Les comités pharmaceutiques et thérapeutiques - Guide pratique
(2004; 160 pages) [English] [Spanish] View the PDF document
Table of Contents
View the documentAbréviations
View the documentPréface
Open this folder and view contents1. Introduction
Open this folder and view contents2. Structure et organisation d'un comité pharmaceutique et thérapeutique
Open this folder and view contents3. Gestion du processus du formulaire
Open this folder and view contents4. Evaluation des nouveaux médicaments
Open this folder and view contents5. Assurer l'innocuité et la qualité des médicaments
Close this folder6. Outils pour l'étude de l'utilisation des médicaments
View the document6.1 Approche par étapes de l'étude de l'utilisation des médicaments
View the document6.2 Analyse des données globales sur l'utilisation des médicaments
View the document6.3 Indicateurs OMS/INRUD pour les établissements de santé
View the document6.4 Méthodes qualitatives d'étude des causes des problèmes d'utilisation des médicaments
View the document6.5 Etudes d'évaluation de l'utilisation des médicaments
View the documentAnnexe 6.1 Doses journalières définies (DDD) pour certains médicaments courants
View the documentAnnexe 6.2 Critères d'évaluation de l'utilisation des médicaments: imprimé pour la collecte de données sur l'amikacine
Open this folder and view contents7. Promotion de l'usage rationnel des médicaments
Open this folder and view contents8. Antimicrobiens et injections
Open this folder and view contents9. Pour démarrer
View the documentGlossaire1
View the documentBibliographie
View the documentPour en savoir plus
View the documentAdresses et sites Internet utiles
 

6.2 Analyse des données globales sur l'utilisation des médicaments

Les données globales peuvent être utilisées pour effectuer une analyse ABC, une analyse par catégories thérapeutiques, une analyse VEN, et pour l'utilisation des doses journalières définies (DDD) dans les analyses (MSH 1997, chapitre 41, p. 633-642). Toutes ces méthodes sont des outils puissants que le CPT peut et doit utiliser pour gérer la liste du formulaire et identifier les problèmes d'utilisation des médicaments. Les données globales sur l'utilisation des médicaments peuvent être obtenues à partir de nombreuses sources dans le système de santé, notamment les registres - des achats, des entrepôts de médicaments, des stocks de la pharmacie, de la dispensation, des erreurs médicamenteuses et des réactions indésirables. Ces sources peuvent être utilisées pour obtenir diverses informations, par exemple:

• Coût des médicaments utilisés - médicaments individuels et catégories thérapeutiques (voir sections 6.2.1 et 6.2.2)

- Quels sont les médicaments les plus chers?
- Quels sont les médicaments entraînant le plus de dépenses?
- Quelles sont les catégories thérapeutiques les plus chères?
- Quel est le pourcentage du budget dépensé pour certains médicaments ou catégories thérapeutiques?


• Quantités (en unités, par exemple comprimés) de médicaments utilisés (voir section 6.2.4)

- Quels sont les médicaments les plus souvent et les plus rarement utilisés?

- La consommation réelle de médicaments correspond-elle à la consommation prévue d'après les registres de morbidité?

- Quantités de certains produits utilisées par personne

 

• Utilisation relative de produits pouvant faire l'objet d'une substitution thérapeutique (voir section 7.3 sur la substitution générique et la substitution thérapeutique)

• Incidence des réactions indésirables (voir section 5.4.2) et des erreurs médicamenteuses (voir section 5.2).


Toutes ces données peuvent être dissociées selon les secteurs de l'hôpital - bloc opératoire, salles d'hospitalisation, service des urgences, etc. Tout problème identifié lors de l'examen de ces données devra être rapidement analysé par le CPT, qui mettra en place une stratégie pour y remédier.

