Médicaments essentiels: Le point No. 031
(2002; 72 pages) [English] [Spanish] Ver el documento en el formato PDF
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Inde: campagne de lutte contre toute promotion contraire à l’éthique

S. GOPALAKRISHNAN, R. MURALI*

* Le Dr Gopalakrishnan est professeur assistant, et le Dr Murali est professeur et chef du Département de Médecine communautaire au Kilpauk Medical College, Chennai - 10, Tamil Nadu, Inde. Courriel: drsgopal@md3. vsnl.net.in


UN grand nombre de nouveaux médicaments sont introduits chaque année sur le marché indien. La plupart sont des «recopies» et ne constituent pas de réelles innovations. Ils viennent s’ajouter aux 20 000 formulations pharmaceutiques existant déjà. Contraste frappant, la liste des médicaments essentiels de l’État de Tamil Nadu ne comporte que 270 formulations pharmaceutiques qui, selon un processus scientifique, sont jugées suffisantes pour traiter plus de 90 % des maladies dans les soins primaires, secondaires et tertiaires. Les listes de médicaments essentiels de beaucoup d’autres pays et la liste de référence de l’OMS en comportent le même nombre.

Le grand nombre de produits commercialisés rend de plus en plus difficiles le choix du bon médicament et son usage correct. L’information commerciale sur les médicaments l’emporte sur l’information thérapeutique indépendante et scientifique, pourtant essentielle si l’on veut rationaliser l’usage des médicaments. Il est de la responsabilité de l’État de faire en sorte que tous les professionnels de santé aient accès à cette information. Bien que l’État de Tamil Nadu soit bien engagé dans l’application du concept des médicaments essentiels et de leur usage rationnel, il faudra du temps et des ressources plus importantes pour éduquer et motiver toutes les personnes prescrivant ou délivrant des médicaments.

A l’heure actuelle, la plupart des professionnels de santé tirent en réalité leurs informations de sources commerciales, généralement par un réseau étendu de visiteurs médicaux. Les laboratoires pharmaceutiques affirment que leurs nouvelles formulations sont supérieures aux produits existants efficaces et bon marché auxquels les prescripteurs et les consommateurs sont habitués. Ils prennent pour cible les prescripteurs qu’ils visitent toutes les semaines ou tous les mois, en distribuant des échantillons et des plaquettes commerciales attractives. Ces supports promotionnels sont souvent trompeurs et mensongers. Cette commercialisation intensive pousse les médecins irréfléchis à prescrire les nouveaux produits, sans vérifier le bien-fondé des arguments.

Les préoccupations croissantes soulevées par cette situation et par l’incidence négative qui en résulte sur l’usage rationnel des médicaments, tout comme la nécessité d’alerter le corps médical sur l’ampleur du problème ont poussé le Département des Médecines communautaires, au Kilpauk Medical College, Chennai, à créer un comité d’éthique pour surveiller, réagir et signaler toute promotion de médicaments contraire à l’éthique (voir encadré 1). Les membres du comité sont issus de différentes spécialités médicales et comptent des internes. Un sous-comité spécial d’étudiants a également été constitué.

Une analyse récente des informations diffusées aux prescripteurs par les laboratoires pharmaceutiques a fait apparaître des divergences entre les arguments avancés et les données scientifiques indépendantes obtenues sur l’efficacité et l’innocuité des médicaments en question.

Encadré 1

Exemples de diffusion d’informations trompeuses sur des médicaments

• Une Société qui fabrique le gliclazide 80 mg., un antidiabétique, affirme que le médicament régule la teneur en glucose pendant 24 heures sans hypoglycémie. Mais en réalité, ce médicament n’agit que 12 à 16 heures.

• Selon son fabricant, l’indapamide 2,5 mg a une action cardio-protectrice et est reconnu à l’échelle internationale comme un diurétique. Mais en réalité, son action diurétique est faible. Il a effectivement une action antihypertensive mais, contrairement à ce qui est affirmé, il n’a aucune action cardio-protectrice.

• L’amoxycilline associée à l’acide clavulanique pour obtenir un «pouvoir destructeur accru» est décrite comme agissant contre la «Pneumonie acquise dans le contexte communautaire». Or, l’acide clavulanique n’a en soi aucune action bactéricide. Et aucune explication n’est donnée sur l’expression «Pneumonie acquise dans le contexte communautaire».

• Une préparation de vitamine E est déclarée avoir une «action prophylactique importante contre le photo-vieillissement», constituer une «approche scientifique pour traiter les crampes musculaires» et être un «antiathérosclérotique efficace». Mais en réalité, la vitamine E n’a pas d’action spécifique sur les crampes musculaires et son rôle sur l’athérosclérose et sur les maladies de peau comme le photo-vieillissement n’est pas démontré. La cétonurie et la mauvaise cicatrisation des blessures sont signalées comme des effets indésirables de la vitamine E.

Nous avons quelques exemples de publicités pharmaceutiques contraires à l’éthique, mensongères et trompeuses. Nous avons transmis cette information au Comité central d’éthique, créé pour combattre la promotion de médicaments contraire à l’éthique, afin qu’il prenne les mesures appropriées.

