Rôles des secteurs public et privé dans le domaine pharmaceutique - Incidences sur l'équité en matière d'accès et sur l'usage rationnel des médicaments - Série "Economie de la santé et médicaments", No. 005
(1997; 126 pages) [English] [Spanish]
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Ver el documentoRésumé analytique
Abrir esta carpeta y ver su contenido1. Rôles des secteurs public et privé dans le domaine pharmaceutique
Abrir esta carpeta y ver su contenido2. Marchés pharmaceutiques: structure et résultats
Abrir esta carpeta y ver su contenido3. Principales responsabilités de l’Etat
Abrir esta carpeta y ver su contenido4. Répartition des rôles entre le public et le privé sur le marché du médicament: vue d’ensemble1
Abrir esta carpeta y ver su contenido5. Mécanismes de marché dans l’offre publique de médicaments
Abrir esta carpeta y ver su contenido6. Prise en compte des besoins de santé publique dans le secteur privé
Abrir esta carpeta y ver su contenido7. Rôles des secteurs public et privé dans la production pharmaceutique
Cerrar esta carpeta8. Développement du potentiel et processus de réforme
Ver el documento8.1 Nature des compétences nécessaires et difficultés
Ver el documento8.2 Stratégies de développement du potentiel
Ver el documento8.3 Processus de réforme
Ver el documento8.4 Synthèse
Abrir esta carpeta y ver su contenido9. Encadrement des secteurs public et privé
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8.1 Nature des compétences nécessaires et difficultés

On croit souvent que la réforme des rôles du public et du privé allégera la charge de l'Etat. Or les pouvoirs publics verront leur rôle changer plutôt que diminuer. Par exemple, en passant d'une centrale d'approvisionnement étatisée à un système de livraison directe, les pouvoirs publics troquent les fonctions de stockage et de livraison des médicaments contre celles de négociation et de sous-traitance avec le secteur privé. De plus, un système qui reconnaît explicitement la complémentarité des rôles du secteur public et du secteur privé est plus complexe à gérer: les pouvoirs publics ne peuvent s'intéresser exclusivement à l'offre de produits pharmaceutiques dans le secteur public; il leur faut gérer un système multidimensionnel.

La réforme attribue souvent aux pouvoirs publics de nouvelles fonctions qui ne leur sont pas coutumières. Dans quelle mesure sont-ils capables de remplir ces fonctions?

Les réformes examinées ici ont des conséquences pour le secteur privé comme pour le secteur public. Beaucoup d'entre elles n'aboutiront que si le secteur privé, tant lucratif que non lucratif, dispose d'un vaste potentiel.

Nouveaux rôles, nouvelles compétences

Quelles compétences requiert la nouvelle formule public-privé? D'une manière générale, la capacité de l'Etat à fournir directement des biens et des services (fabrication de médicaments ou approvisionnement) perdra de son importance au profit de son aptitude à élaborer des politiques, à coordonner les acteurs concernés, à négocier et à faire respecter des contrats, à surveiller, à réglementer et à informer.

Puisque les compétences requises ne sont pas les mêmes suivant le type de réforme [95], il est impossible d'en dresser une liste définitive. Le Tableau 14 indique les compétences qui peuvent s'avérer nécessaires pour négocier et faire respecter les contrats de sous-traitance et pour réglementer l'offre de médicaments dans le secteur privé.

