Introduction de la perspective genre dans les programmes nationaux des médicaments essentiels
(2001; 48 pages) [English] Ver el documento en el formato PDF
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Question de statistiques et de données

Comment réagir à cette situation alors que l’on dispose de peu de données pour savoir qui fait ou ne fait pas quoi? Malgré les demandes réitérées avec force lors des grandes conférences internationales (1975, 1980, 1985, 1994, 1995) les statistiques désagrégées par sexe dans le domaine de la santé restent limitées par rapport aux autres domaines. Dès que l’on veut réfléchir sérieusement sur un problème, on se retrouve devant des chiffres, «tronqués» de l’un ou l’autre sexe; de ce point de vue, les chiffres sur les aspects de la vie reproductive des femmes ne suffisent pas à donner bonne conscience. Ne serait-ce pas utile, éclairant, de procéder à des comparaisons? Sans aucun doute, du point de vue médical et sociologique et encore plus du point de vue de l’analyse en fonction du genre.

Les statistiques constituent, en fait, une caisse de résonance idéologique; introduire les femmes dans les chiffres - les mathématiques ne sont-elles pas le domaine masculin par excellence - serait leur accorder une reconnaissance précise, irréfutable devant laquelle on se dérobe depuis plus de 20 ans, tout en affirmant à haute voix qu’elles sont nécessaires.

On l’a déjà dit, élargissant au monde et aux deux sexes ce que Stella Chungong (inédit) a écrit pour l’Afrique: «il y a une pénurie absolue d’informations sur l’usage des médicaments par les femmes africaines». On dispose toutefois de quelques informations:

• L’impact des différences physiques et biologiques entre les hommes et les femmes sur l’épidémiologie et l’étiologie de la maladie est pratiquement inconnu, «la recherche sur la santé étant souvent menée sur des sujets mâles en assumant que les résultats sont valables pour les hommes et les femmes» (Kitts et Hatcher Roberts, 1996). Les femmes réagissent différemment aux traitements, métabolisent les médicaments de manière différente, bref comme le dit, non sans humour, Donna Stewart de l’Université de Toronto «les femmes ne sont pas juste des hommes sans cycles menstruels» (Priest, 1994).

• Il y a également des différences venant du genre, c’est-à-dire culturelles et non plus biologiques, dont les conséquences n’ont pas été étudiées. Par exemple, au regard de la médecine du travail qui concerne presque exclusivement les hommes, les conséquences des conditions de travail des femmes sur leur santé (tâches minutieuses et répétitives, portage de charges lourdes comme l’eau, le bois, inhalation des fumées lors de la cuisson, souvent longue, des aliments, etc.) restent largement inconnues. Un autre exemple est celui du seuil de tolérance de la souffrance plus élevé chez les femmes, qui sont de plus habituées à se dévaloriser et à ne pas prêter attention à leur corps, ce qui les retient d’aller consulter aussi vite qu’il le faudrait. «Women tend to suffer in silence... the threshold of illness recognized by the society on the illness-health continuum is so high for women that they endure so much in order not to disrupt household organisation» (Okojie, 1994). Par ailleurs, on sait que les hommes se font soigner plus facilement, qu’ils dépensent plus pour se soigner mais aussi que les médecins prennent plus en considération leurs plaintes, mêmes légères; par exemple, Smyke (1991) montre que lorsque des hommes et des femmes décrivent les mêmes symptômes psychologiques ou psychosomatiques, on prescrit plus facilement aux hommes des analyses en laboratoire alors que pour les femmes on se contente de renouveler une ordonnance de légers tranquillisants, s’ils ont déjà été prescrits.

En fait, les recherches les plus abouties concernent la population et le planning familial dont l’objectif, tout le monde s’accorde pour le dire, n’est pas de mieux connaître les besoins généraux des femmes en santé, mais de contenir le taux de croissance démographique. Le «tout génésique» ou les politiques anti-natalistes ont été justifiées au nom d’un meilleur développement, sans que ces dernières aient eu d’effets véritables sur le développement, et désormais au nom des droits de la femme et de la santé reproductive «pour une meilleure vie des générations» (Dupâquier, 1999). Il faut souligner que tous ces efforts se font dans le cadre moralisateur et conservateur de la famille au sens étroit du terme. Le nombre d’adolescentes enceintes qui n’ont pas le droit d’avoir recours aux contraceptifs et qui se font avorter avec un taux élevé de mortalité - après tout, ce sont elles les fautives comme le disent les républicains aux Etats-Unis - est là pour montrer que la santé, cet état de bien-être, s’applique de manière étrangement restrictive aux femmes. De 38 à 68% des femmes recherchant des soins pour des complications dues à l’avortement dans les hôpitaux du Congo, Kenya, Libéria, Mali, Nigéria et Zaïre ont moins de 20 ans. Les besoins des femmes sont jugés secondaires car elles sont perçues, avant tout, comme mères ou comme futures mères alors que «la santé des hommes n’est jamais définie dans la perspective de la famille ou de la paternité» (Rathgeber and Vlassof, 1993). «Les femmes sont faites pour soigner et non pas pour être soignées».

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Última actualización: le 3 mayo 2013