LES produits pharmaceutiques sont de plus en plus nombreux sur le marché mondial et la consommation et les dépenses de médicaments sont en rapide expansion. Pourtant, dans le monde, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas se procurer les médicaments dont ils ont besoin, soit parce que ces médicaments ne sont pas disponibles ou sont trop chers soit parce qu’il n’existe aucun centre de santé approprié ni aucun professionnel habilité à les prescrire. Bien que l’on ne dispose pas de données précises, l’OMS a estimé qu’au moins un tiers de la population mondiale n’avait pas accès aux médicaments essentiels et dans les régions les plus pauvres d’Asie et d’Afrique, ce constat concerne une personne sur deux. Des millions d’enfants et d’adultes meurent chaque année de maladies qui pourraient être évitées ou traitées avec des médicaments essentiels bon marché et d’un bon rapport coût-efficacité.
Il ne suffit pas d’avoir accès aux médicaments pour bénéficier du bon dosage du médicament approprié au moment où l’on en a besoin. De nombreuses personnes achètent, ou se font délivrer sur ordonnance, des médicaments inadaptés à leurs besoins. Parfois plusieurs médicaments sont employés alors qu’un seul serait suffisant. Dans d’autres cas certains médicaments font courir des risques inutiles. L’usage irrationnel des médicaments peut inutilement prolonger la mauvaise santé et la souffrance ou même en être la cause, et conduit à un gaspillage de ressources limitées.
Ces problèmes persistent malgré les efforts réalisés pour améliorer l’accès aux médicaments essentiels, pour assurer la qualité des médicaments et pour en promouvoir un usage rationnel. Les raisons de cet état de fait sont complexes et dépassent les simples obstacles financiers. Pour les comprendre, il faut examiner les caractéristiques du marché des médicaments et étudier les attitudes et le comportement des gouvernements, des prescripteurs, les agents chargés de la délivrance des médicaments, des consommateurs et de l’industrie pharmaceutique. Le développement du secteur de la santé, les réformes économiques, les politiques d’ajustement structurel, les tendances à la libéralisation et les nouveaux accords commerciaux à l’échelle mondiale peuvent tous avoir des incidences sur la situation pharmaceutique dans de nombreux pays. Ils peuvent aussi influer sur l’objectif ultime qui est de parvenir à l’équité du système de santé.
L’évolution des maladies et de la demande en médicaments posent également des problèmes cruciaux. L’apparition de nouvelles maladies, telles que le syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA), la réapparition d’autres maladies et la résistance croissante aux médicaments de maladies potentiellement mortelles comme le paludisme et la tuberculose, sont autant de facteurs contribuant à faire augmenter les dépenses pharmaceutiques et à accroître la pression que subissent les ressources consacrées à la santé. L’allongement de l’espérance de vie et l’évolution des modes de vie ont entraîné un accroissement des maladies chroniques et des maladies des personnes âgées, et donc une augmentation des besoins en médicaments pour traiter ces maladies chroniques.
Un cadre commun pour résoudre les problèmes
L’expérience acquise dans de nombreux pays a montré qu’il vaut mieux aborder ces problèmes complexes et interdépendants dans un cadre commun. En effet, procéder de manière ponctuelle, sans plan d’ensemble, peut aboutir à laisser d’importants problèmes sans solution et se solde souvent par un échec. En outre, les divers objectifs de la politique sont parfois contradictoires, de même que les intérêts de certains partenaires. S’appuyant sur cette expérience, l’OMS recommande que tous les pays élaborent et mettent en œuvre une politique pharmaceutique nationale globale.
La nouvelle publication envisage les éléments clés de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une politique pharmaceutique nationale: sélection des médicaments essentiels, accessibilité économique, financement et systèmes d’approvisionnement, réglementation et assurance de la qualité, usage rationnel, recherche, ressources humaines, surveillance et évaluation. Ces recommandations pratiques envisagent à la fois les problèmes qui existent déjà et les nouveaux défis. Chaque chapitre contient des conseils utiles et des références qui renvoient à d’autres sources d’information techniques plus détaillées.
