Formation continue des professionnels de santé afin d'améliorer les soins aux nouveau-nés et aux enfants gravement malades dans les pays à faibles et moyens revenus

Afin d'améliorer la qualité des soins apportés aux nouveau-nés et aux enfants gravement malades dans les pays à faibles et moyens revenus, divers programmes de formation continue, principalement basés sur des modèles élaborés dans des pays à revenus élevés, sont proposés. Bien que certaines preuves ont montré une amélioration des soins suite à une formation continue, les données étaient insuffisantes pour tirer des conclusions solides sur l'efficacité de ce type de formation. Les résultats de cette analyse documentaire ne peuvent pas être extrapolés à d'autres domaines de la formation continue des professionnels de santé.

Commentaire de la BSG par Kawaguchi A et Mori R

1. INTRODUCTION

Chaque année dans le monde, environ onze millions d'enfants âgés de moins de cinq ans meurent et la grande majorité de ces décès survient dans les pays à faibles et moyens revenus (1). Entre 70 et 90% des cas ont pour cause les infections aiguës des voies respiratoires inférieures (principalement la pneumonie), la diarrhée, le paludisme, la rougeole, le VIH/SIDA et les pathologies néonatales. Presque tous ces décès pourraient être évités grâce à des interventions existantes mais, dans les milieux défavorisés, il n'y a pas suffisamment de professionnels de soins correctement formés capables de mettre en oeuvre les interventions disponibles.

En vue d'améliorer les résultats des enfants de moins de cinq ans, plusieurs approches, et notamment le triage, les soins d'urgence, l'évaluation initiale et le suivi, l'amélioration de la prise en charge des patients hospitalisés et le renforcement des services de soutien, ont été esquissées. Arriver à déterminer quelle approche s'avère la plus efficace pour améliorer, à un coû;t abordable, les résultats en matière de santé n'est toutefois pas chose aisée. En outre, afin d'améliorer la qualité des soins cliniques dispensés par les professionnels de santé, divers programmes de formation continue (principalement basés sur des modèles élaborés dans des pays à revenus élevés) ont également été proposés. On entend par formation continue la formation de professionnels de santé préalablement choisis dans le but de les aider à développer des compétences cliniques spécifiques. Ces formations peuvent inclure des cours élémentaires ou de perfectionnement de soins néonatals et pédiatriques d'urgence ainsi que d'autres cours sur les soins liés à des pathologies graves spécifiques, dont: la traumatologie; le triage d'urgence; l'évaluation et le traitement; la lutte contre les maladies diarrhéiques; et la prise en charge des infections respiratoires aiguës. La présente analyse documentaire Cochrane (2) avait pour objectif de déterminer l'efficacité de la formation continue des professionnels de santé sur la prise en charge et le traitement des nouveau-nés et des enfants gravement malades dans les pays à faibles et moyens revenus.

2. MÉTHODES DE L'ANALYSE

Les auteurs de l'analyse documentaire souhaitaient inclure tous les essais comparatifs randomisés, essais randomisés par grappe, essais cliniques comparatifs, études comparatives avant-après et analyses de séries chronologiques interrompues ayant évalué l'efficacité de la formation continue. Les participants aux essais étaient tous des professionnels de santé qualifiés et notamment des médecins, des infirmiers, des pharmaciens et des diététiciens/nutritionnistes travaillant en milieu hospitalier ou en consultation externe et responsables de la prise en charge et des soins des nouveau-nés et des enfants gravement malades. Les études n'ont pas été sélectionnées en fonction du niveau de revenus du milieu. Les auteurs de l'analyse documentaire ont inclus les formations continues suivantes: des cours de réanimation néonatale; des cours de réanimation pédiatrique; des éléments de réanimation inclus dans la Prise en charge intégrée de la grossesse et de l'accouchement; et d'autres formations continues à la santé néonatale et infantile ayant pour objectif l'identification et la prise en charge des enfants gravement malades. Les auteurs ont exclu les études portant sur des interventions complexes dans lesquelles la formation s'accompagnait, ou ne pouvait être dissociée, d'améliorations des systèmes de santé supplémentaires. Deux auteurs ont évalué indépendamment les essais identifiés pour l'inclusion. Ils ont extrait des données portant sur quatre résultats principaux (l'adhésion aux directives de traitement, les pratiques en matière de prescription, l'évaluation clinique et le diagnostic, et le choix de prise en charge ou d'orientation des nouveau-nés/enfants gravement malades) et quatre résultats secondaires (l'utilisation des services de santé, l'utilisation des ressources sanitaires, «d'autres indicateurs» de performance clinique, et le coû;t de la formation). Les études ne traitant que des «autres indicateurs» de performance ont été exclues.

