Pourquoi le prix des médicaments est élevé dans les pays d’Afrique subsaharienne. Analyse de la structure des prix : l’exemple du Sénégal
(2005; 12 pages)

Abrégé

À partir de l’analyse de la structure des prix des médicaments commercialisés au Sénégal dans les secteurs public et privé et des mécanismes de fixation des prix en vigueur, cet article apporte un éclairage sur les raisons pour lesquelles, dans ce pays d’Afrique subsaharienne fortement touché par la pauvreté, le prix des médicaments est si peu corrélé au pouvoir d’achat de la population. L’analyse s’appuie sur : la comparaison des prix grossiste hors taxe (PGHT) et des prix publics des médicaments commercialisés dans la filière privée du Sénégal avec ceux de leur pays d’origine (la France) ; les mécanismes de formation des prix publics au Sénégal dans les filières de distribution publique et privée ; la comparaison des prix publics au Sénégal dans les deux filières de distribution et, l’appréciation du niveau des prix publics par les patients et par les professionnels en charge de la dispensation, dans les deux filières. Les principaux éléments présentés montrent que :

i) la dépense des patients serait près de 5 fois moins élevée si tous les produits de l’échantillon étaient vendus aux prix publics des points de vente du secteur public ;

ii) il n’y a pas de relation entre le prix des médicaments et leur service médical rendu (SMR) : les médicaments présentant le meilleur SMR ont des prix publics inférieurs à ceux, non remboursés en France, considérés comme moins pertinents en termes de SMR ;

iii) le mécanisme de formation du prix public semble déconnecté des objectifs de santé publique : il est monolithique et non différencié en fonction de groupes spécifiques de population, de pathologies cibles ou encore de l’intérêt thérapeutique des médicaments, et ne constitue pas un outil de mise en oeuvre de la politique du médicament ; ce mécanisme constitue d’autre part, un facteur incitatif à vendre les médicaments les plus chers de façon à générer les produits à marge élevée, et ce faisant, il ne privilégie aucunement les médicaments essentiels génériques que les autorités sanitaires ont placés au centre de leur politique pharmaceutique.

Why drug prices are high in sub-Saharan Africa. Analysis of price structure: The case of Senegal. This article seeks to shed light on the reasons for the lack of correlation between the price of drugs in this very poor sub-Saharan country and the population’s ability to pay for them. The analysis is based on:

(i) a comparison between the wholesale (exclusive of VAT and other taxes) and government-fixed retail prices and the corresponding prices of the same drugs in their country of origin (France);

(ii) a description of the price-setting mechanisms in Senegal in both the public and private sectors; and

(iii) an evaluation of public-sector retail price in Senegal, by end users and prescribing professionals in both sectors.

The study found that:

(i) patient expenditure would be one-fifth as high if all the drugs in the sample were sold at their government-fixed public-sector retail prices;

(ii) the most cost effective drugs are sold at fixed retail prices higher than those of drugs not reimbursed by the national health insurance in France because considered less costeffective;

(iii) the mechanism for setting public retail prices seems to be unrelated to public health objectives, does not consider specific population groups, target diseases, or the drugs’ therapeutic value, and therefore cannot be considered an effective tool for implementing national drug policies. Instead, the incentives of this mechanism lead retailers to sell the most expensive drugs first, to generate the highest possible margins. It does not prioritize the essential generic drugs that health authorities have placed at the centre of their pharmaceutical policy.

 
Le Portail d'information - Médicaments essentiels et produits de santé a été conçu et est maintenu par l'ONG Human Info. Dernière mise à jour: le 5 novembre 2014