Destinée aux professionnels de la santé, aux responsables politiques et aux chercheurs, cette publication vise à donner au lecteur une vue d’ensemble du processus de planification, d’élaboration, de mise en œuvre et de surveillance d’un cadre politique complet fondé sur les besoins, les priorités et les ressources particuliers de chaque pays. Nous reproduisons ici une partie du texte, qui analyse l’utilité d’une politique pharmaceutique nationale et en décrit le processus d’élaboration.
QU’EST-CE QU’UNE POLITIQUE PHARMACEUTIQUE NATIONALE?
Une volonté d’atteindre un objectif et un guide d’action
Une politique pharmaceutique nationale est à la fois l’expression d’une volonté d’atteindre un objectif et un guide d’action. Elle exprime et classe par ordre de priorité les objectifs à moyen et long termes fixés par le gouvernement à l’intention du secteur pharmaceutique et définit les principales stratégies pour atteindre ceux-ci. Elle fournit un cadre au sein duquel les activités du secteur pharmaceutiques peuvent être coordonnées. Elle englobe à la fois le secteur public et le secteur privé et fait intervenir tous les principaux acteurs du domaine pharmaceutique.

Une politique pharmaceutique nationale, présentée et publiée comme déclaration officielle du gouvernement, est importante parce ce qu’elle est l’expression officielle des aspirations, des buts, des décisions et des engagements. Sans un tel document d’orientation officiel, une vue d’ensemble des besoins pourrait faire défaut, et de ce fait, il pourrait y avoir incompatibilité entre certaines mesures gouvernementales, les divers objectifs et responsabilités n’étant ni clairement définis ni bien compris.
Le document d’orientation doit être le fruit d’un processus de consultation systématique de l’ensemble des parties concernées. Au cours de ce processus, les objectifs doivent être définis, les priorités fixées, des stratégies mises au point et des engagements pris. L’importance de ce processus fait l’objet de discussions plus approfondies concernant l’élaboration de politiques en Australie, en République démocratique populaire lao, en Thaïlande et aux Philippines (voir p. 26).
Encadré 1
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Pourquoi une politique pharmaceutique nationale est-elle nécessaire?
Une politique pharmaceutique nationale est nécessaire pour plusieurs raisons. Les plus importantes d’entre elles sont les suivantes:
• elle est l’expression officielle des valeurs, des aspirations, des buts, des décisions et des engagements à moyen et à long termes du gouvernement,
• elle définit les buts et les objectifs nationaux pour le secteur pharmaceutique et fixe des priorités,
• elle définit les stratégies nécessaires pour atteindre ces objectifs, et recense les divers acteurs responsables de la mise en œuvre des principales composantes de la politique,
• elle crée un lieu de réflexion sur ces questions au niveau national.
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Les consultations et les discussions nationales qui précèdent la rédaction du document d’orientation relatif à la politique pharmaceutique sont très importantes parce qu’elles créent un mécanisme permettant de réunir toutes les parties concernées et de leur donner le sentiment qu’elles sont collectivement parties prenantes à la politique présentée dans le texte définitif. Ceci est essentiel compte tenu de l’effort national qui sera demandé lors de la mise en œuvre de la politique. Le processus d’élaboration de la politique est tout aussi important que le document d’orientation.
Les objectifs principaux - garantir un accès équitable aux médicaments ainsi qu’une bonne qualité et un usage rationnel - figurent habituellement dans toutes les politiques pharmaceutiques nationales, mais manifestement toutes les politiques ne sont pas identiques. La définition des objectifs et des stratégies dépend du niveau de développement économique et des ressources, de facteurs culturels et historiques et de choix et de valeurs politiques.