Le Comité central d’éthique a été constitué pour recueillir les informations sur les pratiques publicitaires des laboratoires pharmaceutiques contraires aux règles d’éthique. Un comité d’experts, agissant à l’échelon central à New Delhi, examine les plaintes et toute autre information communiquées par les professionnels et le public. Les informations sont transmises aux autorités de contrôle pharmaceutique des différents Etats qui engagent des poursuites dans le cadre de la loi sur les médicaments et les remèdes relevant de la magie, d’une part et de la loi sur les médicaments et les cosmétiques d’autre part. Ces lois donnent tout pouvoir aux autorités de contrôle pharmaceutique pour mener des actions en justice contre les publicités mensongères.

Actuellement, des comités régionaux ont été créés à Chandigarh, Mumbai, New Delhi et Chennai et d’autres seront constitués dans d’autres Etats. Le comité central d’Etat et les comités régionaux coordonneront leurs activités et dispenseront des avis de professionnels et d’experts sur les questions de promotions pharmaceutiques contraires à l’éthique.

Encadré 2

Activités du comité d’éthique

• Recueille et étudie systématiquement les supports promotionnels diffusés par les laboratoires pharmaceutiques aux membres du corps médical.

• Rassemble et publie les informations sur les divergences relevées dans les supports publicitaires et les pratiques contraires à l’éthique; diffuse cette information aux professionnels de santé et à toute autre partie intéressée.

• Soumet un rapport à la Food and Drug Administration (Administration pour l’alimentation et les produits pharmaceutiques) et demande la mise en place de mesures correctives.

• Implique toutes les écoles de médecine et les associations de professionnels en leur faisant prendre conscience de l’ampleur et de la nature contraire à l’éthique de la promotion. Cette action peut se faire par les bulletins d’information, les magazines destinés aux étudiants et les revues professionnelles, par l’intermédiaire des étudiants, des universitaires et d’autres professionnels bien au courant du problème grâce à leur participation aux programmes de formation médicale continue.

• Coordonne ses actions à celles des organisations et des autres comités d’éthique des Etats pour lancer une campagne nationale de lutte contre les pratiques publicitaires contraires à l’éthique.

Médecins et laboratoires pharmaceutiques: analyse d’une relation complexe

L’INTERACTION entre l’industrie pharmaceutique et la profession médicale a toujours fait l’objet de débats. Les controverses portent sur les sommes d’argent considérables dépensées par les laboratoires pharmaceutiques pour promouvoir leurs produits auprès des médecins, souvent par le biais de cadeaux, de repas ou de voyages offerts, ou par le parrainage de symposium. Selon les conclusions de l’étude, le problème doit être traité au niveau politique et au cours des formations médicales.

L’étude a été lancée pour identifier la portée des relations entre les médecins et l’industrie pharmaceutique et ses délégués et étudier son incidence sur les connaissances, les attitudes et le comportement des médecins. Dans ce but, on a recherché sur la Medline les articles en langue anglaise publiés entre 1994 et janvier 2000 pour examiner les listes de références indiquées dans ces articles. De plus, une recherche a été menée dans une base de données sur Internet et 5 personnes du panel de sondage ont été interrogées. Vingt-neuf articles publiés dans des revues après soumission à un comité de lecture ont été intégrés à l’étude. Sur ce total, 16 traitent de l’étendue de l’interaction médecins industrie, 16 identifient l’attitude du médecin à l’égard de cette interaction et 16 évaluent l’incidence de cette interaction sur le généraliste. Nous avons considéré que la meilleure méthode était celle s’appuyant sur un principe analytique (utilisation d’un groupe de comparaison) appliquée dans certains articles.

Incidences sur les habitudes de prescription

Les recherches ont montré que les relations entre médecins et visiteurs médicaux étaient généralement admises, commençaient lors des études de médecine et se poursuivaient à raison de quatre visites par mois environ. On a établi un lien entre les visites des délégués des laboratoires et les demandes de médecins d’ajouter les médicaments en question au formulaire de l’hôpital ou les modifications constatées dans les modes de prescription. Dans les sessions de formation médicale continue parrainées par un laboratoire pharmaceutique, le (ou les) médicament(s) de ce laboratoire est mis en avant, contrairement à d’autres programmes de formation continue. On a également établi un lien entre la participation à des séminaires médicaux parrainés par un laboratoire ou l’acceptation du voyage ou de l’hébergement gratuit pour assister à un congrès et l’augmentation des prescriptions en faveur des produits du laboratoire concerné. La participation à des présentations faites par des visiteurs médicaux est également suivie de prescriptions non rationnelles.

Les auteurs de l’étude concluent que la relation médecin industrie, telle qu’elle existe actuellement, a une incidence sur les modes de prescription et sur les pratiques déontologiques. Ils en appellent aux législateurs et aux éducateurs pour que ce problème complexe soit traité et que les questions d’éthique soient soulevées.

Bibliographie

1. Wazana A. Physicians and the pharmaceutical industry. Is a gift ever just a gift? Journal of the American Medical Association 2000;283:373 - 380.

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Última actualización: le 3 mayo 2013