6.2.1 Analyse ABC

La plupart des pharmaciens et des directeurs d'hôpital savent que quelques médicaments représentent à eux seuls la plus grande partie des dépenses pharmaceutiques. Il arrive souvent que 70-80 % du budget soient consacrés à 10-20 % des médicaments. L'analyse ABC se penche sur la consommation et les coûts annuels des médicaments afin de déterminer quels sont les produits qui représentent la proportion la plus importante du budget. L'analyse ABC peut:

• Montrer quels sont les produits largement utilisés pour lesquels il existe des alternatives à moindre coût sur la liste ou sur le marché. Cette information peut servir à:

- choisir des médicaments ayant un meilleur rapport coût-efficacité
- identifier les possibilités de substitution thérapeutique
- négocier des rabais avec les fournisseurs.


• Mesurer dans quelle mesure la consommation réelle de médicaments reflète les besoins de la santé publique et identifier l'usage irrationnel des médicaments en comparant la consommation pharmaceutique au tableau de morbidité.

• Identifier les achats de produits ne figurant pas sur la liste de médicaments essentiels de l'hôpital, c'est-à-dire l'utilisation de médicaments hors liste.


L'analyse ABC peut être appliquée aux données de consommation pharmaceutique sur une année ou moins. On peut aussi l'appliquer à une offre ou une série d'offres. L'encadré 6.1 présente un résumé des étapes de l'analyse.

Après l'achèvement de l'analyse ABC, on examinera les médicaments individuellement, surtout ceux de la catégorie A, pour rechercher les doublons, l'utilisation de médicaments hors liste et les médicaments onéreux pour lesquels il existe des équivalents thérapeutiques moins chers. Dans certains cas, l'analyse peut devoir prendre en compte diverses catégories de prix et divers produits de marque et dispositifs médicaux, par exemple les seringues. On peut aussi utiliser ce type d'analyse pour étudier une catégorie thérapeutique, dans laquelle tous les médicaments ont une efficacité égale ou voisine. En résumé, le principal avantage de l'analyse ABC est de permettre d'identifier les médicaments qui consomment la plus grande part du budget; son inconvénient majeur est de ne pouvoir comparer des médicaments d'efficacité différente.

ENCADRÉ 6.1 RÉSUMÉ DES ÉTAPES DE L'ANALYSE ABC

• Dresser la liste de tous les articles consommés ou achetés.

• Pour chaque article consommé ou acheté, indiquer:

- le coût unitaire de chaque article (à une date déterminée si les prix ont varié)
- la quantité de chaque article consommée ou achetée.


• Calculer la valeur monétaire de la consommation en multipliant le coût unitaire par le nombre d'unités consommées pour chaque article. La valeur correspondant à la consommation totale (valeur totale) est la somme de tous les articles.

• Calculer le pourcentage de la valeur totale que représente chaque article en divisant la valeur de chaque article par la valeur totale.

• Réorganiser la liste en classant les articles par ordre décroissant du pourcentage de la valeur totale.

• Calculer le pourcentage cumulatif de la valeur totale en commençant par le premier article (en partant du haut), puis en ajoutant son pourcentage à celui de l'article qui le suit, etc.

• Classer les articles comme suit:

- A: articles (peu nombreux) qui représentent 75 - 80 % de la valeur totale
- B: articles qui corrrespondent aux 15 - 20 % suivants
- C: ensemble des articles qui représentent les 5 - 10 % restants.


Classiquement, les articles de la catégorie A représentent 10-20 % de l'ensemble des articles, ceux de la catégorie B une autre tranche de 10 - 20 %, et les 60-80 % restants sont des articles de la catégorie C.

Ces résultats peuvent être présentés graphiquement en portant le pourcentage cumulatif de la valeur totale en ordonnée et le nombre d'articles (intervenant dans le cumul) en abscisse.

En pratique, l'analyse ABC est grandement facilitée par l'utilisation d'un tableur informatique comme Microsoft Excel ou Lotus 1-2-3.

L'analyse ABC présentée dans le tableau 6.1 identifie cinq médicaments ou entités chimiques qui, ensemble, consomment 62 % du budget: benzylpénicilline (1 MU en injection), chloroxylénol (solution à 5 %), benzylpénicilline procaïne forte (4 MU en injection), ampicilline (125 mg/5 ml en poudre pour suspension) et chlorhexidine (100 ml de solution à 5 %). L'étape suivante serait de rechercher si tous ces produits coûteux sont nécessaires, et s'ils sont réellement utilisés. Une telle investigation pourrait supposer une étude d'évaluation de l'utilisation des médicaments (section 6.5) pour les différents antibiotiques ou une comparaison de l'efficacité et du prix des différents antiseptiques.