Une politique pharmaceutique nationale est une composante essentielle de la politique de la santé
Une politique pharmaceutique nationale ne se met pas au point dans le vide - elle doit entrer dans le cadre d’un système de soins de santé donné, d’une politique nationale de la santé et, parfois, d’un programme de réforme du secteur de la santé. Les buts de la politique pharmaceutique nationale doivent toujours être dans la logique des objectifs plus larges en matière de santé, et la mise en œuvre de la politique doit contribuer à la réalisation de ces objectifs plus larges.
Pour un pays donné, la politique de la santé et le niveau de prestation de services constituent d’importants facteurs déterminants de la politique pharmaceutique et définissent les divers choix et d’options. Par ailleurs, la situation pharmaceutique influe également sur la manière dont les services de santé sont perçus. Les services perdent leur crédibilité lorsque l’approvisionnement en médicaments de bonne qualité est insuffisant, ou lorsque ces médicaments sont prescrits à mauvais escient. De ce fait, la mise en œuvre d’une politique pharmaceutique efficace développe la confiance dans les services de santé ainsi que leur utilisation.
Il existe également des arguments économiques. Dans de nombreux pays, une large part des dépenses de santé est consacrée à l’achat de médicaments. Le financement des soins de santé est donc étroitement lié au financement des médicaments. Il est extrêmement difficile de mettre en œuvre une politique de la santé en l’absence d’une politique pharmaceutique.
Objectifs d’une politique pharmaceutique nationale
Dans son sens le plus large, une politique pharmaceutique nationale doit faire progresser l’équité et renforcer la viabilité du secteur pharmaceutique.
Les objectifs généraux d’une politique pharmaceutique nationale sont de garantir pour les médicaments:
Accès: |
disponibilité et accessibilité économique équitables des médicaments essentiels |
Qualité: |
qualité, innocuité et efficacité de tous les médicaments |
Usage rationnel: |
promotion d’un usage des médicaments à la fois rationnel sur le plan thérapeutique et efficace par rapport au coût, par les professionels de la santé et les consommateurs |
Les buts et objectifs particuliers d’une politique nationale sont fonction de la situation du pays, de la politique nationale de la santé et des priorités en matière de politiques fixées par le gouvernement. Outre les objectifs liés à la santé, il peut en exister d’autres, tels que les objectifs économiques. Par exemple, l’augmentation de la capacité de la production pharmaceutique nationale peut constituer un objectif complémentaire.
Il est essentiel que tous les objectifs de la politique pharmaceutique soient explicites afin que les rôles des secteurs public et privé et des divers ministères (santé, finances, commerce et industrie) et des organes gouvernementaux (tels que l’autorité de réglementation pharmaceutique) puissent être précisés.
Importance de la notion de médicaments essentiels
La notion de médicaments essentiels est au cœur d’une politique pharmaceutique nationale parce qu’elle favorise l’équité et contribue à la fixation de priorités pour le système de soins de santé. Au centre de la notion se trouve l’idée que l’usage d’un nombre limité de médicaments soigneusement sélectionnés sur la base de principes cliniques approuvés se traduit par un meilleur approvisionnement en médicaments, une prescription plus rationnelle et des coûts moins élevés.
Les raisons en sont claires. Les médicaments essentiels, qui sont sélectionnés sur la base de principes cliniques d’innocuité et d’efficacité sur le plan des coûts, permettent une meilleure qualité des soins et sont d’un bon rapport coût-résultats. Les achats d’une sélection moins large d’articles mais en plus grande quantité conduisent à une plus grande concurrence des prix et des économies d’échelle. L’assurance qualité, les achats, le stockage, la distribution et la délivrance sont plus faciles lorsque le nombre des médicaments est réduit. La formation des agents de santé et l’information pharmaceutique en général peuvent être mieux ciblées, et les prescripteurs acquièrent davantage d’expérience d’un plus petit nombre de médicaments et sont davantage susceptibles de reconnaître les interactions médicamenteuses ainsi que les réactions indésirables.
