Il est indispensable d’améliorer l’usage des médicaments par les agents de santé et le grand public tant pour réduire la morbidité et la mortalité dues aux maladies transmissibles et non transmissibles que pour endiguer les dépenses pharmaceutiques.
Il est souhaitable que l’usage thérapeutiquement sûr et économiquement efficace des médicaments par les professionnels de santé et les usagers soit assuré à tous les niveaux du système de santé et dans les secteurs public et privé. Un bon programme pour l’usage rationnel des médicaments dans un pays comporte trois éléments:
• Usage rationnel des médicaments: stratégie et surveillance - encourager l’usage rationnel des médicaments, reconnaître et promouvoir les stratégies couronnées de succès, et assurer une promotion responsable des médicaments.
• Usage rationnel des médicaments par les professionnels de santé - collaborer avec les pays pour élaborer et actualiser leurs directives thérapeutiques, leurs listes et formulaires nationaux de médicaments essentiels, et soutenir des programmes de formation à l’usage rationnel des médicaments.
• Usage rationnel par les usagers - appuyer la création de systèmes efficaces d’information pharmaceutique et donner aux usagers les moyens de prendre des décisions responsables en matière de soins.
L’OMS aide les gouvernements et les organisations à mener à bien chacun de ces trois éléments.
«...l’usage rationnel des médicaments n’est possible que si les malades reçoivent des médicaments adaptés à leurs besoins cliniques, à des doses qui répondent à leurs propres exigences, pour un laps de temps adéquat et d’un prix aussi bas que possible pour eux-mêmes et pour leur communauté.»
Conférence d’experts sur l’usage rationnel des médicaments, Nairobi, 1985.63
Composante 10: Usage rationnel des médicaments: stratégie et surveillance
Aider les pays à appliquer et surveiller une stratégie nationale destinée à promouvoir l’usage rationnel des médicaments par les professionnels de santé et les usagers
Cette composante contient tous les éléments nécessaires pour concevoir et surveiller un programme complet réussi destiné à promouvoir l’usage rationnel des médicaments: sensibilisation au concept de l’usage rationnel des médicaments, instruments de mesure pour surveiller la situation, et reconnaissance des stratégies d’intervention couronnées de succès. Elle inclut également des activités concernant aussi bien les agents de santé que le public: promotion pharmaceutique responsable, fourniture de données sur l’usage des médicaments traditionnels, et efforts déployés pour endiguer la résistance aux antimicrobiens. Les Composantes 11 et 12 décrivent en détail les activités spécifiquement axées sur les agents de santé et les usagers.
Progrès accomplis
Depuis la Conférence de Nairobi de 1985 sur l’usage rationnel des médicaments, le concept d’usage rationnel a été largement diffusé par l’OMS et il est maintenant intégré dans toutes les politiques pharmaceutiques et tous les programmes de médicaments essentiels. Des indicateurs normalisés pour l’examen de l’usage des médicaments dans les établissements de santé ont été mis au point par l’OMS et ils constituent maintenant la norme mondiale. Des méthodes qualitatives et quantitatives pour mesurer l’usage des médicaments dans les communautés ont aussi été élaborées et elles sont largement utilisées.
Plus de 500 professionnels de santé, principalement dans des pays en développement, ont été formés au moyen d’un cours international sur la promotion de l’usage rationnel organisé une fois par an en Asie et une fois par an en Afrique. Les matériels utilisés dans le cadre du cours ont été actualisés récemment et ils sont maintenant disponibles sur l’Internet et sur CD-ROM.
Un important travail a aussi été fait sur des interventions destinées à promouvoir l’usage rationnel. La première Conférence internationale mondiale sur l’amélioration de l’usage des médicaments, qui s’est tenue en 1997 en Thaïlande, a examiné toutes les données factuelles disponibles sur l’impact des interventions destinées à promouvoir l’usage rationnel des médicaments dans les pays en développement. Il en est résulté un programme de recherche mondial et un programme de recherche interorganisations destiné à trouver de nouvelles interventions potentielles pour l’Asie, l’Afrique et les Amériques.