Tableau 14. Compétences requises pour passer des contrats avec le secteur privé et réglementer ses activités


Négocier des contrats avec des entreprises privées et veiller à leur application

Réglementer la distribution de médicaments dans le secteur privé

1. Compétences individuelles

• Aptitude à fixer des objectifs et à donner des indicateurs de performance au sous-traitant

• Compétences de négociateur et de juriste pour établir les contrats

• Analyse économique pour déterminer si la sous-traitance est plus rentable que l'offre de services publics

• Compétences juridiques, théoriques et politiques pour concevoir une réglementation efficace

• Connaissances en pharmacie pour garantir l'innocuité des médicaments sur le marché et le respect des bonnes pratiques de fabrication dans les usines

2. Compétences administratives

• Systèmes d'information pour assurer le suivi

• Systèmes comptables et financiers sûrs pour rétribuer le sous-traitant en temps voulu

• Aptitude du secteur privé à assurer et planifier les services, et à en évaluer le coût

• Systèmes d'information à jour sur les producteurs, les grossistes, les détaillants et les pharmaciens agréés

• Système d'inspection fiable et étendu pour vérifier la qualité, les conditions de conservation, etc.

3. Compétences institutionnelles

• Système juridique efficace pour faire respecter les contrats

• Pas de considérations politiques dans le choix des sous-traitants

• Système juridique efficace pour prendre des sanctions contre les contrevenants

• Principes éthiques stricts dans le corps d'inspection (mandat et pratiques conformes à l'éthique garantissant une inspection sérieuse et interdisant les rétributions illicites)

Souvent, les pouvoirs publics ont déjà certaines des compétences requises, mais doivent les adapter pour être capables de remplir de nouvelles fonctions. De plus, il est probable que les compétences rares comme celles de négociateur et de juriste seront davantage sollicitées. Par exemple, le nombre d'inspecteurs travaillant pour l'autorité de réglementation pharmaceutique devra augmenter au fur et à mesure que le secteur privé s'accroît.

Si les pouvoirs publics n'ont pas certaines des compétences voulues, il peuvent faire appel au secteur privé non lucratif pour les suppléer. La plupart des groupes de consommateurs surveillent le prix et la qualité des médicaments sur le marché et, au besoin, poussent les autorités de réglementation pharmaceutique à intervenir (voir encadré 12). Le milieu associatif ou troisième secteur peut prêter main forte quand les compétences institutionnelles sont insuffisantes. Les ONG et les médias peuvent "tirer la sonnette d'alarme" en cas de laxisme du corps d'inspection ou d'irrégularité dans l'attribution des contrats de sous-traitance. Les associations à but non lucratif peuvent aussi aider à développer les moyens requis. L’Action des Eglises pour la Santé est en train d'expérimenter un programme de formation à la gestion destiné aux laborantins kenyans, et l'Association pharmaceutique du Commonwealth a mis au point un module d'enseignement de la gestion par correspondance. L'encadré 12 relate comment les ONG ont contribué à la réglementation des produits pharmaceutiques en Inde et aux Etats-Unis d’Amérique.

Encadré 12. Rôle des ONG dans la réglementation pharmaceutique

Protestation des ONG en Inde [18]

Pendant les années 80, un certain nombre de groupes bénévoles, d'ONG et d'associations de consommateurs indiens ont fait campagne pour réclamer un contrôle des prix ainsi que l'interdiction des médicaments dangereux et sans fondement scientifique. Ils ont recruté des employés de l'industrie pour connaître exactement les procédés employés par certaines firmes pour déformer l'information pharmaceutique. Les réseaux d'ONG ont aussi fourni des renseignements objectifs sur les médicaments. Les autorités pharmaceutiques fédérales se sont appuyées sur ces informations pour interdire certains médicaments toxiques (notamment une association fortement dosée d'oestrogènes et de progestérone). Parfois, comme ce fut le cas au Maharashtra dans l'ouest de l'Inde, les ONG ont vérifié par leurs propres moyens la qualité des produits sur le marché et aidé les autorités indiennes à éliminer les produits falsifiés ou dépassés.