À la fin de l’année 1999, 156 pays développés et en développement possédaient des listes nationales ou institutionnelles de médicaments essentiels pour divers niveaux de soins, dans les secteurs privé et public. Cent-vingt-sept de ces listes avaient été actualisées au cours des cinq années précédentes, et 94 d’entre elles étaient divisées en niveaux de soins. De nombreux faits concourent à indiquer que l’utilisation de listes nationales de médicaments essentiels a contribué à améliorer la qualité des soins et a permis de réduire considérablement le coût des médicaments.
LE PROCESSUS DE MISE EN PLACE DE LA POLITIQUE PHARMACEUTIQUE NATIONALE
Le processus d’élaboration, de mise en œuvre et de surveillance d’une politique pharmaceutique nationale est complexe. Tout d’abord, le processus d’élaboration de la politique conduit à la formulation d’une politique pharmaceutique nationale. Ensuite, les stratégies et les activités devant permettre la réalisation des objectifs de la politique sont mises en œuvre par les diverses parties. Enfin, les effets de ces activités sont surveillés et les programmes sont rectifiés si nécessaire. Pendant tout le processus, il est indispensable que la planification soit rigoureuse et que tous les acteurs participent. La dynamique politique doit en outre être prise en compte à tout moment.
Une politique pharmaceutique sans plan d’application reste lettre morte. Il est important pendant toute la durée du processus de planifier rigoureusement les étapes et les activités de la mise en œuvre nécessaires pour parvenir au résultat escompté.
Associer tous les acteurs
Pendant tout le processus de mise en place de la politique (et non pas uniquement au cours de la phase d’élaboration), des consultations, échanges et négociations doivent avoir lieu avec tous les groupes intéressés et les partenaires, notamment les autres ministères (enseignement supérieur, commerce, industrie), les médecins, les pharmaciens et les personnels infirmiers, les industries pharmaceutiques locales et internationales, les détaillants en médicaments, les universitaires, les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles et les mouvements associatifs. Il est également important de consulter les personnels médicaux et administratifs de province et de district et de faire un effort pour faire participer les tradipraticiens et les praticiens de la médecine à base de plantes. D’autres organismes gouvernementaux (tels que l’organisme de réglementation pharmaceutique), les compagnies d’assurance et les groupes prenant en charge le paiement des soins de santé doivent participer. Les médias peuvent être utiles et il est important d’obtenir l’appui d’organisations internationales. Il est recommandé que la commission de la politique pharmaceutique nationale se réunisse régulièrement pour examiner la mise en œuvre de la politique avec toutes les parties intéressées et serve de lieu d’échanges sur les questions relatives à la politique pharmaceutique nationale.
Des désaccords se feront probablement jour parmi les divers partenaires. Par exemple, les fabricants de médicaments peuvent estimer que leurs intérêts commerciaux sont menacés et les médecins peuvent craindre que leur liberté professionnelle ne soit en danger. Tout changement sera sujet d’inquiétude pour les groupes qui retirent un avantage de la situation existante. Créer et faire fonctionner un mécanisme qui permette d’obtenir le large consensus essentiel à la mise en œuvre de la politique constitue un réel défi. On peut dire, de manière générale, que plus le système pharmaceutique en place nécessite d’être amélioré, plus il est important d’associer toutes les parties intéressées aux discussions sur les réformes nécessaires.
Dynamique politique
Formuler et mettre en œuvre une politique pharmaceutique nationale est un processus éminemment politique du fait que l’objectif recherché est habituellement l’équité d’accès aux soins de santé de base et que la stratégie essentielle pour y parvenir consiste à rendre le secteur pharmaceutique plus efficace, plus économique et plus réactif aux besoins de santé. Cette réactivité peut comporter une nouvelle répartition des biens et du pouvoir, entraînant une concurrence accrue entre les groupes touchés par la réforme. Étant donné la diversité des intérêts et l’importance économique des enjeux, on peut s’attendre à une opposition à la nouvelle politique et à des tentatives visant à la modifier au cours de sa mise en œuvre, comme cela a eu lieu au Bangladesh et aux Philippines.
