La mauvaise qualité des médicaments compromet les soins de santé et est malheureusement très répandue dans de nombreux pays. Des normes de qualité approuvées pour l'essai des médicaments sont publiées dans diverses pharmacopées, par exemple la pharmacopée des Etats-Unis d'Amérique et les pharmacopées britannique, européenne et internationale. Les critères de qualité sont la pureté, l'activité, l'uniformité de la forme pharmaceutique, la biodisponibilité et la stabilité. Tous ces aspects peuvent être influencés par le procédé de fabrication, le conditionnement, le stockage et d'autres facteurs. La mauvaise qualité d'un médicament peut entraîner une absence d'effet thérapeutique et provoquer des réactions indésirables ou toxiques, qui à leur tour nuisent à la santé du patient soit en prolongeant la maladie initiale, soit en provoquant une nouvelle maladie (maladie iatrogénique), et constituent un gaspillage de ressources.
La qualité d'un produit peut être assurée par l'application d'un système d'assurance de la qualité. On trouvera ci-dessous quelques brèves définitions (MSH 1997, chapitre 18 «Quality Assurance for Drug Procurement» et chapitre 24 «Drug Management for Health Facilities»; OMS 1999a).
• L'assurance de la qualité est la somme des activités et des responsabilités destinées à assurer que les médicaments qui parviennent au patient sont sans danger, efficaces et acceptables.
• Les bonnes pratiques de fabrication (BPF) font partie de l'assurance de la qualité et doivent assurer que les produits sont régulièrement fabriqués et contrôlés selon les normes applicables à leur usage prévu et exigées par les autorités de réglementation pharmaceutique.
• Le contrôle de la qualité est un élément des BPF au cours duquel des échantillons de médicament sont testés par rapport à des normes de qualité spécifiques. Les échantillons sont testés au laboratoire par le fabricant au cours du processus de fabrication (le laboratoire délivre alors un certificat d'analyse pour chaque lot). Des essais peuvent être réalisés par l'autorité nationale de réglementation pharmaceutique au cours du processus d'homologation. Ils peuvent aussi être réalisés par l'acheteur (ou par le CPT) après réception des produits. La présence à ce stade d'échantillons non conformes et de mauvaise qualité peut être due à diverses causes telles que de mauvaises conditions de fabrication, de stockage ou de manipulation.
Des médicaments de qualité insuffisante compromettent non seulement les soins de santé en général par une absence d'effet thérapeutique et une augmentation des réactions indésirables, mais aussi d'autres aspects de la politique pharmaceutique. Par exemple, un CPT peut être empêché de mettre en œuvre une politique de substitution par des génériques s'il n'est pas en mesure de distinguer des produits génériques de bonne et de mauvaise qualité; les prescripteurs penseront alors que tous les génériques sont de mauvaise qualité. De nombreux organismes sont impliqués dans l'assurance de la qualité des médicaments - autorités chargées des homologations, agences de réglementation, autorités chargées de faire appliquer la réglementation, corps d'inspecteurs du médicament, organismes d'achat de produits pharmaceutiques, pharmacies et prescripteurs (qui jouent un rôle en rapportant les cas d'absence d'efficacité). Les CPT peuvent contribuer à assurer la qualité des médicaments en coordonnant les activités des différents partenaires au sein des établissements de santé et en assurant la liaison avec les fabricants et les agences de réglementation pharmaceutique.
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ENCADRÉ 5.1 BONNES PRATIQUES D'ACHAT
Gestion efficace et transparente
• Répartir les fonctions et responsabilités concernant les achats (sélection, détermination des quantités, spécifications des produits, présélection des fournisseurs et passation des marchés) entre différents bureaux, comités et personnes de façon à assurer qu'aucun préposé ne concentre tous les pouvoirs et risque de ce fait de se trouver soumis à des pressions de l'extérieur. Le CPT devra être chargé de la sélection et des spécifications des produits et le service des achats des autres fonctions.
• Suivre des procédures claires et documentées pour la passation des marchés et l'octroi des contrats d'achat. Le service des achats devra se charger de ces tâches; il rapportera régulièrement ses activités au CPT et à l'administration de l'hôpital et fera l'objet d'un audit externe par an.
Sélection des médicaments et détermination des quantités à acheter
• Baser les achats sur la liste du formulaire (liste des médicaments essentiels), en utilisant les noms génériques ou les dénominations communes internationales (DCI). Le CPT devra établir la liste des médicaments figurant dans le formulaire et donner son approbation pour les achats de médicaments non inscrits sur la liste.
