L'utilisation rationnelle des médicaments est une autre notion essentielle pour l'efficacité des programmes de traitements liés au VIH/SIDA. Il s'agit de trouver les moyens de faire le meilleur usage possible des médicaments, en les prescrivant intelligemment et en tenant compte de toutes les informations dont on dispose concernant:
• les problèmes de santé à résoudre;
• les installations disponibles;
• les personnes qui ont besoin d'un traitement;
• les médicaments qui sont disponibles et accessibles;
• la situation économique et sociale de ces personnes; et
• leurs croyances et pratiques en rapport avec les médicaments et les traitements.
L'utilisation rationnelle des médicaments sera facilitée si vous répondez à des questions telles que:
• Le médicament est-il réellement nécessaire?
• Ce médicament est-il celui qu'il faut pour cette affection?
• Le médicament est-il utilisé conformément aux directives standard en matière de traitement?
• Le médicament est-il approprié à la personne - par exemple, un enfant ou une femme enceinte?
• La dose, la fréquence et la durée du traitement sont-ils corrects?
• D'autres médicaments sont-ils administrés qui pourraient entraver l'utilisation de celui-ci?
• Quelle est la probabilité que ces médicaments soient disponibles?
• Le médicament est-il coûteux? Pouvez-vous vous le permettre?
• Quelle est l'efficacité du médicament pour cette maladie?
Un usage peu rationnel des médicaments (ils ne sont pas dispensés intelligemment) se produit lorsque:
• le médicament utilisé n'est pas efficace contre cette affection;
• les conseils donnés au malade qui va prendre le médicament sont faux ou insuffisants;
• une dose trop forte ou trop faible du médicament est utilisée;
• le médicament est prescrit pour une période trop longue;
• le médicament est prescrit pour une période trop courte; et
• trop de médicaments sont prescrits en même temps, ayant des effets analogues ou antagonistes ou provoquant un risque accru d'effets secondaires.
Parmi les moyens d'encourager l'utilisation rationnelle des médicaments, on peut noter:
• une information appropriée et indépendante;
• la formation des agents de santé;
• un approvisionnement régulier en médicaments; et
• une bonne compréhension des idées et croyances concernant les médicaments.
Une information appropriée et indépendante. Une information impartiale et accessible sur les médicaments encourage l'utilisation rationnelle des médicaments. Cette information devrait être rédigée par des personnes qui n'ont aucun intérêt financier dans les médicaments et dans un langage que la population comprend. Les budgets destinés aux activités sur les traitements devraient toujours comprendre un certain montant permettant d'acquérir des ouvrages de référence et des informations d'actualité sur les médicaments, y compris les directives officielles en matière de traitement et les LME. Des informations trop anciennes sur les médicaments peuvent être dangereuses car elles ne comprendront pas les actualisations récentes concernant la sécurité des médicaments ou les nouveaux médicaments.
Formation des agents de santé. En plus de posséder de bonnes informations, les agents de santé doivent être formés à dispenser des traitements efficaces. Tous les agents de santé doivent maintenir à jour leurs connaissances concernant les nouveaux médicaments, les nouvelles maladies et les nouveaux moyens de traiter toutes sortes de problèmes de santé. La planification des activités dans le domaine des traitements liés au VIH/SIDA devra toujours comprendre la formation nécessaire pour maintenir les gens à niveau et rafraîchir leurs connaissances sur les bonnes pratiques et le rôle des médicaments dans le traitement. Une ONG/OC doit faire en sorte que ses sources d'information soient actualisées et que du temps et des fonds soient disponibles pour que le personnel ait accès aux mises à jour.
Approvisionnement régulier en médicaments. L'utilisation rationnelle des médicaments ne sera possible que si les médicaments nécessaires sont en permanence disponibles et accessibles. Sinon, il est difficile d'encourager une prescription rationnelle et l'application de la liste des médicaments essentiels. Les gens se tourneront vers d'autres sources d'approvisionnement auprès de médecins ou de pharmaciens privés et ne bénéficieront pas toujours du soutien ininterrompu dont ils ont besoin pour leur traitement. Par exemple, un grand nombre de pays connaissent des interruptions dans leur approvisionnement en médicaments antituberculeux, ce qui affaiblit les traitements et la prévention de la tuberculose et encourage l'apparition de pharmacorésistance. Cela décourage en outre les patients et les agents de santé et constitue un gaspillage d'argent et de médicaments. Dans ces cas, le traitement pourrait bien échouer et des médicaments de substitution très coûteux seront nécessaires pour surmonter la résistance des microbes.
Compréhension des idées et des croyances concernant les médicaments. Ce que croient les individus concernant les médicaments qu'ils absorbent est un élément très important d'un traitement. Si les patients pensent que le médicament ne 'marchera' pas, il est peu probable qu'ils commencent à le prendre ou l'utilisent correctement. Il est essentiel de découvrir ce que les gens savent et pensent des médicaments - par exemple par des discussions avec des groupes communautaires. Vous devrez peut-être changer la manière dont les médicaments sont prescrits ou fournir aux membres de la communauté les moyens d'améliorer leurs connaissances concernant les médicaments et la manière dont ils sont utilisés.