Figure 20: La résistance aux antibiotiques est très variable: entre les pays et à l’intérieur des pays, selon la période et le rythme de l’évolution
* Données pour 1993 non disponibles.
D’après: GASP, 1997.66
Défis
Malgré tous les efforts déployés, cependant, la prescription, la vente et la consommation irrationnelles des médicaments demeurent très répandues, spécialement dans le secteur privé. Cet usage irrationnel, qui est dangereux pour la santé, peut aussi être une cause majeure d’appauvrissement pour les populations démunies. C’est un problème particulièrement grave dans les pays en développement où de 50 à 90% des achats de médicaments concernent le secteur privé.5
La promotion des médicaments - efficacement surveillée dans seulement 52 des 102 pays pour lesquels les données pertinentes sont disponibles - est également très préoccupante. Les représentants médicaux des laboratoires pharmaceutiques sont trop souvent la principale source d’informations pharmaceutiques pour les prescripteurs.64 L’éducation continue sur les bonnes pratiques de prescription fait défaut dans de nombreux pays et, lorsqu’elle est disponible, elle est trop souvent dominée par des messages promotionnels émanant de laboratoires pharmaceutiques et non de sources indépendantes. La plupart des prescripteurs n’ont pas appris à faire une évaluation critique de ces informations.50 Le flou croissant qui entoure la frontière entre informations commerciales et indépendantes ne facilite pas la situation.
La médecine traditionnelle est un autre domaine où l’usage rationnel a encore beaucoup de progrès à faire. Cela tient en partie au fait que l’efficacité clinique des remèdes traditionnels n’est pas encore prouvée. Les personnes qui font usage de remèdes traditionnels risquent donc de gaspiller leur argent, voire de mettre leur santé en danger.
L’usage irrationnel a des conséquences particulièrement graves lorsqu’il s’agit des antibiotiques. L’usage sans discernement des antibiotiques contribue à l’accroissement mondial de la résistance aux antimicrobiens qui est maintenant observée chez les agents pathogènes les plus courants. La résistance à la chloroquine, par exemple, a été signalée par 81 pays et jusqu’à 98% des gonocoques Neisseria gonorrhoea sont résistants à la pénicilline.65 Le coût de la résistance aux antimicrobiens est très élevé. Le traitement de deuxième intention de la méningite ou du paludisme résistant peut coûter de 50 à 90 fois plus que les médicaments initiaux et une année de traitement de la tuberculose polychimiorésistante coûte US$ 8000- 12000, contre US$ 40 environ pour le traitement de première intention. Il est indispensable d’endiguer la résistance aux antimicrobiens pour que les médicaments restent financièrement accessibles et que les maladies courantes puissent être soignées.
| Indicateur de progrès des pays
| Situation 1999
| Cible pour 2003
|
| | Nombre/Nombre de déclarations
| %
| |
| Pays dotés d’un système de base(législation comprise) pour la réglementation de la promotion des produits pharmaceutiques
| (58/142)
| 41%
| 50%
|
| Pays possédant un centre national d’information sur les médicaments en mesure de fournir des données pharmaceutiques indépendantes aux prescripteurs et/ou aux personnes qui délivrent les médicaments
| (57/136)
| 42%
| 50%
|
Résultats escomptés pour 2000-2003
10.1: Sensibilisation à l’usage rationnel des médicaments à l’intention des spécialistes nationaux, des responsables gouvernementaux et des organisations internationales, l’accent portant sur la nécessité thérapeutique et économique de l’usage rationnel des médicaments.
√ L’OMS élaborera des directives sur la mise au point d’un programme national destiné à promouvoir l’usage rationnel des médicaments, elle continuera d’organiser les cours de formation annuels du Réseau international/OMS pour l’usage rationnel des médicaments (en anglais) en Afrique et en Asie, et elle commencera à donner ces cours en français et en espagnol en Afrique et en Amérique latine.