• Choisir avec soin les médicaments qui figureront dans le formulaire de façon à assurer l'innocuité et l'efficacité. Cela consiste à choisir les formes pharmaceutiques, préparations et conditionnements appropriés et à définir les spécifications des produits à acheter; par exemple, les sirops de théophylline à usage pédiatrique ne devront pas contenir d'alcool.
• Utiliser la méthode de détermination des quantités à acheter la mieux adaptée aux données disponibles - méthode basée sur la morbidité si l'on dispose de données de morbidité et que l'on suit les directives thérapeutiques standard, ou méthode basée sur la consommation s'il n'existe pas de données de morbidité et que les directives ne sont pas suivies. Il peut être nécessaire de procéder à des ajustements prudents si le budget n'est pas suffisant pour acheter tous les médicaments dont on a besoin (voir ci-dessous).
• Utiliser une analyse VEN (voir section 6.2.3) pour identifier les médicaments les plus essentiels, en particulier si le budget ne permet pas de financer tous les médicaments nécessaires. Le CPT devra aider le service des achats dans cette tâche une fois que tous les services de l'hôpital auront présenté une estimation chiffrée de leurs besoins annuels en médicaments.
Financement et concurrence
• Acheter en gros si possible. Les CPT des petits hôpitaux peuvent collaborer entre eux et recommander de procéder à des achats groupés pour bénéficier de tarifs plus avantageux.
• Convenir d'un calendrier régulier des achats et établir des critères d'achat en urgence pour les cas où il est absolument indispensable d'éviter un risque vital immédiat.
• Ne faire les achats qu'auprès du fournisseur qui détient le contrat en cours tel que décidé par le processus d'adjudication sur appel d'offres en vue d'assurer le prix d'achat le plus bas possible.
Choix du fournisseur et assurance de la qualité
• Ne se procurer que des produits enregistrés et uniquement auprès de fournisseurs et de fabricants fiables et détenteurs d'une autorisation, qui se conforment aux bonnes pratiques de fabrication et dont la qualité du travail est attestée, afin d'assurer que les médicaments achetés répondent aux normes de qualité requises. L'évaluation des fournisseurs pourra se faire avec la participation de l'agence nationale de réglementation pharmaceutique et autres organismes officiels, en se procurant tous les certificats voulus et en procédant si nécessaire à une analyse des produits livrés. Certains organismes d'achat ont négocié avec les fabricants le financement du contrôle de la qualité dans un laboratoire de leur choix. Les fournisseurs qui n'ont pas d'adresse permanente ou qui ne sont pas disposés à faire visiter leurs locaux sans préavis ne seront probablement pas fiables.
• N'accepter les médicaments que s'ils sont accompagnés de la documentation appropriée, à savoir:
- un certificat d'analyse produit par le fabricant (certificat de lot)
- pour les médicaments importés, un certificat de type OMS délivré par l'autorité de réglementation pharmaceutique du pays exportateur
- les spécifications détaillées du produit.
• Assurer la qualité en précisant certains critères préalables à la soumission d'offres, par exemple la certification d'une durée de conservation minimale, ou l'exigence d'un volume de production minimal ou de preuves de la conformité aux bonnes pratiques de fabrication.
• S'informer auprès de diverses sources (par exemples des organismes de réglementation) au sujet de la bioéquivalence d'un produit générique avec le produit de marque correspondant. Si la bioéquivalence n'est pas assurée, l'efficacité ne pourra être démontrée que par un essai clinique. Si possible, demander aux fabricants d'attester la bioéquivalence de leurs produits.
D'après OMS/UNICEF/FNUAP/Banque mondiale (1999)
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Une gestion efficace du système de contrôle des médicaments à l'hôpital garantira que des médicaments de qualité appropriée sont disponibles et permettra de contenir les coûts. Le CPT devra travailler en collaboration étroite avec la pharmacie de l'hôpital pour indiquer la marche à suivre et promouvoir les principes recommandés en matière d'acquisition, de stockage et de distribution. Lorsqu'il n'existe pas encore de politiques et de directives sur la gestion des approvisionnements, le CPT doit prendre les mesures qui s'imposent et conseiller la pharmacie de l'hôpital. Les pharmaciens jouent un rôle crucial dans l'assurance de la qualité des médicaments et dans la gestion des approvisionnements; ils sont également les partenaires des prescripteurs pour faire en sorte que les patients reçoivent un traitement efficace et sans danger. Cependant, dans de nombreux pays en développement, ils ont souvent un statut peu élevé. Il importe par conséquent de relever l'image et le statut de la pharmacie et des pharmaciens lorsqu'on envisage de développer les ressources humaines.