Activité participative
But
Sensibiliser à l'utilisation rationnelle des médicaments pour le traitement du VIH/SIDA.
Instructions
1. Expliquer le but de l'activité.
2. Lire aux participants l'étude de cas suivante:
Une femme présente depuis deux jours une faible diarrhée avec des selles liquides mais sans sang ni mucosités. Elle va voir un agent de santé qui prescrit le traitement suivant: cotrimoxazole, deux comprimés, deux fois par jour, pendant cinq jours; tétracycline, 250mg, une capsule par jour, pendant trois jours; injection de vitamine B.
3. Demander aux participants d'expliquer pourquoi cette prescription n'est pas un exemple d'utilisation rationnelle des médicaments. Encourager les participants à se poser d'autres questions et à faire des observations.
4. Demander aux participants de présenter une prescription plus rationnelle pour traiter ce problème de santé. Corriger les suggestions incorrectes.
5. Animer une discussion de groupe sur les leçons tirées de cette activité, sur la base de questions telles que:
• Quelles pourraient être les conséquences si les médicaments sont mal prescrits
• Qui doit posséder au moins une connaissance de base de l'utilisation rationnelle des médicaments? Pourquoi?
Notes à l'intention des animateurs
• L'animateur de cette activité devra être une personne qui connaît très bien l'utilisation rationnelle des médicaments et est sûre des informations dont elle dispose concernant l'étude de cas présentée. Cela contribuera à donner aux participants une information claire et correcte. (L'exemple ci-dessous donne la prescription rationnelle pour ce problème.)
• Le but de cette activité est de faire mieux comprendre l'utilisation rationnelle des médicaments et non de fournir des connaissances médicales. Par conséquent, faire en sorte que l'activité ne devienne pas trop technique ou intimidante pour les participants qui ne possèdent pas de connaissances détaillées sur les médicaments ou les traitements.
Exemple
Au cours d'un atelier d'acquisition de compétences, les participants des ONG/OC ont examiné le cas suivant:
Une femme présente depuis deux jours une faible diarrhée avec des selles liquides mais sans sang ni mucosités. Elle va voir un agent de santé qui prescrit le traitement suivant: cotrimoxazole, deux comprimés, deux fois par jour, pendant cinq jours; tétracycline, 250mg, une capsule par jour, pendant trois jours; injection de vitamine B.
Ils ont ensuite expliqué pourquoi cette prescription est un exemple de mauvaise utilisation des médicaments:
• Le traitement le plus important de la diarrhée a été oublié - boire beaucoup de liquide et utiliser une solution de réhydratation orale pour éviter la déshydratation.
• La patiente n'a qu'une faible diarrhée, sans sang ni mucus, elle n'a donc probablement pas besoin d'un antibiotique. Elle n'a en tous les cas pas besoin de deux antibiotiques différents (cotrimoxazole et tétracycline).
• La prescription ne spécifie pas la concentration des comprimés à utiliser. Si un antibiotique était nécessaire, le cotrimoxazole serait approprié à la bonne dose, sauf si la femme en prend déjà pour la prévention à long terme des infections opportunistes liées au VIH/SIDA.
• La tétracycline peut être utilisée contre la diarrhée, mais n'est généralement pas le médicament de première intention. La doxycycline est plus utile. En outre, la dose habituelle de tétracycline chez l'adulte est de 250-500mg trois à quatre fois par jour, pendant au moins cinq jours. Il est peu probable qu'un traitement d'un comprimé à 250mg par jour pendant trois jours soit efficace et il pourrait entraîner l'apparition d'une résistance aux médicaments chez cette femme.
• Une injection de vitamine B n'est pas nécessaire. Les injections peuvent être dangereuses, en particulier si des aiguilles non stériles sont utilisées. Les injections de vitamine B ne devraient être administrées que si l'on observe des symptômes précis de carence vitaminique.
Les participants ont relevé le fait qu'une prescription rationnelle devrait fournir à la femme un conseil approprié (fondé sur les détails qu'elle aura fournis concernant le problème). La prescription devra aider cette femme à améliorer sa situation, plutôt qu'à gaspiller du temps et de l'argent pour des médicaments inutiles. Ces conseils seraient les suivants:
• une diarrhée légère cesse généralement en quelques jours sans médicaments;
• il convient de boire beaucoup de liquides et de solution de réhydratation orale;
• donner des instructions sur la manière de préparer et d'utiliser la solution de réhydratation orale;
• comment prévenir la diarrhée grâce à une meilleure hygiène et à une eau plus propre; et
• recommander de revenir dans deux jours si la diarrhée n'a pas cessé.
L'animateur a ensuite conduit une discussion sur les expériences tirées de cette activité. Par exemple, les participants ont convenu qu'une utilisation rationnelle des médicaments est essentielle à la fois pour la bonne santé des patients et pour la réputation et les ressources de l'ONG/OC.
Référence: Adapté d'un atelier sur l'accès aux traitements liés au VIH, Alliance indienne contre le VIH/SIDA et Alliance internationale contre le VIH/SIDA, Inde, février 2001.