3. RÉSULTATS DE L'ANALYSE

Les recherches électroniques et complémentaires ont permis d'identifier 2480 études au total. Les auteurs ont obtenu 146 articles complets mais seuls deux essais comparatifs randomisés remplissaient les critères d'inclusion. Les deux études incluses avaient été menées dans les salles d'accouchement de pays à faibles revenus (Kenya et Sri Lanka). Dans l'un des essais, les professionnels de santé ciblés étaient le personnel infirmier alors que l'autre essai portait sur un éventail plus large de professionnels. Une étude avait pour objectif de modifier le comportement des prestataires concernant le processus d'initiation de la réanimation néonatale en organisant une journée de formation à la réanimation néonatale adaptée d'une approche mise au point par le Resuscitation Council du Royaume-Uni. La deuxième étude se basait sur un programme de formation de quatre jours sur les soins essentiels aux nouveau-nés, inspiré des modules de formation de l'OMS sur les soins essentiels aux nouveau-nés et l'allaitement. Les deux essais disposaient d'une puissance suffisante pour les résultats principaux. Dans la première étude, les professionnels de santé avaient été répartis de façon randomisée dans deux groupes, le premier recevant une formation précoce (n = 28) et le deuxième une formation tardive (n = 55). Les auteurs de l'étude ont collecté des données relatives à 97 et 115 réanimations sur une durée de sept semaines après la formation précoce dans les groupes ayant bénéficié de l'intervention et témoin, respectivement. Dans la deuxième étude, les hôpitaux ont été répartis en deux groupes, à savoir le groupe bénéficiant de l'intervention (2 hôpitaux) et le groupe témoin (3 hôpitaux). Les données ont été collectées lors d'entretiens de sortie et portaient sur 446 paires mère-nouveau-né, avant l'intervention et après l'intervention, respectivement. Des observations directes des pratiques en matière d'accouchement ont été réalisées dans un sous-groupe composé de 96 participants. Les données post-intervention ont été recueillies trois mois après l'intervention.

Afin d'évaluer la qualité méthodologique des deux études, les auteurs de l'analyse documentaires ont pris en considération les biais contenus dans les essais. Dans la première étude, la génération des séquences de répartition, la répartition en aveugle, les mesures initiales, le compte rendu sur la fiabilité des mesures de résultats et l'évitement des biais n'étaient pas clairs. Dans la deuxième étude, la génération des séquences de répartition n'était pas claire et il existait des différences en conditions de départ concernant les bonnes pratiques en matière de soins essentiels aux nouveau-nés, les caractéristiques de l'étude et les responsables du groupe témoin.

Concernant l'analyse statistique des effets de ces interventions, les données statistiques de chaque étude ont été examinées séparément par les auteurs de l'analyse documentaire. Dans la première étude, les prestataires formés avaient davantage recours aux mesures adéquates lors de la réanimation initiale par rapport au groupe témoin (66% pour les prestataires formés contre 27% pour le groupe témoin; risque relatif = 2,45 [intervalle de confiance à 95% (IC95): 1,75-3,42]; p <0,001, ajusté par grappes). On a également observé, dans le groupe de professionnels formés, une baisse statistiquement significative de la fréquence des pratiques inappropriées et potentiellement nocives par réanimation (0,53 pour le groupe formé contre 0,92 pour le groupe témoin; différence moyenne (DM) = 0,40 [IC95: 0,13-0,66]). Aucune différence statistiquement significative n'a été constatée entre ces groupes concernant la mortalité globale lors de l'ensemble des réanimations (RR = 0,77 [IC95: 0,40-1,48]).

Dans la deuxième étude, les auteurs ont signalé, dans le groupe ayant bénéficié de l'intervention et trois mois après la mise en oeuvre de cette dernière, une amélioration de l'évaluation de la respiration des nouveau-nés à la naissance, d'une part, et de quatre des cinq éléments des pratiques relatives aux soins essentiels aux nouveau-nés, d'autre part. Les auteurs de l'analyse documentaire ont conclu qu'il n'était pas possible d'analyser à nouveau les données relatives aux résultats d'intérêts autre que l'état de préparation à la réanimation. Lorsque la nouvelle analyse était ajustée par grappes, la formation en soins essentiels aux nouveau-nés s'avérait associée à une amélioration significative de l'état de préparation à la réanimation (DM = 8,83 [IC95: 6,41-11,25]).