6.2.2 Analyse par catégorie thérapeutique

En s'appuyant sur l'analyse ABC, l'analyse par catégorie thérapeutique permet:

• d'identifier les catégories thérapeutiques qui représentent la plus forte consommation et les plus fortes dépenses

• d'indiquer une utilisation potentiellement inappropriée si on compare les résultats au tableau de morbidité

• d'identifier les médicaments qui sont sur-utilisés, ou dont la consommation n'est pas expliquée par le nombre de cas d'une maladie donnée, par exemple la chloroquine pour le paludisme

• d'aider le CPT à choisir les médicaments ayant le meilleur rapport coût-efficacité dans une même catégorie thérapeutique et à choisir des médicaments appropriés pour la substitution thérapeutique.


Tableau 6.1 Exemple d'analyse ABC - calculs et classement

DESCRIPTION DU PRODUIT

Unité de base

Prix unitaire (USD)

Nombre total d'unités

Valeur totale (USD)

% de la valeur totale

Classement par valeur

% cumulatif

 

Benzylpénicilline 1 MU inj

amp

0,5276

144 000

75 974,40

25,66 %

1

25,7 %

A

Chloroxylénol sol 5 %

ml

0,0034

10 728 000

36 475,20

12,32 %

2

38,0 %

A

Pénicilline procaïne forte 4 MU inj

flacon

0,3026

100 000

30 260,00

10,22 %

3

48,2 %

A

Ampicilline 125 mg/5 ml poudre pour susp, 100 ml

flacon

0,5119

43 970

22 508,24

7,60 %

4

55,8 %

A

Chlorhexidine sol 5 %

ml

0,0073

2 504 000

18 279,20

6,17 %

5

62,0 %

A

Chlorhexidine + cétrimide sol 1,5 % + 15 %

ml

0,0064

1 552 000

9 932,80

3,36 %

6

65,3 %

B

Erythromycine 250 mg cp

cp

0,0350

262 000

9 170,00

3,10 %

7

68,4 %

B

Cotrimoxazole 400 mg/80 mg cp

cp

0,0098

860 000

8 428,00

2,85 %

8

71,3 %

B

Gentamicine sulfate 80 mg inj, 2 ml

amp

0,0628

130 800

8 214,24

2,77 %

9

74,1 %

B

Chloroquine 50 mg base/ml sirop

ml

0,0014

5 610 000

7 854,00

2,65 %

10

76,7 %

B

Multivitamines cp/gél

cp

0,0022

3 395 000

7 469,00

2,52 %

11

79,2 %

B

Hyoscine N butylbromure 10 mg cp

cp

0,0174

380 000

6 612,00

2.23 %

12

81,5 %

C

Eau pour préparations injectables 10 ml

amp

0,0287

220 500

6 328,35

2,14 %

13

83,6 %

C

Dipyrone 500 mg/ml inj, 5 ml

amp

0,0898

65 000

5 837,00

1,97 %

14

85,6 %

C

Métronidazole 200 mg cp

cp

0,0052

1 080 000

5 616,00

1,90 %

15

87,5 %

C

Pseudoéphédrine 60 mg/triprolidine 2,5 mg cp

cp

0,0536

100 000

5 360,00

1,81 %

16

89,3 %

C

Métronidazole 200 mg/5 ml susp

ml

0,0055

900 000

4 950,00

1,67 %

17

91,0 %

C

Nitrofurantoïne 100 mg cp

cp

0,0055

860 000

4 730,00

1,60 %

18

92,6 %

C

Benjoin, teinture composée

ml

0,0067

532 000

3 564,40

1,20 %

19

93,8 %

C

Oxytocine 10 UI inj, 1 ml

amp

0,2468

14 500

3 578,60

1,21 %

20

95,0 %

C

Vitamine B complexe cp

cp

0,0025

1 440 000

3 600,00

1,22 %

21

96,2 %

C

Calcium gluconate 600 mg cp

cp

0,0032

995 000

3 184,00

1,08 %

22

97,3 %

C

Codéine phosphate 15 mg/5 ml sirop

ml

0,0052

490 000

2 548,00

0,86 %

23

98,1 %

C

Sels ferreux, équiv. à 60 mg de fer base