10.2: Reconnaissance et promotion des stratégies pour l’usage rationnel des médicaments qui ont été couronnées de succès après les recherches opérationnelles faites pour recenser les interventions économiquement efficaces destinées à promouvoir l’usage thérapeutiquement sûr et économiquement efficace des médicaments par les professionnels de santé et les usagers, et débouchant sur la production de directives mondiales et de manuels de formation visant à promouvoir leur application.
√ L’OMS appuiera le programme de recherche mondial défini lors de la Conférence internationale de 1997 sur l’amélioration de l’usage des médicaments mais elle privilégiera en particulier l’expansion des activités en Amérique latine. Les thèmes de recherche prioritaires comprendront l’usage rationnel des médicaments antipaludiques et des antibiotiques et l’usage des médicaments en milieu hospitalier et dans le secteur privé.
10.3: La promotion responsable des médicaments encouragée par des activités de sensibilisation, la promotion du respect des critères éthiques de l’OMS pour la promotion des médicaments et des mesures destinées à soutenir l’élaboration de directives nationales pour la promotion des médicaments, et des mesures nationales destinées à prévenir et surveiller les incitations illicites visant les prescripteurs et les personnes qui délivrent les médicaments.
√ L’OMS élaborera des instruments normalisés pour mesurer les niveaux des activités de promotion des médicaments, elle continuera d’étendre la base de données mondiale sur l’impact des pratiques promotionnelles et elle mettra au point des matériels pour les étudiants, les agents de santé et les usagers sur la façon de lire et d’interpréter les matériels promotionnels. Des efforts particuliers seront déployés pour donner aux ONG la capacité de surveiller l’impact de la promotion des médicaments.
10.4: Appui informationnel sur l’usage des remèdes traditionnels avec l’OMS servant de «centrale d’information».
√ L’OMS créera sa propre base de données sur les remèdes traditionnels et un site web OMS sur la médecine traditionnelle. Elle procédera également à une analyse collective des enquêtes nationales sur l’usage des remèdes traditionnels.
10.5: Endiguement de la résistance aux antimicrobiens grâce à une meilleure utilisation des données issues de la surveillance de la résistance et en veillant à ce que les gouvernements, les organismes professionnels, l’industrie, les usagers et les autres parties prenantes prennent en temps voulu les mesures appropriées.
√ L’OMS élaborera une stratégie mondiale pour faire échec à la résistance aux antimicrobiens. Des instruments de mesure normalisés et des directives pratiques visant à endiguer la résistance aux antimicrobiens seront élaborés pour les hôpitaux et pour les gouvernements nationaux, ainsi que des matériels de formation à l’intention des futurs pharmaciens et médecins sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens.
Composante 11: Usage rationnel des médicaments par les professionnels de santé
Elaborer des directives thérapeutiques nationales types, des listes de médicaments essentiels, des programmes d’enseignement et d’autres mécanismes efficaces pour promouvoir l’usage rationnel des médicaments par les professionnels de santé.
Progrès accomplis
Les abondantes recherches effectuées ont montré que les directives thérapeutiques normalisées et les listes et formulaires de médicaments essentiels favorisent la prescription rationnelle des médicaments par les prescripteurs.67, 68 La mise au point de chacun de ces instruments a fait des progrès considérables. A la fin de 1999, 156 pays disposaient d’une liste de médicaments essentiels, 127 d’entre elles étant nouvelles ou ayant été actualisées dans les cinq années précédentes, et 94 étant divisées par niveau de soins. Cent trente cinq pays ont en outre élaboré des directives thérapeutiques nationales, dont 112 ont été actualisées au cours de ces cinq dernières années. Il existe maintenant plus de 100 formulaires nationaux et, à la fin de 1999, 88 pays répartis dans les six régions de l’OMS avaient intégré le concept des médicaments essentiels dans les programmes d’études des futurs médecins et pharmaciens. La Liste modèle des médicaments essentiels de l’OMS, et les cours régionaux et internationaux sur l’usage rationnel des médicaments représentent une part importante de l’action de l’OMS destinée à améliorer l’utilisation des médicaments par les professionnels de santé.