4. DISCUSSION

Bien que certaines preuves d'un effet bénéfique en matière d'amélioration des soins aient été observées, les données limitées présentées dans cette analyse documentaire ne permettent pas de tirer des conclusions solides sur l'efficacité, dans les pays à faibles revenus, des formations continues en néonatologie et pédiatrie basées sur des modèles mis au point dans les pays à revenus élevés. Les résultats de la présente analyse ne peuvent être généralisés à l'efficacité globale de la formation continue.

4.1 Applicabilité des résultats

Cette analyse documentaire fournit d'importantes informations concernant l'efficacité de la formation continue en réanimation néonatale des professionnels de santé, en particulier dans les milieux à faibles revenus. Les deux études incluses ont été menées dans des pays à faibles ou moyens revenus, mais elles n'ont pas permis d'évaluer certains résultats essentiels.

4.2 Mise en oeuvre de l'intervention

La formation continue étant susceptible d'apporter des améliorations au processus de soins, elle peut s'avérer utile si elle est proposée à faible coû;t. Cependant, ce type de formation coû;te généralement cher. Ainsi, dans la plupart des milieux, la mise en oeuvre d'une formation continue en néonatologie et pédiatrie basée sur des modèles élaborés dans des pays à revenus élevés est difficile à justifier. Le succès de la formation continue des professionnels de santé dépend d'un certain nombre de facteurs dont deux facteurs cruciaux: (i) un nombre suffisant de formateurs correctement qualifiés; et (ii) du matériel de formation de qualité adapté à la réalité locale. Dans les milieux à faibles revenus, les ressources disponibles permettent rarement de réunir ces deux facteurs.

En outre, il est important de garantir la pérennité des formations continues. La formation médicale continue et la formation pratique régulière ont montré une amélioration à court terme des connaissances et des comportements des professionnels de santé (3, 4, 5). L'introduction de procédures de routine et de protocoles appropriés pourrait également se traduire par une meilleure prise an charge des patients, d'une part, et une utilisation plus efficace des ressources, d'autre part (5).

4.3. Implications pour la recherche

Les effets bénéfiques observés dans les études incluses concernaient uniquement les mesures. Aucune amélioration significative n'a été observée en matière de résultats cliniques pour lesquels les essais manquaient probablement de puissance. De plus amples recherches portant sur tous les types de formation dans différents milieux sont nécessaires afin de mesurer les résultats cliniques. Les études devraient se concentrer sur l'évaluation des coû;ts liés à la formation continue dans les milieux à faibles revenus et sur les ressources humaines nécessaires à une telle formation. Des recherches supplémentaires sur les procédures de routine et les protocoles appropriés en matière de formation dans les milieux défavorisés sont également nécessaires.

Sources de soutien: aucune

Remerciements: aucun

Références

  • The World Health Report 2005: make every mother and child count. Geneva: World Health Organization; 2005.
  • Opiyo N, English M. In-service training for health professionals to improve care of the seriously ill newborn or child in low and middle-income countries. Cochrane Database of Systematic Reviews 2010;Issue 4. Art. No.: CD007071; DOI: 10.1002/14651858.CD007071.pub2.
  • Forsetlund L, Bjørndal A, Rashidian A, Jamtvedt G, O'Brien MA, Wolf F, Davis D, Odgaard-Jensen J, Oxman AD. Continuing education meetings and workshops: effects on professional practice and health care outcomes. Cochrane Database of Systematic Reviews 2009;Issue 2. Art. No.: CD003030; DOI: 10.1002/14651858.CD003030.pub2
  • T. Baker. Pediatric emergency and critical care in low-income countries. Pediatric Anesthesia 2009;19: 23-27.
  • Molyneux E, Ahmad S, Robertson A. Improved triage and emergency care for children reduces inpatient mortality in a resource-constrained setting. Bulletin of the World Health Organization 2006;84:314-319.

Ce document doit être cité comme suit: Kawaguchi A et Mori R. Formation continue des professionnels de santé afin d'améliorer les soins aux nouveau-nés et aux enfants gravement malades dans les pays à faibles et moyens revenus. (dernière mise à jour: 1er novembre 2010). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS; Genève: Organisation mondiale de la Santé.

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