Groupes de consommateurs aux Etats-Unis d’Amérique: Public Citizen et la bromocriptine [76]

En juin 1989, la FDA des Etats-Unis a recommandé de supprimer l'indication de l'engorgement mammaire du post-partum (EMPP) pour tous les médicaments vendus contre cette affection, dont la bromocriptine. Un groupe d'experts avait en effet conclu que ces médicaments étaient pour la plupart inopérants et présentaient un risque inutile. La FDA a écrit aux firmes concernées afin qu'elles suppriment d’elles-mêmes l'indication pour l'EMPP. Seule une firme n'a pas obtempéré et 300 000 femmes par an ont continué de se voir prescrire de la bromocriptine contre cette affection.

En septembre 1993, la branche santé de l'organisation Public Citizen a déposé une pétition auprès de la FDA pour que l'EMPP ne figure plus dans les indications de la bromocriptine. La FDA a déclaré que l'indication serait supprimée, mais les mesures en ce sens ont été différées. Public Citizen a alors fait savoir qu'il allait intenter un procès à la FDA pour "retard indu". Le lendemain, la FDA annonçait qu'elle allait interdire l'indication, et le surlendemain, la firme pharmaceutique déclarait qu'elle supprimait l'indication.

Action Santé International (une autre ONG) a fait parvenir la documentation rassemblée par Public Citizen à ses membres dans de nombreux pays. Les ONG du monde entier ont rapidement alerté l'opinion publique par voie de presse et directement saisi les autorités de réglementation du dossier.

Rôle des ONG

Les ONG n'ont pas le pouvoir de légiférer mais, de toute évidence, les pouvoirs publics peuvent trouver en elles de puissantes alliées. Grâce à leur souplesse, à leur créativité et aux réseaux internationaux qu'elles tissent, elles sont bien placées pour aider les autorités de réglementation à atteindre des objectifs sociaux.

Difficultés

On a peu d'indices concrets sur l'aptitude des pouvoirs publics à endosser de nouveaux rôles dans le secteur pharmaceutique. On peut toutefois s'en faire une idée d'après ce qu'on sait de ce secteur et ce qu'on a pu observer lors des changements opérés dans le secteur de la santé.

D'après les analyses faites dans le secteur de la santé, il arrive souvent que la sous-traitance ne permette pas de réaliser les économies attendues parce que les pouvoirs publics ne savent pas négocier et achètent à prix élevé [74].

Les participants à une réunion interrégionale de l'OMS ont remarqué que "bien que détenant l'autorité nécessaire pour surveiller (le comportement du secteur privé), les pays ont souvent l'impression de ne pas avoir les moyens d'exercer cette autorité" [120]. Les travaux sur le secteur pharmaceutique le confirment. Par exemple, le Nigéria a créé en 1990 un groupe spécial chargé de prendre des mesures autoritaires contre la contrefaçon et la vente illégale de médicaments. Deux millions de dollars ont été dépensés en matériel pour tester les médicaments, mais le groupe fédéral de Lagos n'avait toujours pas de véhicules à sa disposition et nombre de ses bureaux dans les états n'avaient pas le téléphone [10].

Quand le secteur pharmaceutique privé se développe rapidement, l'Etat est souvent incapable d'investir dans les autorités de réglementation à la même cadence, et celles-ci sont vite débordées. C'est exactement ce qui s'est passé en Inde [46]. Quand elles manquent de crédits, les autorités de réglementation ont du mal à recruter les rares personnes qualifiées dont elles ont besoin pour mener leur tâche à bien, d'autant plus que le secteur privé recherche, lui aussi, ce personnel et qu'il y a souvent de gros écarts de salaire entre les deux secteurs. Dans ces circonstances, les systèmes d'autofinancement des autorités d'homologation présentent un intérêt particulier (voir encadré 13).

Autre grand problème: le noyautage des autorités de réglementation, qui servent alors davantage les intérêts du secteur qu'elles sont censées réglementer que ceux du consommateur. Les plus exposées sont les branches spécialisées comme l'industrie pharmaceutique où le personnel de l'autorité de réglementation à souvent suivi la même formation que les industriels et partage parfois leurs valeurs.

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Última actualización: le 3 mayo 2013