C’est pourquoi il est important de recenser ses alliés politiques et de conserver leur soutien tout au long du processus. Il faut élaborer des stratégies pour faire face aux opposants et trouver des méthodes permettant de travailler avec eux. Les décisions et les priorités touchant aux intérêts de ces partenaires doivent être évalués en mettant en balance les avantages et les pertes escomptés. Une forte volonté politique et une ferme détermination sont essentielles pour la formulation et la mise en œuvre d’une politique pharmaceutique nationale.
Formuler une politique pharmaceutique nationale
À la fin de l’année 1999, 66 pays avaient formulé ou actualisé leur politique pharmaceutique nationale au cours de la décennie. Très souvent, une urgence grave ou un changement politique important ont constitué une période propice à la mise en route du processus de formulation de la politique. Dans certains pays, un nouveau gouvernement s’est engagé en faveur de la réforme, dans d’autres, c’est un changement économique ou politique tel que la soudaine dévaluation du franc (CFA Communauté financière d’Afrique) ou l’effondrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques qui a créé le besoin d’harmoniser et d’améliorer certains aspects du système pharmaceutique. Parmi d’autres facteurs on peut mentionner la volonté politique de développer l’industrie locale ou la mise en place d’accords commerciaux au niveau mondial.
Étape 1: Organiser le processus de mise en place de la politique
Le Ministère de la santé est l’autorité nationale la plus compétente pour prendre la direction de la formulation de la politique pharmaceutique nationale. La première étape consiste à décider comment organiser le processus d’élaboration qui déterminera la structure de la politique, ses principaux objectifs et ses composantes prioritaires.
À ce stade, il est important de recenser toutes les parties intéressées qui devront être associées, les moyens nécessaires et comment ils peuvent être obtenus. Les besoins en matière d’assistance que peuvent fournir l’OMS, les donateurs ou les pays possédant une expérience appropriée doivent également être évalués. Cette étape peut se dérouler au Ministère de la santé avec l’appui d’un petit groupe de quelques experts.
Étape 2: Recenser les principaux problèmes
Pour pouvoir fixer des objectifs réalistes, il faut analyser et comprendre en profondeur les principaux problèmes du secteur pharmaceutique. Il existe divers moyens de réaliser une première analyse de situation.
Une méthode efficace consiste à réunir un petit groupe d’experts, lequel doit comporter parmi ses membres des personnes ayant déjà effectué des analyses semblables dans d’autres pays. Ces experts ne doivent pas uniquement être issus du Ministère de la santé, mais provenir d’horizons variés et avoir une formation dans diverses disciplines. Il leur est demandé d’examiner la situation de manière systématique afin de recenser les problèmes les plus importants, de formuler des recommandations sur les tâches à accomplir et sur ce qui peut être réalisé, et de déterminer les approches possibles. Ils doivent agir en conseillers impartiaux. Une fois que les experts ont formulé leurs recommandations, celles-ci peuvent être examinées dans le cadre d’un ou de plusieurs ateliers multidisciplinaires, afin de préparer une synthèse des conseils à l’intention du gouvernement. Des exemples de tels rapports sont disponibles auprès du département Médicaments essentiels et politique pharmaceutique de l’OMS.
Étape 3: Préparer une analyse de situation détaillée
Une analyse de situation plus détaillée du secteur pharmaceutique et de ses composantes peut s’avérer nécessaire. Une telle analyse étudie plus avant l’origine des problèmes afin de recenser les solutions possibles, de choisir les stratégies les mieux adaptées, de fixer des priorités et de servir de situation de référence pour les futurs systèmes de surveillance et d’évaluation.
Étape 4: Fixer des buts et des objectifs pour une politique pharmaceutique nationale
Une fois que les principaux problèmes ont été définis, il est possible de fixer des buts et de dresser la liste des objectifs prioritaires. Par exemple, si l’un des problèmes prioritaires est l’accès aux médicaments essentiels, l’un des objectifs prioritaires doit être l’amélioration de la sélection, de l’accessibilité économique et de la distribution des médicaments essentiels.
