Les sciences ont été, jusqu’à présent, marquées par un biais andropocentrique désormais reconnu par tous. Dès lors que les relations de genre introduisent nécessairement les femmes dans la description des faits sociaux, elles en complexifient l’analyse. En effet «il faut questionner les découpages à l’œuvre tant dans la définition et la délimitation des problématiques scientifiques que dans la perception spontanée des activités humaines: le monde du travail opposé au monde familial, le politique synonyme de partisan, et plus généralement les équations féminin/reproduction/monde privé et masculin/production/sphère publique» (Defossez, Fassin et Viveros, 1992).
Alors que dans le préambule, on écrivait qu’il y a aussi peu de données concernant l’accès des femmes que celui des hommes aux médicaments, il n’en n’est pas de même pour la santé. Dans ce domaine, il existe au contraire un très grand nombre d’études médicales et sociologiques sur femmes et santé dont la majorité écrasante est consacrée à la santé génésique des femmes ce qui semble justifié à première vue; la reproduction n’est-elle pas un impératif absolu pour n’importe quel groupe humain à l’instar de n’importe quelle espèce animale?
Mais la justesse de cette raison ne doit pas faire oublier que l’accent massif mis sur la santé reproductive des femmes renvoie également à une double inégalité des relations de genre.