Dracunculose
Dracunculus medinensis (filaire de Médine ou ver de Guinée) qui est très répandu en Inde, en Afrique occidentale et dans le sud du Soudan, affecte 5-15 millions de personnes chaque année. Cette parasitose est strictement humaine, la contamination se produisant lors de la consommation d’eau contenant de petits crustacés d’eau douce (Cyclops spp.) parasités, porteurs de larves. Ces larves pénètrent dans l’intestin et migrent dans le tissu conjonctif, notamment dans les régions axillaire et inguinale, où elles se transforment en adultes. En général, les jeunes femelles achèvent leur maturation dans le tissu cellulaire sous-cutané des membres inférieurs, au niveau du pied ou du bas de la jambe, avant de libérer, un an plus tard, des milliers de larves à travers une petite phlyctène douloureuse surplombant la peau perforée. Cette lésion, qui est souvent le siège d’une surinfection bactérienne, constitue fréquemment le premier signe d’appel, mais elle est parfois précédée par des réactions allergiques non spécifiques.
Lutte
Il est possible d’éradiquer la dracunculose en assurant l’approvisionnement en eau de boisson saine. Une campagne internationale a été lancée à cette fin en 1981, au début de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement. On se proposait ainsi d’éliminer la maladie partout dans le monde. Dans l’intervalle, on s’en remet à une surveillance active, à l’éducation et à la lutte antivectorielle, au moyen de larvicides comme le téméphos.
Traitement
Le métronidazole (25 mg/kg par jour pendant 10 jours, avec un maximum quotidien de 750 mg chez l’enfant) apporte rapidement un soulagement symptomatique. De plus, il affaiblit la fixation des vers aux tissus sous-cutanés, ce qui permet leur extraction par traction. Mais comme ce médicament est sans action sur les larves des filaires avant leur émergence, il n’empêche pas immédiatement la transmission. Le mébendazole est également efficace. On explore actuellement la possibilité d’un traitement aux stades précoces avec l’albendazole, l’ivermectine ou le métrifonate.
Trichinose
Les larves d’un nématode parasite du porc et du gibier, la trichine (Trichinella spiralis), déterminent une maladie qui constitue un important problème de santé publique en Europe orientale et méridionale, ainsi qu’aux Etats-Unis d’Amérique. Il existe d’autres foyers d’endémie en Afrique, en Amérique du Sud et dans le sud de l’Asie - tout particulièrement au Chili, au Kenya, en République-Unie de Tanzanie et en Thaïlande.
La transmission se produit lors de la consommation de viande contenant des larves infestantes enkystées. Les larves s’enfoncent sous l’épithélium simple prismatique de l’intestin grêle où elles se transforment en vers adultes. Au bout de 5 jours, les femelles libèrent une autre génération de larves qui migrent jusqu’aux muscles striés squelettiques et, souvent, jusqu’au myocarde. Elles y déterminent des réactions inflammatoires et allergiques intenses qui se manifestent cliniquement par de la fièvre, des myalgies et un œdème péri-orbitaire, ainsi que par une hyperéosinophilie. Au début, l’infestation intestinale provoque souvent des nausées, des diarrhées et des crampes abdominales, mais le plus souvent sans gravité. En revanche, les complications ultérieures - myocardite, pneumonie et méningo-encéphalite - peuvent être fatales.
Lutte
La prévention repose sur une inspection attentive des carcasses et sur la cuisson à cœur du porc et du gibier. La congélation à -30°C pendant 24 heures détruit également les larves.
Traitement
Il faut traiter tous les cas d’infestation, même s’ils ne sont que soupçonnés, pour empêcher la production de larves de se poursuivre. Chez l’adulte comme chez l’enfant, on obtient de bons résultats avec le mébendazole (200 mg pendant 5 jours), l’albendazole (400 mg pendant 3 jours) ou le pyrantel (10 mg/kg pendant 5 jours). La prednisolone, à raison de 40-60 mg par jour, est parfois nécessaire pour atténuer les symptômes allergiques et inflammatoires.
Larva migrans cutanée
Le syndrome de larva migrans cutanée ankylostomienne résulte de la pénétration, à travers la peau non lésée, de larves de deux espèces d’ankylostome, Ancylostoma braziliense et A. caninum, qui sont excrétées par les chiens ou les chats parasités. D’autres espèces de nématodes sont également incriminées. Cette affection est particulièrement répandue en Amérique centrale, dans certains pays d’Amérique du Sud, dans les Caraïbes et dans le sud-est des Etats-Unis d’Amérique, ainsi que dans toute l’Afrique tropicale.
Le plus souvent, les larves restent localisées et provoquent seulement une dermatite focale transitoire, d’intensité inégale. Elles ne parviennent pas à maturité chez l’homme, mais il arrive qu’elles migrent jusqu’aux poumons, déterminant une hyperéosinophilie, de la toux et des infiltrations pulmonaires (syndrome de Loeffler).
Lutte
La prévention vise à interrompre la transmission. Le déparasitage systématique des chiens et des chats réduit la contamination du sol, tandis que le port de chaussures protectrices diminue le risque de contact.
