parti pris contre le DIU repose sur des complications rencontrées lors de l’utilisation de précédents types de DIU. Par ailleurs, les protocoles présentant les contre-indications et les instructions reflétant l'expérience clinique et épidémiologique acquise avec ces DIU de première génération sont toujours en vigueur.

Dans la plupart des lieux de prestation des services de soins du secteur public, l'antibioprophylaxie en cas d'insertion du DIU n'est pas systématiquement administrée. Néanmoins, dans le secteur privé, l’administration de doxycycline ou de tetracycline une heure avant la pose (suivie par un traitement sur deux à trois jours) est pratique courante dans certains milieux. Alors que le dépistage des infections à Gonorrhoea et à Chlamydia ne peut être facilement réalisé dans les établissements de soins publics et privés dans de nombreux pays en voie de développement, il a été observé dans des études menées auprès de la population que la prévalence de ces deux infections est faible en Chine. La prévalence de l'infection à Chlamydia chez les femmes asymptomatiques en bonne santé observée à Pékin était de 2 % (1) et celle observée à Shanghai était de 6 % (2). Dans une population de femmes de la province du Yunnan présentant un faible risque, la prévalence de l’infection à Gonorrhoea était de 0,3 % et celle de l’infection à Chlamydia était de 5,5 % (3). Une étude descriptive transversale sur la prévalence de l’infection du tractus génital (ITG) menée au centre MCH/FP de Hue, en Chine, a montré que l’ITG était modérée (21,2 % des femmes), la majorité des infections étant endogènes et n’incluant que 28 cas d’IST (4,7 %). Très peu de cas d’infection cervicale ont été identifiés : 0,8 % d’infections à Chlamydia et 0,2 % d’infections à Gonorrhoea (4). Le nombre de publications concernant les infections du tractus génital diagnostiquées en laboratoire dans d'autres pays d'Asie du Sud–Est est faible.

2.2. Faisabilité de l'intervention

L'analyse se prononce contre la mise en œuvre de l'antibioprophylaxie dans la mesure où elle semble n'apporter que de faibles effets bénéfiques, notamment dans les populations comptant une faible prévalence d'infections sexuellement transmissibles. Dans ces milieux, l’abandon de l’antibioprophylaxie systématique devrait être réalisable si elle constitue actuellement la norme.

2.3. Applicabilité des résultats de la Cochrane Review

Les deux essais inclus dans cette analyse ont été menés au Kenya, au Nigeria, en Turquie et aux États-Unis. Les preuves de la Cochrane Review sont applicables aux pays en voie de développement dans lesquels l’utilisation des DIU actuels est sans danger avec ou sans administration d’antibioprophylaxie. Les résultats sont quelque peu équivoques concernant les effets bénéfiques des antibiotiques prophylactiques dans les zones où la prévalence des IST est élevée. Ces résultats devraient être diffusés aux directeurs de programmes de santé génésique et de programmes de planification familiale afin de prévenir l’utilisation inutile d’antibiotiques en cas d'insertion de DIU, aussi bien dans les pays où il s’agit d’une méthode habituelle de planification familiale que dans ceux où le DIU est présenté comme une méthode sans danger, à long terme.

2.4. Mise en œuvre de l'intervention

Les protocoles existants concernant les DIU devraient être revus, rationalisés et mis à jour de façon à être pertinents en matière d'antibioprophylaxie. L’arrêt de l’administration inutile d’une antibioprophylaxie aurait un bon rapport coût-efficacité, aussi bien pour la femme que pour les services de santé et réduirait également le risque d’effets indésirables et de résistance associée aux antibiotiques. Dans la mesure où le risque de MIP est lié au processus de pose et au risque initial d’infections sexuellement transmissibles, un dépistage consciencieux des femmes présentant un risque faible d’ITG devrait être pratiqué et les instructions relatives aux techniques de pose devraient être rigoureusement respectées.

2.5. RECHERCHE

Le faible taux de MIP et de retrait prématuré du DIU observé dans les études comparatives randomisées à grande échelle renforce l'innocuité de l'utilisation des DIU actuels. Dans la mesure où les infections vaginales endogènes (par opposition aux nouvelles infections induites par l'insertion du DIU) représentent les ITG les plus fréquentes chez les femmes d'Asie du Sud-Est, la possible relation entre infections vaginales endogènes et DIU devrait faire l'objet de plus amples études.

Références

  • Qian, Zhiwei et al. A study on the infections caused by viruses and Chlamydia trachomatis on uterine cervix. Chinese journal of obstetrics and gynaecology 1990;25:266-268.
  • Liao Mingmin, Gu Weimin, Le Jiayu, Xiao Lubai. Preliminary investigation of Chlamydia trachomatis infection in sexually transmitted diseases in a high risk population. Chinese journal of dermatology 1991;24:253-255.
  • Kaufman J, Yan Liquin, Wang Tongyin, Faulkner A. A study of field-based methods for diagnosing reproductive tract infections in rural Yunnan province, China. Studies in family planning 1999;30:112-119.
  • Phan Ti, Elias C, Nguyen Thi, Bui Thi L, Nguyen Hua, Garnder M. The prevalence or Reproductive Tract Infections at the MCH/FP Centre in Hue, Vietnam: A cross-Sectional Descriptive Study (2002). Studies in family planning;.

Ce document doit être cité comme suit : Ba-Thike K. Antibioprophylaxie en cas de pose d'un dispositif contraceptif intra-utérin : Commentaire de la BSG (dernière révision : 14 juillet 2002). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

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