La Liste modèle des médicaments essentiels de l’OMS est généralement actualisée tous les deux ans par le Comité OMS d’experts sur l’utilisation des médicaments essentiels. La 11e Liste modèle - qui décrit un peu plus de 300 médicaments - a été révisée en novembre 1999 et publiée en décembre 1999.69 La formation aide à mettre en pratique les principes sur lesquels la liste repose. Des cours internationaux sur l’enseignement de la pharmacothérapie axés sur la solution des problèmes sont donnés chaque année à des professeurs d’université en Europe, en Afrique et en Amérique latine. Deux essais contrôlés randomisés associant plus de dix centres de pays industrialisés et de pays en développement ont montré que les méthodes d’enseignement inculquaient des compétences durables en matière de prescription rationnelle.70

Figure 21: Le concept des médicaments essentiels s’étend au monde entier - 156 pays possèdent une liste nationale de médicaments essentiels
Le Guide des bonnes pratiques de prescription de l’OMS est un autre outil qui s’est avéré très précieux. Traduit dans 18 langues et désormais accessible sur au moins six sites web différents, il reste l’une des publications de l’OMS les plus demandées. Initialement destiné aux étudiants en médecine sur le point d’aborder la partie clinique de leurs études, il donne des conseils sur la façon de suivre pas à pas le processus de la prescription rationnelle des médicaments.70
Les Monographies de l’OMS sur certaines plantes médicinales contribuent aussi beaucoup à promouvoir l’usage rationnel des médicaments, mais dans le domaine de la médecine traditionnelle. Le volume 1 a été publié en 1999 pour aider les Etats Membres à utiliser convenablement les plantes médicinales, pour leur fournir un modèle pour la mise au point de leurs propres monographies, et pour faciliter l’échange d’informations. Un deuxième volume a été achevé la même année. Les Monographies ont été recommandées récemment par la Commission européenne comme une référence faisant autorité.
Défis
Malgré la quantité croissante des connaissances sur les interventions en faveur de l’usage rationnel, de nombreuses études témoignent de la prescription irrationnelle étendue qui perdure, y compris l’usage inconsidéré des antibiotiques dans les soins de santé primaires. Une étude, par exemple, a révélé que de 25 à 75% des prescriptions d’antibiotiques dans les hôpitaux universitaires d’un grand nombre de pays industrialisés et en développement étaient inappropriées, qu’il s’agisse de l’indication, du choix, de la posologie ou de la durée, voire de plusieurs de ces aspects.14
Très demandées et répandues dans les pays industrialisés, les injections témoignent aussi de l’usage irrationnel des médicaments. Une étude a montré qu’à deux ans, les enfants de certains pays avaient reçu en moyenne 20 injections.71 Les injections de vaccins représentaient au plus 5%, 95% ayant été administrées à des fins curatives, inutilement pour la plupart. Plus de 50% de toutes les injections administrées étaient en outre dangereuses, s’accompagnant d’un risque accru de transmission sanguine d’agents pathogènes tels que les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C, et le VIH.72
La principale difficulté concernant l’usage rationnel des médicaments par les prescripteurs tient au fait que le savoir seul ne suffit pas à faire changer les comportements et que les solutions requises sont complexes et incluent de multiples aspects. Les programmes de formation doivent donc être assortis d’autres moyens tels que les suivants: encadrement, audit médical, mesures de réglementation, incitations financières et éducation du public. Il y a par exemple conflit d’intérêt lorsque les prescripteurs des médicaments sont aussi les vendeurs (et donc enclins à surprescrire). Un cours de formation ne suffira pas pour résoudre ce problème dans la mesure où il est peut-être dû en grande partie aux incitations financières.