La sélection des stratégies adaptées pour atteindre cet objectif est plus complexe puisqu’elle peut nécessiter de faire des choix parmi des méthodes très différentes. Il peut s’avérer utile de réunir dans le cadre d’un atelier un petit nombre de dirigeants occupant un poste clé. L’analyse de situation doit justifier les choix et fonder les décisions.
Une fois définis dans leurs grandes lignes, les principaux objectifs et stratégies doivent être examinés avec toutes les parties intéressées. De larges consultations ainsi qu’un examen approfondi des intérêts divergents et des contraintes structurelles sont indispensables pour fixer des objectifs réalistes et formuler des stratégies adaptées pour les atteindre.
Étape 5: Rédiger le texte de la politique
Une fois que l’analyse détaillée de la situation est achevée et que les principaux buts, objectifs et méthodes sont définis dans leurs grandes lignes, un projet de texte de la politique pharmaceutique nationale doit être rédigé. Ce texte doit exposer les objectifs généraux de la politique. Dans la plupart des pays, il s’agira de veiller à ce que les médicaments essentiels soient accessibles à l’ensemble de la population, que les médicaments soient sûrs, efficaces et de bonne qualité et que les professionnels de la santé et les consommateurs en fassent un usage rationnel. Les objectifs spécifiques doivent également être décrits, suivis dans chaque cas de la stratégie à adopter. Le texte de la politique peut être rédigé par un petit groupe d’experts ayant participé au processus dès les premières étapes. Des exemples de textes de politiques pharmaceutiques nationales d’autres pays peuvent être consultés.
Étape 6: Distribuer et réviser le projet de texte de la politique
Le projet de texte doit être largement diffusé pour observations et être tout d’abord communiqué au Ministère de la santé, puis à d’autres ministères et administrations, et finalement aux institutions et organismes non gouvernementaux, notamment les secteurs privé et universitaire. Il est important que le texte bénéficie de l’aval des secteurs chargés de la planification, des finances et de l’éducation au sein du gouvernement car la bonne réalisation de nombreux éléments de la politique dépendra aussi de leur soutien. Une fois que cette large consultation est achevée, le projet de texte devra être révisé en fonction des observations formulées puis mis au point sous sa forme définitive.
Étape 7: Obtenir l’approbation officielle de la politique
Dans certains pays, le document peut ensuite être soumis au gouvernement ou au parlement pour être officiellement adopté. Ailleurs, il restera un document administratif qui servira de base pour faire entrer les plans et les modifications dans la législation ou la réglementation. Parfois, l’intégralité du projet de la politique pharmaceutique nationale est adoptée et devient texte de loi. Il s’agit là de l’expression d’un engagement politique fort, mais qui peut aussi soulever des problèmes puisqu’il pourra s’avérer difficile par la suite d’apporter des modifications à la politique. Il est de ce fait recommandé que seules certaines composantes habilitantes de la politique soient incorporées dans la législation, et qu’elles ne comportent pas trop de détails opérationnels.
Étape 8: Lancer la politique pharmaceutique nationale
La mise en place d’une politique pharmaceutique nationale n’est pas une simple tâche technique. La réussite de la politique dépendra dans une large mesure du niveau de compréhension de celle-ci par les divers secteurs de la société, et de leur adhésion aux objectifs. Il faut donc insister sur les incidences et les avantages de la politique pour toutes les parties intéressées.
La politique doit être lancée au moyen d’une campagne d’information claire et bien conçue. Il est souvent très utile que des experts et des guides d’opinion respectés expriment en public leur soutien à la politique. Divers circuits de diffusion de l’information doivent être utilisés pour atteindre différents groupes cibles. Les médias peuvent jouer un rôle de premier plan en faisant en sorte que le public comprenne et apporte son soutien à la politique. Certains pays ont entouré le lancement de leur politique de beaucoup de publicité.