cp

0,0007

3 280 000

2 296,00

0,78 %

24

98,9 %

C

Peroxyde d'hydrogène sol 6 %

ml

0,0016

632 000

1 011,20

0,34 %

25

99,2 %

C

Piroxicam 20 mg gél

gél

0,0099

97 000

960,30

0,32 %

26

99,6 %

C

Phénobarbitone 60 mg cp

cp

0,0047

135 000

634,50

0,21 %

27

99,8 %

C

Prednisolone 5 mg cp

cp

0,0079

65 000

513,50

0,17 %

28

99,9 %

C

Chlorphénamine maléate 4 mg cp

cp

0,0009

555 000

499,50

0,17 %

29

100,1 %

C

Propranolol 40 mg cp

cp

0,0067

33 000

221,10

0,07 %

30

100,2 %

C

Total

296 046,08

 

Source: Managing Drug Supply, 1997


ENCADRÉ 6.2 ANALYSE PAR CATÉGORIE THÉRAPEUTIQUE

• Réaliser les trois premières étapes de l'analyse ABC pour obtenir une liste de tous les médicaments par volume et par valeur de consommation.

• Attribuer une catégorie thérapeutique à chaque médicament en se servant de la Liste modèle OMS des médicaments essentiels (OMS 2002a) ou d'un autre système de référence comme le système de classification pharmacologique-thérapeutique utilisé par l'American Hospital Formulary Service (AHFS) ou le système de classification anatomique, thérapeutique et chimique (ATC) adopté par l'OMS.

• Réorganiser la liste selon les catégories thérapeutiques et additionner les valeurs en pourcentage des médicaments de chaque catégorie afin d'identifier les catégories correspondant aux dépenses les plus importantes.

La procédure est la même que pour l'analyse ABC; les étapes sont décrites dans l'encadré 6.2. Comme dans l'analyse ABC, un petit nombre de catégories thérapeutiques à coût élevé représentent la plus grande partie des dépenses. On peut réaliser une analyse plus détaillée à l'intérieur de chaque catégorie à coût élevé pour identifier les médicaments les plus coûteux et les alternatives thérapeutiques de meilleur rapport coût-efficacité.

6.2.3 Analyse VEN (médicaments vitaux, essentiels, non essentiels)

Quelquefois, les fonds ne suffisent pas pour acheter tous les médicaments voulus. L'analyse VEN est une méthode reconnue d'aide à l'établissement de priorités pour les achats de médicaments et la tenue des stocks. Les médicaments sont divisés, en fonction de leur impact sur la santé, en trois catégories - vitaux, essentiels et non essentiels. L'analyse VEN permet de comparer des médicaments d'efficacité et d'utilité différente, contrairement à l'analyse ABC et à l'analyse par catégorie thérapeutique, qui ne peuvent comparer que des médicaments d'efficacité ou d'action similaire.

médicaments vitaux (V): peuvent sauver la vie du patient ou sont d'une importance primordiale pour les services de santé de base

médicaments essentiels (E): efficaces contre des formes de maladie moins graves mais toutefois significatives, mais non absolument vitaux pour les soins de santé de base

médicaments non essentiels (N): utilisés pour des maladies mineures ou spontanément résolutives; ils peuvent ou non figurer dans le formulaire et être efficaces, mais ce sont les moins importants des articles détenus en stock.