Figure 22: De 27 à 63% des malades sont soignés aux antibiotiques dans les centres de soins de santé primaires - deux fois peut-être le nombre cliniquement justifié
D’après: Hogerzeil et al., 1993.17
Nombre de médicaments nouveaux et de médicaments de deuxième intention coûtent très cher et sont donc hors de portée de nombreux gouvernements et usagers. Cela ajoute une dimension économique à l’élaboration des directives thérapeutiques et au choix des médicaments essentiels. Les administrateurs des soins de santé ont des décisions difficiles à prendre concernant le traitement recommandé pour la tuberculose et le paludisme polychimiorésistants, pour le VIH/SIDA et pour d’autres maladies infectieuses pour que tous ceux qui en ont besoin puissent disposer d’un traitement.
Les comités pharmaceutiques et thérapeutiques des pays industrialisés ont réussi à promouvoir la prescription rationnelle.73 Selon des études en cours, cependant, ces comités auraient plus de difficulté à fonctionner dans les pays en développement. Les études de médecine et de pharmacie, dans la plupart des pays en développement, restent très classiques, privilégiant la connaissance des médicaments au détriment de la santé publique, des compétences en matière de prescription, de la gestion pharmaceutique et des soins aux malades.
Pour les remèdes traditionnels, le principal problème concernant l’usage rationnel tient au fait que rares sont les espèces qui fournissent des plantes médicinales dont l’éventuelle application médicale a fait l’objet d’une évaluation scientifique. Plus rares encore sont les plantes dont l’innocuité et l’efficacité sont attestées.
| Indicateur de progrès des pays
| Situation 1999
| Cible pour 2003
|
| | Nombre/Nombre de déclarations
| %
| |
| Pays possédant des directives thérapeutiques actualisées depuis moins de 5 ans
| (55/86)
| 64%
| 70%
|
| Pays possédant une liste de médicaments essentiels actualisée depuis moins de 5 ans
| (127/175)
| 73%
| 75%
|
| Pays où le concept des médicaments essentiels est inclus dans le programme de base des études de médecine
| (88/100)
| 88%
| 90%
|
Résultats escomptés pour 2000-2003
11.1: L’élaboration de directives thérapeutiques types et de liste de médicaments essentielles nationales bénéficiera d’un soutien, de même que la mise au point de données modèles relatives à la prescription, d’un formulaire modèle et d’une liste modèle de médicaments essentiels. Des conseils mondiaux sur la façon d’élaborer ces matériels au niveau des pays ou des établissements seront en outre fournis.
√ L’OMS élaborera une base de données contenant toutes les directives thérapeutiques types de l’OMS, elle examinera le processus d’établissement de la Liste modèle OMS des médicaments essentiels, elle élaborera un Formulaire modèle de l’OMS, et elle organisera un cours annuel sur l’analyse pharmacoéconomique destiné à soutenir le processus de sélection des médicaments.
11.2: Appui aux programmes de formation en cours d’emploi fondés sur les problèmes et basés sur les compétences qui intègrent le concept des médicaments essentiels, des objectifs d’apprentissage et des méthodes d’apprentissage fondées sur la solution des problèmes.
√ L’OMS continuera d’assurer les cours internationaux annuels sur la pharmacothérapie fondée sur la solution des problèmes en les étendant aux pays francophones d’Afrique; elle mettra une dernière main au Guide de l’enseignant sur les bonnes pratiques de prescription et elle mettra au point un Guide des bonnes pratiques en matière de soins pharmaceutiques pour encourager la réforme des programmes d’études de pharmacie dans les pays en développement et les pays en transition.
11.3: Comités pharmaceutiques et thérapeutiques mis en place et opérationnels au niveau des hôpitaux et des soins de santé primaires, et mesures prises pour renforcer le rôle du pharmacien dans l’équipe soignante.
√ L’OMS entreprendra des recherches opérationnelles et des projets pilotes sur le meilleur moyen de promouvoir les comités pharmaceutiques et thérapeutiques afin d’élaborer et de tester des directives pratiques pour la mise en place de tels comités dans les pays en développement.
