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Comité OMS d’experts de la pharmacodépendance - OMS, série de rapports techniques, No. 915 - Trente-troisième rapport
(2003; 34 pages) [English] [Spanish] Voir le document au format PDF
Table des matières
Afficher le document1. Introduction
Afficher le document2. Critères d’inscription au tableau
Ouvrir ce répertoire et afficher son contenu3. Examen critique des substances psychoactives
Ouvrir ce répertoire et afficher son contenu4. Préexamen de substances psychoactives
Afficher le document5. Terminologie employée dans la notification des réactions indésirables aux médicaments liées à des abus
Afficher le document6. Autres questions
Afficher le documentRemerciements
Afficher le documentBibliographie
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Annexe - Terminologie employée pour notifier les réactions indésirables aux médicaments liées à des abus

Le Comité d’experts de la Pharmacodépendance a joué un rôle actif dans l’élaboration d’une terminologie appropriée pour aider à comprendre les phénomènes de pharmacodépendance et d’abus. Lors de sa treizième réunion (1), ce Comité avait déjà proposé d’utiliser la pharmacodépendance pour remplacer les termes de toxicomanie et d’accoutumance. Cette proposition a été acceptée partout dans le monde au cours des années 70.

Toutefois, la CIM-10 (2) a employé certains termes techniques légèrement différents des termes conventionnels, par exemple état de sevrage au lieu de syndrome de sevrage ou syndrome de manque. Cela a conduit à s’interroger sur le fait de savoir si la CIM-10 était entièrement compatible avec la définition de la pharmacodépendance élaborée par le Comité d’experts au cours des années 60. Lors de sa vingt-huitième réunion (3), ce Comité a évoqué la question et conclu qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre la définition de la pharmacodépendance adoptée par le Comité et les lignes directrices relatives au diagnostic du syndrome de dépendance élaborées par l’OMS en conjonction avec la CIM-10. Ces éclaircissements ont apparemment réduit la confusion conceptuelle, du moins chez les chercheurs travaillant sur l’abus de drogues et chez les experts des traitements. Toutefois, dans le domaine de la surveillance postcommercialisation, à laquelle participe un éventail beaucoup plus large de professionnels de la santé, la confusion est encore très fréquente. Elle est particulièrement courante en ce qui concerne le sens de termes étroitement apparentés comme indiqué ci-après.

Toxicomanie et pharmacodépendance

Bien que le terme de toxicomanie ait été éliminé de la terminologie technique par l’OMS il y a bien des années, il est encore largement employé dans son sens général. Par exemple, le mot addictif est couramment utilisé pour signifier engendrant une dépendance. Lorsque la toxicomanie est utilisée comme terme technique, elle semble renvoyer à des cas graves de dépendance. Toutefois, comme il n’y a pas de définition de la toxicomanie acceptée au plan international, il est impossible de savoir avec certitude en quoi elle diffère de la dépendance.

Abus de drogue et pharmacodépendance

D’après la définition de l’abus de drogues mentionnée précédemment, il est manifeste que l’utilisation médicale acceptable du médicament, qu’elle entraîne ou non une pharmacodépendance, ne constitue pas un abus de drogue. Il existe des situations dans lesquelles le traitement par un médicament engendrant une dépendance doit être poursuivi, même après que le malade en est devenu dépendant. En pareil cas, la pharmacodépendance peut être notifiée comme une réaction indésirable au médicament, mais pas comme un abus. A cet égard, il est également utile de souligner que le seul fait qu’un médicament psychoactif soit susceptible d’engendrer une dépendance ne constitue pas à lui seul une raison suffisante pour proposer le contrôle international de cette substance. C’est de la probabilité d’abus du médicament qu’il faut tenir compte. Il est nécessaire de faire la distinction entre l’abus d’une substance psychoactive qui tend à entraîner une détérioration des fonctions physiques, psychologiques et sociales d’un individu, et son usage thérapeutique qui vise à améliorer l’une quelconque de ces dernières. On sait également que les médicaments engendrant une dépendance ne font pas tous l’objet d’abus (par ex. la caféine engendre une dépendance, mais entraîne rarement des abus).

Abus de drogue et administration de médicament à mauvais escient

L’abus de drogue est défini comme «l’usage excessif persistant ou sporadique d’un médicament nonconforme ou ne correspondant pas ou une pratique médicale acceptable». Ainsi, l’usage intentionnel de doses excessives ou l’usage intentionnel de doses thérapeutiques à des fins autres que l’indication pour laquelle le médicament a été prescrit, constitue un abus de drogue. Le mésusage et l’usage non médical sont des synonymes d’abus de drogue. Toutefois, une prescription inappropriée (par ex. la prescription systématique d’antibiotiques) ou les erreurs de médication, si elles sont accidentelles ou non intentionnelles, ne doivent pas être classées dans la catégorie des abus de drogue. Il faut plutôt considérer cet usage inapproprié du médicament comme une administration à mauvais escient. L’administration à mauvais escient de médicaments peut provoquer de nombreuses réactions indésirables et constitue un problème de sécurité des médicaments qui exige une réponse appropriée, mais est rarement la conséquence d’un usage thérapeutique normal du médicament. Il est par conséquent difficile d’imaginer une situation dans laquelle l’administration a mauvais escient d’un médicament doit être notifiée et enregistrée dans la base de données sur les réactions indésirables aux médicaments; elle doit être traitée comme une question de sécurité différente.