Traitement
Administré en topique ou par voie orale à raison de 25 mg/kg (chez l’enfant comme chez l’adulte) deux fois par jour pendant 2 jours, le tiabendazol assure une guérison presque constante. La calamine en lotion apporte un soulagement symptomatique.
Larva migrans viscérale
Le syndrome de larva migrans viscérale (ou toxocarose) est une affection cosmopolite provoquée par les œufs de nématodes, Toxocara canis et, moins fréquemment, T. cati, qui sont excrétés par les chiens et les chats parasités, respectivement. D’autres espèces de nématodes sont incriminées, mais rarement. La sérologie révèle la présence de cette infestation chez 3-20% des enfants. Une fois ingérés, les œufs éclosent en donnant naissance à des larves invasives qui pénètrent dans la muqueuse intestinale et migrent jusqu’au foie par le système porte et les vaisseaux lymphatiques. Certaines poursuivent leur migration jusqu’aux poumons d’où elles peuvent être entraînées, par la grande circulation, jusqu’à d’autres organes ou systèmes, dont le système nerveux central et l’œil. Le plus souvent, l’infestation est asymptomatique, mais il arrive qu’elle soit gravement incapacitante. On observe parfois chez le jeune enfant, particulièrement vulnérable, une cécité unilatérale et des cas occasionnels d’épilepsie. L’infestation peut aussi se manifester sous forme de fièvre récurrente, de douleurs abdominales, d’hépatosplénomégalie, de pneumonie, de pharyngite et d’encéphalite.
Lutte
Pour réduire la transmission, il faut améliorer l’hygiène personnelle et empêcher les chiens et les chats de souiller les aires de jeux des enfants et les champs cultivés. Le déparasitage régulier des animaux de compagnie contribue aussi au succès de la lutte.
Traitement
Le traitement doit être réservé aux infestations symptomatiques. Une cure de diéthylcarbamazine par voie orale, pendant 3 semaines, tue les larves et arrête le cours de la maladie, mais les lésions déjà constituées sont irréversibles. Pour atténuer les réactions allergiques provoquées par les larves en train de mourir, on commence généralement par 1 mg/kg 2 fois par jour et on passe à 3 mg/kg selon la même fréquence (adultes et enfants). On a également utilisé le tiabendazol, à raison de 25 mg/kg deux fois par jour pendant 5 jours, mais avec de moins bons résultats.
L’ivermectime et l’albendazole, qui se sont tous deux révélés prometteurs chez les modèles animaux, devront encore faire l’objet d’essais cliniques pour cette indication.
Pour atténuer les réactions inflammatoires allergiques chez les sujets porteurs de lésions oculaires, il faut administrer simultanément de la prednisolone, soit en application topique, soit par voie générale.
Anisakiase
L’anisakiase résulte, particulièrement au Japon et aux Pays-Bas, de la consommation, crus ou insuffisamment cuits, de poissons d’eau de mer ou d’autres aliments d’origine marine qui contiennent des larves d’Anisakis, de Contracaecum ou de Pseudoterranova.
Une ulcération se produit aux points où les larves se fixent à la muqueuse gastrique ou intestinale. Dans de nombreux cas, la maladie guérit spontanément. Il arrive pourtant que les larves franchissent la paroi de l’intestin et déterminent une infestation extra-intestinale. Cependant, une colonisation massive peut également simuler une appendicite ou une entérite régionale aiguë. Cela explique que les sujets concernés soient parfois soumis, sans nécessité, à une gastroscopie ou à une laparotomie exploratoire.
Lutte
La prophylaxie comporte deux aspects:
• l’information de la collectivité à qui il faut expliquer qu’il est dangereux de consommer du poisson d’eau de mer cru ou mal préparé;
• l’éviscération des poissons dès qu’ils sont péchés et la congélation des produits d’origine marine à -20° C pendant 60 heures au moins avant la vente.
Traitement
L’administration d’un anthelminthique est rarement nécessaire.
Angiostrongyloïdose
L’angiostrongyloïdose, qui est provoquée par les larves d’un parasite du rat, Parastrongylus cantonensis (Angiostrongylus cantonensis), s’observe en Asie du Sud et dans la région du Pacifique. La transmission s’opère lors de la consommation de crudités souillées par des larves d’hôtes intermédiaires - escargots, crabes, crevettes d’eau douce ou limaces - ou de plats crus ou insuffisamment cuits préparés à partir de ces hôtes.
Les larves qui migrent jusqu’au système nerveux central et à la chambre antérieure de l’œil déterminent une méningo-encéphalite à éosinophiles. La maladie guérit spontanément, les signes durant rarement plus de 4-6 semaines. Les séquelles permanentes sont très peu fréquentes, mais on connaît des cas de paralysie faciale résiduelle.
Traitement
Le traitement peut souvent se limiter à un traitement symptomatique, en attendant la guérison spontanée. Le mébendazole comme le lévamisole ont donné des résultats prometteurs chez les modèles animaux, mais leur intérêt clinique reste incertain car on a parfois observé une grave réaction de l’hôte vis-à-vis des larves en train de mourir.