5.3.1 Rôle du CPT dans l'acquisition des médicaments
Les pratiques d'acquisition peuvent avoir un impact significatif sur la qualité des médicaments. Le CPT doit assurer que les pratiques adoptées par le service des achats garantiront que les médicaments sont de la qualité voulue. Le CPT ne doit pas consacrer son temps ni ses réunions à débattre de listes de produits à commander, et ses membres ne doivent pas non plus faire partie des comités d'examen des soumissions sur appel d'offres. Mais il doit cependant surveiller et assurer l'application de bonnes procédures d'acquisition des médicaments. Cela signifie que dans certains hôpitaux, il peut être amené à revoir les limites de son rôle. Il doit être représenté dans la préparation du budget annuel de l'hôpital, notamment dans l'examen et l'attribution du budget pharmaceutique. Des critères relatifs aux bonnes pratiques d'achat ont été approuvés par l'OMS, l'UNICEF, le FNUAP et la Banque mondiale (OMS/UNICEF/FNUAP/Banque mondiale 1999) et sont résumés dans l'encadré 5.1 pour ce qui concerne les pratiques hospitalières.
5.3.2 Rôle du CPT dans la distribution et le stockage des médicaments
La qualité des médicaments peut être altérée par de mauvaises conditions de stockage et de distribution. Le rôle du CPT est d'assurer que les pratiques adoptées par le service responsable sont compatibles avec celles qui assurent la meilleure qualité possible. Cela peut signifier dans certains cas que le CPT doit être en mesure d'aider la pharmacie à mettre en place un système adéquat de stockage et de distribution des médicaments et à en assurer le suivi. Les bonnes pratiques de stockage et de distribution sont résumées dans l'encadré 5.2.
5.3.3 Surveillance et analyse des problèmes de qualité des médicaments
L'un des rôles les plus importants du CPT consiste à surveiller et analyser tous les rapports faisant état d'une insuffisance de la qualité des médicaments. Le problème peut se présenter de diverses façons:
• détérioration visible du produit rapportée par le personnel de santé, par exemple changement de couleur, fragmentation, fuite, odeur anormale
• absence d'effet thérapeutique
• réactions indésirables.
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ENCADRÉ 5.2 BONNES PRATIQUES DE STOCKAGE ET DE DISTRIBUTION
• Des procédures documentées de distribution et de contrôle des médicaments sont en place, par exemple:
- procédures de contrôle et de gestion du stock - niveaux minimum et maximum des stocks de sécurité - inspection visuelle de tous les médicaments, y compris de leur emballage et de leur étiquetage, dès leur arrivée.
• Les établissements/services hospitaliers utilisent des quantités prédéfinies (ou des méthodes permettant de calculer les quantités de médicaments) pour déclencher les nouvelles commandes de médicaments, afin d'éviter les pénuries et ruptures de stock.
• Les conditions de stockage doivent être adéquates pour maintenir la qualité des médicaments et ne pas présenter de facteurs susceptibles de provoquer une détérioration des produits:
- Seuls les médicaments appropriés sont stockés dans les secteurs de soins (importance de l'analyse VEN).
- Les instructions de stockage du fabricants sont suivies; en l'absence d'instructions particulières, utiliser les conditions de stockage «normales» (à une température de 15 - 25 °C).
- Les zones de stockage sont propres et sèches.
- Les médicaments sont classés soit par ordre alphabétique soit par catégorie thérapeutique.
- Le reconditionnement est évité dans la mesure du possible et n'est réalisé que par un personnel qualifié; de même, les médicaments pré conditionnés pour les patients individuels sont préparés exclusivement par un personnel qualifié.
• La date limite d'utilisation est une garantie importante de la qualité des médicaments. Les médicaments doivent être entreposés de façon que les médicaments les plus proches de leur date limite d'utilisation soient utilisés en premier (premier périmé, premier sorti), et il doit exister un mécanisme d'élimination des médicaments périmés. Pour les médicaments ayant la même date limite d'utilisation, on appliquera la règle du premier entré, premier sorti.
