Dans le cadre des relations de genre, il serait intéressant de mener une étude doublement comparative (hommes-femmes/trois pays présentant des situations culturelles, religieuses, sociologiques, économiques, politiques, historiques différentes) autour de l’usage rationnel des médicaments, nécessaire pour le succès des politiques des médicaments essentiels.
Tout d’abord, y a-t-il des spécificités, chez les hommes et chez les femmes, dans l’usage des médicaments? Si oui, il faut les observer, les décrire, les analyser, non seulement dans une optique économique, fondamentale il est vrai, mais aussi dans leur contexte symbolique.
Les hommes possèdent le droit à la «mobilité» de la parole qui leur permet de parler publiquement, de façon discursive et innovatrice alors que les femmes sont culturellement dépourvues de ce type de parole. Cette opposition recouvre celle du public/privé si utilisée dans l’analyse des relations de genre (l’agora, espace des hommes; la maison, espace des femmes). Cela implique que le dominant peut dominer le savoir, alors que le dominé ne le peut pas.
Par ailleurs, il est une autre constatation qui montre les difficultés de mettre en pratique un nouveau savoir. Difficultés quelque peu expliquées par le non recouvrement de différents systèmes nosologiques, relevant d’une culture traditionnelle et de la culture occidentale, mais aussi par notre méconnaissance du fonctionnement des structures cognitives lorsqu’elles doivent intégrer, voire cumuler, des savoirs souvent conflictuels fondés sur une réalité purement médicale dans un cas, et socio-religieuse dans un autre. Cependant, nous ne savons pas si ces difficultés sont plus difficiles à dépasser pour les femmes que pour les hommes.
Est-ce que cet ensemble très schématiquement présenté entraîne des comportements différents chez les hommes et chez les femmes vis-à-vis des maladies et la manière de les soigner, maladies dont le sens symbolique s’inscrit dans une vision du monde partagée par les deux genres?
Les recherches devraient, bien évidemment, se référer à des entités nosographiques semblables, même si leur étiologie diffère selon les sociétés.