Les données sur les dépenses des ménages complètent celles qui proviennent d’autres sources. Elles permettent de se faire une idée des schémas d’utilisation et de l’importance des coûts que les consommateurs prennent à leur charge.
Les médicaments constituent la part la plus importante du budget santé des individus et des ménages. Une étude réalisée au Mali a révélé que les ménages consacraient 80% de leur budget santé aux médicaments modernes, contre 13% à la médecine traditionnelle, 5% aux honoraires et 2% aux frais de transport [35]. En Côte d’Ivoire et au Pakistan, plus de 90% des dépenses de santé des ménages sont consacrées aux médicaments [136]. Les médicaments ou les produits traditionnels représentent 62% du coût d’un traitement complet au Burkina Faso; les honoraires comptent pour 17%, les frais de transport et autres frais préalables à l’obtention de soins, pour 21% [39].
Dans 14 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, les médicaments constituent 35% des dépenses de santé faites directement dans le privé. Les chiffres s’échelonnent comme suit: un peu moins de 15% aux îles Caïman et en Uruguay, 44% au Pérou, 45% au Guatemala, 46% en Colombie et 47% au Salvador [94].
Les dépenses pharmaceutiques des ménages sont très étroitement liées à leur revenu. Au Ghana par exemple, les écarts sont les suivants: 1,45 USD par personne dans les ménages ayant les plus faibles revenus, 3,32 USD dans les ménages à revenu moyen et 8,50 USD dans ceux qui ont les revenus les plus élevés [137].
La prise en automédication de médicaments achetés sur le marché privé est souvent la forme de traitement la plus répandue après les remèdes «maison». Des enquêtes menées auprès des ménages indiquent que les médicaments achetés dans les pharmacies ou les points de vente locaux sont utilisés pour soigner environ 53% des cas pathologiques au Burkina Faso (Figure 2). Dans une zone urbaine du Sri Lanka, environ 64% des ménages ont pour premier réflexe de prendre en automédication des médicaments de type occidental ou traditionnel (Figure 3). Des études portant sur l’ensemble de la population ou sur la population à faible revenu au Kenya [97], au Népal [73], au Rwanda [33], en Thaïlande [108] et dans d’autres pays [1,55] font apparaître des taux aussi élevés d’utilisation de médicaments achetés sur le marché privé. Même pour les maladies mortelles, comme le paludisme, la prise en automédication de médicaments provenant du marché privé est courante en Afrique comme en Asie [39,86].
Ainsi, dans de nombreux pays, les achats de médicaments sur le marché privé jouent un rôle considérable au niveau des ménages comme au niveau national, même pour les populations à faible revenu.

Figure 2. Types de soins choisis par les ménages au Burkina Faso (en pourcentage) [104]

Figure 3. Types de soins pour les maladies aiguës au Sri Lanka [112]