11.4: Développement des directives et des normes techniques internationales sur la médecine traditionnelle, en particulier pour les plantes médicinales et l’acupuncture.
√ L’OMS publiera le troisième volume des Monographies OMS sur certaines plantes médicinales, des directives OMS sur la méthodologie de la recherche sur les remèdes traditionnels et leur évaluation, et un examen de la pratique clinique de l’acupuncture.
Composante 12: Usage rationnel des médicaments par les usagers
Etablir des systèmes efficaces d’information sur les médicaments qui fournissent des informations pharmaceutiques indépendantes et objectives - y compris sur les remèdes traditionnels - au grand public et qui améliorent l’usage des médicaments par les usagers
Progrès accomplis
Un examen complet par l’OMS de l’éducation du public sur les médicaments a donné un aperçu utile des stratégies utilisées, de leurs points forts et de leurs faiblesses.74 Ses résultats - largement diffusés en anglais, en français, en espagnol et en russe - ont montré comment différents protagonistes pourraient contribuer à accroître l’efficacité des méthodes d’éducation du public.
Le guide de l’OMS pour l’étude de l’usage des médicaments dans la communauté a en outre permis de recueillir une somme accrue de données sur les connaissances, les attitudes et les pratiques des usagers concernant l’usage des médicaments qui sont actuellement mises à profit pour renforcer les futurs programmes d’éducation du public.75 Une édition actualisée, fondée sur l’expérience des usagers, a fourni la méthodologie de recherche de base pour un nouveau cours OMS sur la promotion de l’usage rationnel des médicaments dans la communauté.
Parallèlement, les sources indépendantes d’informations sur les médicaments ont continué à bénéficier d’un soutien. Elles fournissent aux usagers et à d’autres personnes les informations complètes indispensables sur les médicaments disponibles dans leur pays. Des réseaux tels que la Société internationale des bulletins pharmaceutiques, à laquelle l’OMS participe, permettent de partager avec les pays en développement des données sur l’utilisation des bulletins pharmaceutiques indépendants.
Les centres d’information pharmaceutique - de mieux en mieux établis dans les pays industrialisés - sont une autre source importante d’informations pharmaceutiques indépendantes. Ils commencent à se multiplier dans les pays en développement, souvent avec l’appui de l’OMS. Certains sont aussi des centres collaborateurs de l’OMS. Un réseau mondial de centres, rattachés électroniquement les uns aux autres, facilite l’échange d’informations et d’expériences.
Défis
Il est au moins aussi important d’améliorer l’usage des médicaments par les usagers que d’améliorer les pratiques des prestataires de soins de santé. Les professionnels de santé ont une influence majeure sur l’usage général des médicaments dans un pays. Dans le monde entier, c’est cependant l’usager qui décide finalement de solliciter ou non des soins, de se procurer ou non les médicaments, en quelle quantité, quand, et de leur provenance. Ces décisions sont influencées par les connaissances, la culture, la promotion des médicaments et les moyens financiers individuels. Ces facteurs agissent plus fortement encore dans les communautés où les médicaments modernes ne sont pas distribués principalement par un agent de santé qualifié, mais par le vendeur local de médicaments (souvent improvisé). A Sri Lanka, par exemple, l’automédication a été reconnue comme la principale source de soins, même dans les cas de maladie aiguë (voir la Figure 23).
En même temps, les informations pharmaceutiques indépendantes et l’éducation du public sur l’usage des médicaments ont toujours été négligées et privées de soutien financier. Les ressources financières disponibles pour produire des informations commerciales à visée promotionnelle sur les médicaments sont nettement supérieures aux ressources disponibles pour la fourniture de données comparatives indépendantes et pour les évaluations qui permettraient d’effectuer les comparaissons nécessaires entre les traitements. Les interventions d’éducation communautaire importantes sont en outre compliquées et coûteuses. Elles sont problématiques car leurs résultats sont souvent lents et difficiles à mesurer. Elles peuvent donc être difficiles à financer et à maintenir durablement. Elles tendent aussi à être organisées par des ONG. Les ONG fonctionnant souvent au moyen de réseaux informels, l’évaluation objective des interventions et la publication des résultats sont malaisés à organiser.