Mettre en œuvre une politique pharmaceutique nationale
Une politique, aussi bien formulée soit-elle, est sans valeur si elle n’est pas appliquée. Chaque politique pharmaceutique nationale a besoin pour sa mise en œuvre d’un plan d’ensemble ou plan directeur et chaque élément de la politique nécessite une stratégie détaillée et des plans d’action précis. La section ci-dessous présente des observations générales sur la mise en œuvre. Des recommandations techniques plus détaillées pour chacun des éléments de la politique pharmaceutique nationale figurent dans les chapitres ultérieurs (voir également Encadré 2).
Priorités pour la mise en œuvre
Les priorités pour la mise en œuvre seront différentes pour chaque pays. Par exemple, lorsque la couverture maladie est large et que l’accès aux médicaments ne pose pas de problème, l’usage rationnel des médicaments et leur coût seront probablement un sujet de préoccupation. Dans une situation de ce type, la mise en œuvre de la politique pharmaceutique portera principalement sur la réglementation du marché et sur la maîtrise des coûts sans diminution de l’accès dans la durée et de l’équité. Dans les pays les moins développés, il est possible que le total des dépenses de santé et des produits pharmaceutiques soit très bas, et que le secteur privé ne soit pas prêt à répondre aux besoins de la majorité de la population. Dans une telle situation, la politique sera davantage axée sur l’augmentation de l’accès aux médicaments essentiels.
Les priorités pour la mise en œuvre doivent tenir compte de la gravité des problèmes ainsi que des possibilités d’atteindre l’objectif fixé et d’obtenir des résultats avec les ressources disponibles.
La surveillance
La surveillance est une forme de suivi continu qui donne une image de la mise en œuvre des activités programmées et indique si les objectifs sont atteints. Elle peut être effectuée à l’aide d’un ensemble de méthodes diverses, mais les essentiels sont:
• Dégager les bonnes questions: se concentrer sur les questions dont les réponses sont pertinentes pour les décisions relevant de la gestion.
• Limiter le recueil de données aux informations pertinentes et susceptibles d’être utiles. Lorsque l’on recueille trop de données, l’opération devient onéreuse et l’analyse des données trop compliquée et probablement moins fiable.
• Mettre en place un système de collecte de données fiable, se souvenir que les données ne seront fiables que si elles revêtent aussi de l’importance pour les personnes qui les recueillent. Chaque fois que possible, tirer parti des systèmes existants et les renforcer. Le recueil de données devra autant que possible être intégré dans le fonctionnement normal du système. Pour ceci, il faut former du personnel et attribuer des moyens. Il est important d’avoir une communication rapide des résultats.
• Les résultats agrégés ne doivent pas être uniquement utilisés par les directeurs de la santé de district ou de province, mais doivent être transmis au niveau central chargé de la politique et de la gestion et servir lors de la prise de décisions de gestion à ce niveau central. Si les données sont utilisées pour préparer un rapport de suivi, celui-ci doit être adressé à tous ceux qui y ont contribué, y compris aux personnes qui ont recueilli les données.
Encadre 2
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Aspects pratiques de la mise en œuvre de la politique
Une politique pharmaceutique ne peut être mise en œuvre avec succès que si le gouvernement est déterminé et agit en amont. Les stratégies suivantes sont considérées efficaces:
• Très tôt, préparer la structure législative adaptée qui permettra l’élaboration et la mise en application de la politique pharmaceutique nationale.
• Tirer parti d’une période politiquement favorable, telle qu’un changement ou une évolution politique dans un pays voisin, pour faire progresser l’élaboration ou la mise en œuvre de la politique.
• Lancer la mise en œuvre de la politique dans des domaines relativement faciles en veillant à la notoriété et à la réussite des premières activités afin d’assurer un appui à la politique lors des étapes initiales décisives.
• Adopter une approche souple, être prêt à différer une activité si l’on a besoin de davantage de temps pour la préparer, pour l’expliquer et obtenir un consensus à son sujet.
• Faire en sorte que des experts nationaux et des personnalités politiques respectées expriment publiquement leur soutien à la politique et se portent garant de sa validité technique. Il est important que le public ait confiance dans la politique.
