Savoir si le secteur pharmaceutique privé contribue à une bonne disponibilité des médicaments essentiels implique d'étudier la répartition du réseau des officines et des dépôts sur le territoire marocain en se posant principalement deux questions: y-a-t-il eu amélioration de l'accessibilité géographique? qui en a bénéficié?
Le nombre des officines est en croissance très rapide avec de fortes disparités régionales.
Les officines sont concentrées dans les régions du Centre et du Nord-Ouest qui englobent à elles seules 64% du réseau en 1992 (65% en 1988). Le nombre de pharmacies à Rabat représente en 1992 47,8% de l'ensemble de sa région (50% en 1988), alors que le Grand Casablanca regroupe 71,3% des pharmacies de sa région en 1992 (contre 75,1% en 1988). Cette concentration s'explique tant par les caractéristiques socio-économiques de ces villes que par leur infrastructure générale et sanitaire aussi bien publique que privée.
Tableau 12: Pharmacies commerciales dans les grandes villes et nombre moyen d'habitants par pharmacie
| |
1988 |
1992 |
| |
Pharmacies |
Population (1 000) |
Habitants par pharmacie |
Pharmacies |
Population (1 000) |
Habitants par pharmacie |
| |
(1) |
(2) |
(2)/(1) |
(1) |
(2) |
(2)/(1) |
Rabat |
102 |
624 |
6 118 |
134 |
697 |
5 201 |
Casablanca |
402 |
2 622 |
6 522 |
501 |
2 948 |
5 884 |
Fès |
72 |
535 |
7 430 |
90 |
592 |
6 578 |
Marrakech |
73 |
504 |
6 904 |
91 |
543 |
5 967 |
Meknès |
42 |
365 |
8 690 |
67 |
390 |
5 821 |
Salé |
51 |
404 |
7 922 |
75 |
490 |
6 533 |
Tanger |
46 |
320 |
6 956 |
70 |
358 |
5 114 |
Oujda |
31 |
319 |
10 290 |
42 |
360 |
8 571 |
Tétouan |
17 |
241 |
14 177 |
28 |
270 |
9 643 |
Safi |
26 |
246 |
9 462 |
31 |
280 |
9 032 |
Kénitra |
36 |
216 |
6 000 |
50 |
230 |
4 600 |
Khouribga |
16 |
169 |
10 562 |
21 |
200 |
9 524 |
Agadir |
23 |
147 |
6 391 |
37 |
176 |
4 757 |
Mohamadia |
23 |
129 |
5 609 |
35 |
149 |
4 257 |
Ensemble des villes |
960 |
6 841 |
7 126 |
1 272 |
7 683 |
6 040 |
Ensemble du pays |
1 403 |
23 407 |
16 683 |
1 982 |
25 547 |
12 890 |
Source: CERED, Direction de la Statistique et Maison du Pharmacien, Rabat
La réglementation sur la localisation des officines a ralenti la progression du nombre d'officines à Rabat et à Casablanca; d'autres villes ont actuellement un nombre d'habitants par officine plus faible que dans ces deux villes. La croissance du nombre d'officines de 1988 à 1992 a été de 41% dans l’ensemble du pays, mais seulement de 31% à Rabat et 25% à Casablanca. Les plus forts accroissements ont eu lieu à Meknès (+ 60%) et Tanger (+ 52%).
Il semble qu'il y ait une certaine saturation en officines des deux grandes villes du pays. Cette situation ne devrait pas s’améliorer du fait de la forte proportion de femmes diplômées. En effet, celles-ci créent moins volontiers de pharmacies en dehors de ces deux villes où 60% des officines sont tenues par des femmes contre 40% en moyenne dans le pays. Par conséquent, le montant moyen des ventes est moins élevé à Rabat et Casablanca (1,2 millions DH par pharmacie, contre une moyenne nationale de 1,4) que dans certaines petites localités, où les pharmacies ont des chiffres d'affaires importants.
En dehors des grands villes le réseau des pharmacies est beaucoup moins dense: 443 officines en 1988 (1 pour 37 395 habitants) et 710 en 1992 (1 pour 25 160 habitants). Ce réseau est complété par les dépôts. Pour ceux-ci nous n'avons pas pu disposer de données sur leur localisation géographique et évaluer dans quelle mesure ils contribuent à l'accessibilité aux médicaments.
L'accessibilité géographique est donc caractérisée par des différences très importantes selon les localités, mais aussi par des progrès considérables grâce à la multiplication des officines; cet accroissement résulte essentiellement du nombre important de nouveaux pharmaciens diplômés, tant dans le pays qu'à l'étranger. La règle du chaînage (obligation de respecter une distance minimum entre deux officines) favorise la création d’officines mieux réparties sur le territoire national.

Graphique n°4: Nombre moyen d'habitants par officine selon les zones d'habitat, 1988-1992
Source: Données nationales
Les perspectives d'une extension du réseau de distribution de détail au bénéfice du monde rural sont d'abord liées à l'évolution du pouvoir d'achat et de la demande solvable. En raison des coût plus élevés de distribution au niveau du gros, les officines sont contraintes de disposer de stocks relativement plus importants qu'en milieu urbain, les grossistes ne pouvant assurer des livraisons journalières. Il semble donc peu probable que le réseau puisse se développer sans la mise en oeuvre de mesures incitatives. La marge bénéficiaire étant uniforme sur l'ensemble du territoire (30%), les incitations pourraient consister par exemple en un allégement des charges pour des zones d'implantation préalablement déterminées. Des dépôts (158), dont la localisation n'est pas précisée, témoignent de l'existence de zones d'habitat ou la pharmacie la plus proche est distante d'au moins 25 kilomètres. Placés sous la responsabilité d'un pharmacien, mais fonctionnant avec du personnel non qualifié, ces dépôts ne délivrent qu'une gamme très limitée de médicaments.
Il faut souligner que les relations entre le niveau de la demande et l'extension du réseau de distribution de détail ne sont pas univoques. Un accès plus direct aux officines est, toutes choses égales par ailleurs, un facteur important d'accroissement de la demande. Des mesures incitatives en direction des pharmaciens en voie d'installation pourraient, à terme, se traduire par une hausse du niveau de consommation et, par extension, par un développement du réseau de distribution de gros. Enfin, il y a lieu de souligner la répartition encore très inégalitaire des médecins au plan géographique. La concentration des médecins dans les centres urbains, et la faiblesse de l'encadrement des structures publiques de soins de base, constituent d'autres obstacles, aussi importants, pour une amélioration de la consommation pharmaceutique.