Vu l’absence d’informations et d’avis indépendants sur les médicaments, les taux d’observance des traitements sont naturellement faibles dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Environ 50% des malades dans le monde ne prennent pas leurs médicaments correctement. Le problème tient en partie au fait que l’automédication de produits vendus «sur ordonnance» est répandue. Des études d’observation faites dans des pharmacies en Asie, par exemple, ont montré que la moitié environ des usagers n’achetaient qu’un ou deux comprimés à la fois et que 90% des usagers achetaient moins de 10 comprimés.15, 16 Cela était sans aucun doute lié en partie à la capacité financière des usagers mais la méconnaissance de ce qu’est un schéma thérapeutique approprié était probablement un autre facteur important.

Figure 23: A Sri Lanka, l’automédication est une source majeure de soins pour les affections aiguës, et elle s’assortit d’un risque élevé d’échec thérapeutique
D’après: Organisation mondiale de la Santé, 1997.32
De plus, les achats de médicaments dans les pays en développement étant surtout concentrés dans le secteur privé, où prescription et vente vont souvent de pair, la marge bénéficiaire des médicaments vendus aux usagers est souvent plus élevée, bien que ces médicaments ne soient ni plus ni moins efficaces que des médicaments meilleur marché. En même temps, la recherche du profit et la volonté de plaire aux clients peuvent conduire au surtraitement de troubles légers, à l’usage trop fréquent des injections et à l’abus de médicaments anti-infectieux. L’argent est gaspillé et le risque d’échec thérapeutique est accru.
En résumé, l’usager est trop souvent inconscient des problèmes potentiels liés à la prescription et au prix, à la qualité et à l’efficacité des produits pharmaceutiques. Il est absolument indispensable de donner aux usagers les moyens de prendre des décisions thérapeutiques responsables et d’améliorer la disponibilité d’informations pharmaceutiques indépendantes. Bien que ses ressources soient limitées, l’OMS s’efforcera de soutenir les systèmes qui fournissent des informations pharmaceutiques efficaces, comparatives et objectives.
| Indicateur de progrès des pays
| Situation 1999
| Cible pour 2003
|
| | Nombre/Nombre de déclarations
| %
| |
| Pays disposant d’un centre/service d’information sur les médicaments accessible aux usagers
| s.o.*
| s.o.
| s.o.
|
| Pays disposant d’un centre/service d’information sur les médicaments accessibles aux usagers
| s.o.*
| s.o.
| s.o.
|
* Les données seront recueillies en 2000.
Elle mobilisera aussi et formera des groupes de base qui dispenseront et évalueront une éducation communautaire durable sur l’usage rationnel des médicaments dans les pays en développement.
Résultats escomptés pour 2000-2003
12.1: Systèmes efficaces d’information sur les médicaments accessibles à tous les agents de santé et au grand public, grâce à la fourniture de matériels de formation et à des cours nationaux et régionaux, et au soutien technique apporté aux réseaux internationaux des centres d’informations pharmaceutiques.
√ L’OMS continuera de travailler avec la Société internationale des bulletins pharmaceutiques, y compris à l’élaboration de directives pratiques relatives à la création et la gestion d’un bulletin d’information pharmaceutique dans un pays en développement.
12.2: Education du public sur l’usage rationnel et développement de l’autonomie des usagers au moyen de recherches opérationnelles, et élaboration et fourniture de nouveaux matériels de formation et de cours.
√ L’OMS s’attachera à élaborer un cours international sur l’usage rationnel des médicaments dans les pays en développement, et à établir un réseau de groupes de base nationaux assurant l’éducation du public sur l’usage rationnel des médicaments. Les outils de recherche types servant à évaluer l’usage des médicaments dans les communautés seront actualisés.