• Les stupéfiants et autres médicaments sous contrôle doivent être stockés dans un secteur séparé fermé à deux clés, chacune étant détenue par une personne différente.
• Le transport est rapide et ses conditions permettent de maintenir la qualité des médicaments. En particulier, la chaîne du froid sera strictement respectée et documentée.
• Des procédures appropriées de dispensation sont en place, par exemple en ce qui concerne les récipients, l'étiquetage, l'information des patients et le conseil.
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Lorsqu'un problème est signalé, il doit faire l'objet d'une investigation (voir section 5.4.3) pour déterminer s'il s'agit d'un problème de fabrication (contrefaçon comprise), de stockage, de distribution, d'administration ou d'utilisation. On pourra procéder selon les étapes suivantes:
• Confirmer la nature exacte du problème.
• Soumettre le produit à une inspection visuelle, y compris de la date limite d'utilisation, du conditionnement et de l'étiquetage.
• Obtenir des renseignements sur l'achat du produit, son stockage et sa distribution.
• Observer la façon dont le produit est administré, par exemple la technique d'injection, le processus de dispensation, en interrogeant le patient si nécessaire pour vérifier l'observance du traitement.
• Observer la façon dont le patient est pris en charge. Par exemple, si un hypoglycémiant est trouvé inefficace, on peut contrôler le dossier du patient pour vérifier 1) la façon dont le médicament a été prescrit, et 2) quelles étaient les preuves du contrôle insuffisant de la glycémie. Un prescripteur ne peut affirmer qu'un médicament est inefficace si la glycémie ou la glycosurie ne sont pas suivies.
• Analyser le produit. Un produit peut être analysé en premier lieu au moyen de tests simplifiés (moins coûteux), qui peuvent détecter les médicaments contrefaits ou de très mauvaise qualité. Si le produit satisfait à ces tests, mais fait l'objet de plaintes concernant sa qualité, il doit être soumis à des tests plus complets spécifiés par la pharmacopée (et plus coûteux) dans un laboratoire convenablement équipé. Pour les tests simplifiés, voir l'annexe 5.1.
• Signaler à l'autorité nationale de réglementation les médicaments trouvés de mauvaise qualité lors de leur réception (du fabricant ou du distributeur).
Les problèmes de qualité risquent d'être plus graves lorsqu'il s'agit de médicaments intrinsèquement instables ou dont l'indice thérapeutique est étroit (faible intervalle de concentrations sériques efficaces). On trouvera une liste de ces médicaments au tableau 5.2. Un même médicament produit par différents fabricants peut présenter des différences de biodisponibilité et ne pas être bioéquivalent. Il est beaucoup plus difficile d'assurer la bioéquivalence entre des produits dont l'indice thérapeutique est étroit. Un autre facteur de qualité à examiner lors de la sélection et de la gestion des médicaments est la stabilité variable des différentes formes de médicaments pour la voie orale. En général, les formes solides sont plus stables que les formes liquides, surtout en climat tropical ou en milieu humide. Les sirops et préparations injectables présentés sous forme de poudre sont plus stables que ceux qui sont déjà sous forme liquide.
Stabilité des formes orales, par ordre décroissant: |
comprimés |
gélules |
suspensions |
sirops et solutions |
Tableau 5.2 Médicaments connus pour leurs problèmes potentiels de biodisponibilité ou de stabilité
Problèmes de biodisponibilité |
Problèmes de stabilité |
aminophylline |
estrogènes |
méthyldopa |
acétylsalicylique, acide (comprimés) |
ampicilline |
furosémide |
nitrofurantoïne |
amoxicilline (comprimés) |
carbamazépine |
glibenclamide |
phénytoïne |
ampicilline (comprimés) |
chloramphénicol |
glycéryle, trinitrate |
prednisolone |
pénicilline V (comprimés) |
chloroquine |
griséofulvine |
quinidine |
rétinol (comprimés) |
chlorpromazine |
hydrochlorothiazide |
rifampicine |
paracétamol (formes liquides) |
digitoxine |
fer, sulfate |
spironolactone |
pénicilline V (suspension) |
dihydroergotamine |
isosorbide, dinitrate |
théophylline |
ergométrine (solution injectable) |
ergotamine |
lévodopa |
L-thyroxine |
méthylergométrine (solution injectable) |
érythromycine |
méthotrexate |
warfarine |
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Source: Managing Drug Supply (MSH 1997), p. 273.