Le paludisme est endémique dans plus de 100 pays.4 On estime que 40 % des habitants de la planète vivent dans des régions exposées au risque de paludisme. Environ 20 % de cette dernière population est exposée à un risque endémique stable (principalement en Afrique tropicale) et environ 80 % à un risque instable (risque faible ou épidémique)5. Plus d’un million de décès sont attribués chaque année au paludisme, en majorité chez de jeunes enfants de l’Afrique subsaharienne6. Par sa seule ampleur, ce problème représente un véritable défi sanitaire et socio-économique. Les éléments essentiels de toute stratégie de lutte antipalustre sont des interventions promptes et efficaces telles que lutte antivectorielle, diagnostic, chimioprophylaxie et traitement.
4 Paludisme 1982-1997, Relevé épidémiologique hebdomadaire, 74: 265-270. OMS,1999.
5 La situation du paludisme en 1993. Partie I. Population exposée au risque, notifications à l’OMS, mortalité, résistance aux antipaludéens, situation par zone géographique. Relevé épidémiologique hebdomadaire, 71:17-24, OMS, 1996.
6The Africa Malaria Report 2003. Publication conjointe de l’OMS et de l’UNICEF (document: WHO/CDS/MAL/2003.1093).
Le paludisme à P. falciparum, qui est la forme la plus dangereuse de l’infection palustre, est présent dans quelque 70 pays, encore qu’à des degrés très divers. La plupart des cas de paludisme à P. falciparum (jusqu’à 90 % du nombre estimatif de cas nouveaux dans le monde) s’observent en Afrique7. C’est ce phénomène régional qui a suscité l’organisation en avril 2000 à Abuja (Nigeria), du Sommet africain sur l’Initiative Faire reculer le paludisme, une conférence au cours de laquelle des chefs d’Etat et de gouvernement africains ont décidé de donner un coup d’accélérateur à l’action au niveau national, afin que d’ici 20058:
- au moins 60 % des personnes affectées aient accès à un traitement rapide, adéquat et abordable dans un délai de 24 heures après l’apparition des symptômes;
- au moins 60 % des personnes à risque, surtout les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, puissent bénéficier de la combinaison la plus appropriée de mesures de protection personnelle et communautaire telles que les moustiquaires traitées aux insecticides;
- au moins 60 % des femmes enceintes aient accès à un traitement intermittent de prévention; et
- pour au moins 60 % des épidémies, des mesures de lutte soient prises dans les deux semaines suivant leur apparition.
7 Korenromp EL, Malaria incidence estimates at country level - proposed estimates (rapport provisoire): OMS, Roll Back Malaria, 2004.
8 Sommet africain sur l’Initiative Faire reculer le paludisme. Abuja, Nigeria, 25 avril 2000. Genève, 2000. (document: WHO/CDS/RBM/2000.17).
Malheureusement, dans la plupart des zones d’endémie palustre, l’accès aux services de prévention, de diagnostic et de traitement reste limité9 du fait de leur coût élevé. Par exemple, le coût des moustiquaires traitées à l’insecticide (MTI) - qui sont partout considérées comme l’un des moyens les plus efficaces et économiques pour prévenir le paludisme - s’est révélé être un important obstacle à la généralisation de leur emploi. L’accroissement de la résistance aux antipaludéens compromet sérieusement le traitement de la maladie et complique encore plus la question de l’accès à des médicaments efficaces. La chloroquine, qui est l’antipaludéen le moins cher et le plus répandu, est d’ores et déjà inefficace dans la plupart des régions d’Afrique et la résistance de P. falciparum aux produits de substitution les meilleur marché, comme les associations de type sulfadoxine-pyriméthamine (SP) devient de plus en plus préoccupante. Il existe un grand nombre de médicaments nouveaux comme les associations à base d’artémisinine (ACT) qui sont riches de possibilités pour le traitement du paludisme; ils sont d’ailleurs de plus en plus faciles à se procurer et ils offrent des possibilités de tarification plus intéressantes10.
9 Mwenesi H, Harpham T, Snow R W. Child malaria treatment practices among mothers in Kenya. Social Science and Medicine, 1995, 40 (9): 1271-1277.
10 Voir l’accord entre l’OMS et Novartis à l’annexe 1.
Les efforts actuellement déployés pour faire reculer le paludisme s’inscrivent dans le cadre d’un certain nombre d’actions menées par le partenariat Faire reculer le paludisme (RBM) créé en 1998 en vue de soutenir la tentative de réduire de moitié la charge palustre d’ici 2010. Depuis lors, l’effort de lutte et de prévention est devenu une priorité tant nationale qu’internationale. En 2002, environ US$ 200 millions ont été alloués à la lutte contre le paludisme dans le monde, contre 60 millions en 1998. La part de la somme totale de 2002 affectée à des actions au niveau national a atteint US$ 80 millions11. Les pays d’endémie palustre allouent aujourd’hui davantage de crédits à leurs programmes, mais il en faudrait sensiblement plus. Fin 2003, une source de financement - le Fonds mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme - devrait à elle seule dépenser US$ 480 millions sur deux ans pour financer des programmes antipaludiques dans environ 60 pays. Plus de 50 % de ces ressources sont affectées à l’achat d’antipaludéens essentiels.
11Les combinaisons thérapeutiques antipaludiques. Rapport d’une consultation technique de l’OMS, 4-5 avril 2001. Genève, OMS, 2001 (document: WHO/CDS/RBM2001.35.
Pour atteindre les objectifs d’Abuja d’ici 2005 et le but que RBM s’est fixé pour 2010, il faudra effectuer en temps utile des interventions plus efficaces visant à améliorer l’administration et l’observance des schémas prophylactiques et thérapeutiques recommandés. Pour y parvenir, un certain nombre de stratégies sont essentielles, à savoir les achats groupés, une information exacte sur les prix, la négociation de tarifs plus favorables ainsi que la suppression des taxes et des droits de douane sur les produits antipaludéens. De nombreux pays d’endémie palustre ont besoin d’aide pour faciliter l’accession de leur population à des moyens plus récents et plus efficaces de prévention et de traitement (voir les annexes I et III sur les associations à base d’artémisinine (ACT) et les tests de diagnostic rapide ou TDR).