• Faire appel aux groupes occupant une place privilégiée dans la société pour que ceux-ci se mobilisent en faveur de la politique. Les organisations de consommateurs, les syndicats, les organisations religieuses et les médias, par exemple, peuvent jouer un rôle important en développant le soutien à la politique.
• Prévoir les changements de position des opposants et recenser les stratégies permettant de les associer aux travaux et d’obtenir leur appui. Par exemple, l’industrie pharmaceutique peut être hostile aux politiques de fixation des prix des médicaments et à l’adoption d’une liste de médicaments essentiels, mais elle sera habituellement favorable à des stratégies de renforcement de la réglementation pharmaceutique et à l’amélioration de l’assurance qualité des médicaments.
• Créer des groupes de soutien en faveur de la politique au sein du gouvernement et en dehors du gouvernement. Ceci est essentiel à la réussite à long terme de la politique et à sa pérennité.
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Évaluations périodiques
La politique pharmaceutique nationale doit être périodiquement évaluée, par exemple tous les quatre ans. Des consultants indépendants ou des professionnels d’autres pays ou de l’OMS peuvent être invités à se joindre à une équipe d’évaluation nationale. De telles évaluations doivent faire partie intégrante du plan directeur de la politique pharmaceutique, et les moyens nécessaires doivent être attribués dès le départ.
Un cadre d’action vital
En résumé, les politiques pharmaceutiques nationales sont cruciales dans la mesure où elles contribuent à garantir équité et pérennité dans le secteur pharmaceutique et offrent un cadre d’action permettant d’identifier les buts et les engagements des pays. Les principes directeurs de l’OMS décrits ici aident les pays à élaborer et mettre en œuvre une politique exhaustive adaptée à leurs propres besoins et aux ressources dont ils disposent. Elles se sont déjà révélées une richesse inestimable pour les professionnels de santé, les dirigeants et les chercheurs.
(Pour obtenir des exemplaires, contactez l’Organisation mondiale de la Santé, Marketing et diffusion, 1211 Genève 27, Suisse. Prix: 26 CHF, 23,40 US$ et 18,20 CHF dans les pays en développement. Les personnes résidant dans les pays en développement peuvent obtenir un exemplaire gratuit).
Bibliographie
1. OMS. Comment élaborer et mettre en œuvre une politique pharmaceutique. Genève: Organisation mondiale de la Santé; 2001. (Version française en cours de publication).
Brésil: campagne d’information sur les génériques
LE Ministère brésilien de la Santé a lancé une campagne d’information sur les génériques auprès des patients, des médecins, des hôpitaux et des pharmacies, signale Scrip (12 octobre 2001). Lancée en octobre 2001 pour coïncider avec le nouveau principe d’étiquetage des médicaments génériques (sur tous les emballages figure un G bleu sur une bande jaune) cette campagne est relayée par la radio et la télévision qui diffusent des spots publicitaires pour aider les consommateurs à reconnaître les produits génériques. Les pharmacies ont reçu des affiches et exposent des listes types de médicaments génériques.
Les médecins reçoivent des guides d’information au format poche présentant la liste des médicaments génériques homologués accompagnés de leurs caractéristiques techniques. Pour en faciliter la prescription, ces guides présentent les génériques par ordre alphabétique, par ordre de référence produit et par classe thérapeutique. Les médecins qui travaillent dans un service de santé publique et sont obligés de prescrire des génériques reçoivent également des indications de prescription. Quant aux hôpitaux, ils vont recevoir des affiches et les patients se verront remettre des brochures sur les génériques.
…et un site internet
Le Ministère brésilien de la Santé et une association médicale ont créé une base de données sur les médicaments génériques disponibles dans le pays, les fabricants, les produits de référence, les classes thérapeutiques, la posologie et la forme pharmaceutique. Cette base de données permet une recherche par nom générique, produit de référence, laboratoire ou classe thérapeutique. Le site est accessible à l’adresse: http://www.medicamentogenerico.org.br/.

M. van Vilet