Le secteur pharmaceutique privé commercial au Maroc - Dynamique de développement et effets sur l'accessibilité des médicaments - Série de recherche, No. 21
(1997; 56 pages) Voir le document au format PDF
Table des matières
Afficher le documentRésumé
Afficher le documentIntroduction
Ouvrir ce répertoire et afficher son contenuPremière partie: Contexte socio-économique et situation sanitaire
Ouvrir ce répertoire et afficher son contenuDeuxième partie: Organisation générale et évolution du secteur pharmaceutique privé
Ouvrir ce répertoire et afficher son contenuTroisième partie: Apports du secteur privé: disponibilité des médicaments et accessibilité financière
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Afficher le documentBibliographie
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Conclusion générale

Depuis 1965, le secteur pharmaceutique privé s'est considérablement développé et il fournit la presque totalité de l'approvisionnement pharmaceutique du pays: 80-90%. Dans le même temps, le développement du secteur pharmaceutique public a été freiné par les restrictions touchant le budget du Ministère de la Santé publique qui dispose de peu de moyens pour acquérir des médicaments et qui n'a pas le droit de vendre des médicaments.

Le développement du secteur privé est le résultat du consensus entre l'Etat et les professionnels basé sur les principes suivants:

1. Monopole des activités pharmaceutiques aux seuls pharmaciens. Ceci a permis entre autres de limiter le marché illicite à un très faible niveau et de bien contrôler les produits mis sur le marché.

2. Développement de la production locale pour assurer sécurité des approvisionnements et faibles prix.

3. Production et distribution des médicaments sous noms de marque: les génériques ont une place très réduite.

4. Contrôle de la localisation des nouvelles officines par une règle facile à appliquer et relativement peu contraignante: il doit y avoir une distance minimale entre deux officines, mais il n'y a pas de règle définissant le nombre d'officines en fonction de la population.

Les résultats de cette politique ont été les suivants:

1. L'accessibilité géographique est très élevée dans les grandes villes, et assez faible en zone rurale. L'accessibilité est en forte croissance partout (surtout la où elle est faible), à cause de la forte croissance du nombre des pharmaciens diplômés et des officines.

2. La disponibilité des médicaments est presque totale. Bien qu'il y ait des ruptures temporaires d'approvisionnement, il n'y a pas de véritable pénurie. Le système de distribution est globalement performant. Les grossistes n'ayant pas le droit d'importer, leur activité et leur savoir faire sont concentrés sur la distribution.

3. L'accessibilité financière est très limitée pour les catégories de population les plus pauvres, car il y a peu de médicaments gratuits dans les services de santé publics et ces populations bénéficient peu d'assurance-maladie. Si le prix des spécialités est relativement faible, probablement au niveau des prix du Portugal ou d’Espagne, il est élevé en comparaison du prix de médicaments génériques et en comparaison du revenu de la majeure partie de la population.

4. La consommation s'est beaucoup accrue sous l'effet d'abord de l'amélioration de l'accessibilité géographique, puis de la croissance du revenu de la population. Les catégories les plus pauvres accroissent leur consommation de médicaments plus vite que ne croît leur revenu. Il y a donc une forte demande freinée par l'accessibilité difficile en zone rurale et par des prix trop élevés au regard des revenus. Plus du quart des dépenses se font sans ordonnance.

A côté de la consommation de médicaments essentiels, il y a de fortes consommations de médicaments non-essentiels (multivitamines, orexigènes par exemple).

5. Les conseils en pharmacie semblent discutables. Par exemple, en cas de fièvre d'adulte ou de toux d'adulte, sont souvent conseillés des antibiotiques. En cas de diarrhée de l'enfant, des anti-infectieux sont toujours conseillés, contrairement aux recommandations de l'OMS. Les causes de ces insuffisances sont multiples. Une cause importante est probablement que les pharmaciens sont peu présents dans leur officine, les médicaments sont alors conseillés par des vendeurs non professionnels.

Un certain nombre de facteurs souvent extérieurs au secteur pharmaceutique risquent d’avoir une influence déterminante sur son développement dans les années à venir:

1. La multiplication des officines en zone rurale va se heurter au fait que les populations à desservir seront peu nombreuses et auront un faible revenu.

2. Le moindre contrôle économique des importations va entraîner la mise sur le marché de médicaments chers, de moins en moins accessibles à la masse de la population. L'ouverture économique risque de remettre en cause la maîtrise du système pharmaceutique obtenue grâce au rôle important de la production locale.

3. Les projets d'assurance-maladie obligatoire et de fonds de solidarité auront de très nombreuses conséquences, s'ils se réalisent: favoriser directement l'accès financier aux médicaments pour les catégories moyennes, indirectement permettre à l'Etat de consacrer davantage de moyens aux médicaments distribués par les services de santé de base, élargir la demande solvable pour l’industrie pharmaceutique locale. Mais ces projets auront un impact plus limité pour les catégories rurales et pour les pauvres.

Ces projets pourraient être l'occasion de développer une politique de médicaments essentiels (en limitant le remboursement par l'assurance-maladie aux seuls médicaments essentiels) et une politique de médicaments génériques (en établissant des prix identiques ou proches pour tous les médicaments comportant la même molécule ou des molécules semblables).

En concentrant la consommation sur un nombre plus limité de médicaments, une politique de médicaments essentiels permettrait à l'industrie marocaine d'être plus compétitive grâce aux économies d'échelle réalisées.

4. Un meilleur usage des médicaments, tant dans le secteur privé que dans le secteur public permettrait de favoriser l'accessibilité aux médicaments en limitant les dépenses inutiles en médicaments.

5. L’impact de la libéralisation du commerce extérieur du médicament, en particulier suite aux accords sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (GATT/TRIPs) et à l’association avec l'Union européenne devrait être étudié plus attentivement, notamment les questions suivantes:

• L’Etat marocain pourra-t-il continuer à protéger la production locale?

• L'industrie pharmaceutique marocaine est-elle en mesure de satisfaire rapidement aux normes européennes dans la fabrication? Le délai de 10 ans prévu par le TRIPs est-il suffisant?

• Les laboratoires locaux peuvent-ils subir la concurrence de produits importés, soutenus par de puissantes politiques de promotion?

• Les accords portant institution de l'Organisation mondiale du Commerce ont étendu le champ d'application du principe des brevets à la technologie. Les laboratoires pharmaceutiques marocains disposent-ils de capacités pouvant leur permettre de faire face à la concurrence en ce domaine?

L’avenir du secteur pharmaceutique au Maroc dépend en grande partie de l’institution d’une assurance-maladie et de la réponse aux questions posées par le nouveau contexte international et régional.

 

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Dernière mise à jour: le 3 mai 2013