Dépendance physique (physiologique) et pharmacodépendance

Le Comité d’experts de la Pharmacodépendance (3) a recommandé de ne pas utiliser le terme de dépendance physique (physiologique) pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a constaté qu’en clinique il était difficile de faire la distinction entre la dépendance physique (physiologique) et la dépendance psychique (psychologique). Une telle distinction ne correspondrait pas non plus au point de vue moderne qui veut que tous les effets des médicaments sont potentiellement compréhensibles sur le plan biologique. Le terme de dépendance physique (physiologique) a également été considéré comme prêtant à confusion parce que les cliniciens ont souvent interprèté le syndrome de sevrage comme étant la preuve à la fois d’une dépendance physique et d’une pharmacodépendance. (Ce qui n’est pas le cas, comme expliqué plus en détail ci-après.) Quoi qu’il en soit, ce terme est toujours utilisé pour indiquer un état d’adaptation mis en évidence par la manifestation d’un syndrome de sevrage à l’arrêt du traitement ou par l’apparition d’un phénomène de tolérance, ou par les deux à la fois.

Pharmacodépendance et syndrome de sevrage

L’explication la plus simple de la pharmacodépendance est la suivante: «un état dans lequel l’individu a besoin de doses répétées du médicament pour se sentir bien ou pour éviter de se sentir mal». Cela correspond à la compréhension qu’en a le grand public et à la définition plus sophistiquée de la pharmacodépendance employée par le Comité d’experts de la Pharmacodépendance. La CIM-10 (2) met l’accent sur la perte de contrôle de l’individu sur son comportement syndrome de manque en tant qu’aspect central de la pharmacodépendance et énonce des lignes directrices diagnostiques relatives au syndrome de sevrage comprenant six points de contrôles. Deux d’entre eux concernent l’état de sevrage et la tolérance tandis que les quatre autres pourraient être considérés comme des manifestations différentes de l’état de dépendance en lui-même. Pour un diagnostic positif de syndrome de dépendance, au moins trois de ces six critères doivent être remplis.

Ainsi, même lorsqu’il y a à la fois un phénomène de tolérance et un sevrage, cela ne suffit pas pour satisfaire à la définition du syndrome de dépendance, sauf si l’un des quatre critères restants est satisfait. A l’inverse, même en l’absence de sevrage et de tolérance, un sujet peut tout de même présenter un syndrome de dépendance si trois des quatre critères restants sont satisfaits.

Il est donc correct de dire que le sevrage et la tolérance ne sont ni nécessaires ni suffisants pour poser un diagnostic de syndrome de dépendance. Toutefois, si l’on insiste trop là-dessus, cela peut conduire à la fausse idée que le syndrome de sevrage n’est pas lié à la dépendance. Un état ou un syndrome de sevrage constitue l’un des six critères dont trois doivent être satisfaits pour pouvoir poser un diagnostic de syndrome de dépendance. En d’autres mots, lorsqu’il y a un syndrome de sevrage, un tiers des conditions nécessaires pour poser un diagnostic de syndrome de dépendance sont réunies. Par conséquent, la notion suivant laquelle le sevrage n’est pas lié à la dépendance ne correspond pas aux lignes directrices diagnostiques de la CIM-10.

Les ISRS constituent un exemple de la façon dont une confusion conceptuelle en matière de terminologie peut avoir des incidences sur la notification, l’interprétation et la communication des réactions indésirables aux médicaments liées à la dépendance. Pour éviter toute association avec la dépendance, un nombre croissant de chercheurs ont utilisé un terme différent, à savoir syndrome d’arrêt, à la place du syndrome de sevrage. Le nombre d’occurrences du terme syndrome d’arrêt dans la littérature médicale internationale a commencé à augmenter par rapport à celui de syndrome de sevrage à partir de 1997, après un symposium sur le syndrome d’arrêt des antidépresseurs tenu en 1996. De fait, le syndrome de dépendance a été rapporté au Centre de Surveillance d’Uppsala pour l’ensemble des ISRS par les mêmes systèmes de surveillance postcommercialisation, même si l’on observe nettement moins de rapports faisant état d’un syndrome de dépendance que de rapports faisant état d’un syndrome de sevrage. En outre, la proportion de rapports faisant état d’une pharmacodépendance par rapport au nombre de ceux indiquant un syndrome de sevrage montre des variations considérables d’un ISRS à l’autre, passant de 26% pour la fluoxétine à seulement 1% pour la venlafaxine (d’après la base de données mondiale sur les réactions indésirables aux médicaments du centre de surveillance d’Uppsala en juin 2002) (voir Tableau ci-après).

Nom du médicament

Nombre de rapports faisant état d’un syndrome de sevrage

Nombre de rapports faisant état d’une pharmacodépendance

Rapport (%)

Fluoxétine

419

109

26,0

Sertraline

631

69

10,9

Mirtazapine

17

1

5,9

Fluvoxamine

69

4

5,8

Néfazodone

83

4

4,8

Paroxétine

2380

91

3,8

Citalopram

107

3

2,8

Venlafaxine

1185

13

1,1

Trois ISRS figurent parmi les 30 médicaments en tête de la liste de ceux pour lesquels on a rapporté une pharmacodépendance dans la base de données du Centre de Surveillance d’Uppsala; en juin 2002, un total de 269 notifications avaient été reçues (109 rapports pour la fluoxétine, 91 pour la paroxétine et 69 pour la sertraline).

Bibliographie

1. Comité OMS d’experts des drogues engendrant la dépendance. Treizième rapport. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1964 (OMS, Série de Rapports techniques, No 273).

2. Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement de la CIM-10. Descriptions cliniques et directives pour le diagnostic. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1993.

3. Comité OMS d’experts de la pharmacodépendance. Vingt-huitième rapport. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1993 (OMS, Série de Rapports techniques, No 836).

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