Il est souvent jugé relativement facile de classer les médicaments dans la catégorie «N», mais très difficile de distinguer les catégories «V» et «E», c'est pourquoi les médicaments sont plutôt classés en essentiels et non essentiels. Cela a peu d'importance si le système choisi définit clairement les différentes catégories utilisées et que celles-ci permettent de classer les articles par ordre de priorité. L'encadré 6.3 présente les étapes d'une analyse VEN ainsi que quelques exemples de directives pour l'établissement des différentes catégories. Une fois l'analyse VEN réalisée, on comparera ses résultats avec ceux de l'analyse ABC pour rechercher si des médicaments de faible priorité entraînent des dépenses relativement importantes. On s'efforcera en particulier de supprimer de la liste tous les médicaments «N» qui entrent dans la catégorie «A» (coût élevé/forte consommation) de l'analyse ABC.

ENCADRÉ 6.3 RÉSUMÉ DES ÉTAPES DE L'ANALYSE VEN

1 Chaque membre du CPT classe tous les médicaments en V, E ou N.

2 Les résultats du classement effectué par chaque membre sont regroupés et le CPT se met d'accord sur une classification générale.

Le CPT doit alors:

3 identifier et limiter les doublons thérapeutiques

4 examiner tous les médicaments classés N et si possible diminuer les quantités achetées, voire même les supprimer

5 réexaminer les quantités proposées pour les achats, se procurer les médicaments V et E avant les médicaments

N et veiller à ce que les stocks de sécurité soient plus importants pour les médicaments V et E.

6 suivre les commandes et les niveaux des stocks de façon plus étroite pour les médicaments V et E que pour les médicaments N.

Exemple de lignes directrices pour les catégories VEN

Caractéristiques du médicament et de l'affection visée

Vital

Essentiel

Non essentiel

Fréquence de l'affection visée

     

% de la population touchée

>5 %

1-5 %

<1 %

Nombre moyen de patients traités par jour dans un établissement moyen

>5

1-5

<1

Gravité de l'affection visée

     

Engageant le pronostic vital

Oui

Parfois

Rarement

Incapacitante

Oui

Parfois

Rarement

Effet thérapeutique du médicament

     

Empêche une maladie grave

Oui

Non

Non

Guérit une maladie grave

Oui

Oui

Non

Traite des symptômes et affections mineurs, spontanément résolutifs

Non

Peut-être

Oui

Efficacité prouvée

Toujours

Habituellement

Eventuellement

Pas d'efficacité prouvée

Jamais

Rarement

Eventuellement

Le tableau 6.2 présente un exemple réel d'analyse VEN réalisée au Malawi, où tous les médicaments jugés non essentiels ont été rayés de la liste nationale des médicaments essentiels.

Au Malawi, certains médicaments ont été considérés comme non essentiels du simple fait que des médicaments analogues plus efficaces étaient classés comme vitaux ou comme essentiels. Par exemple, le sulfate ferreux a été considéré comme non essentiel alors que le sulfate ferreux plus acide folique a été classé comme médicament vital. De même, la lidocaïne plus adrénaline (épinéphrine) a été considérée comme médicament non essentiel tandis que la lidocaïne seule en tant qu'anesthésique local a été considérée comme médicament essentiel. Certains médicaments ont été considérés comme non efficaces, par exemple des gouttes multivitaminées à usage pédiatrique et un bain de bouche au thymol.

6.2.4 Dose journalière définie (DDD)

La consommation de médicaments en termes de coût, comme on l'utilise dans l'analyse ABC, peut aider à vérifier si le budget pharmaceutique est dépensé de la façon la plus efficace et à identifier les médicaments posant des problèmes, qui devront faire l'objet d'investigations plus poussées. L'analyse de la consommation pharmaceutique en termes de quantités peut quant à elle aider à identifier la sur- ou la sous-utilisation de certains médicaments ou groupes thérapeutiques.

Tableau 6.2 Exemple d'analyse VEN au Malawi, 1995

VITAL

ESSENTIEL

NON ESSENTIEL

1) Peut sauver la vie du patient
2) Effets secondaires importants lors de l'arrêt du traitement
3) Importance majeure en santé publique

Efficace contre des formes de maladie moins graves mais importantes

1) Utilisé contre des affections mineures ou spontanément résolutives
2) Efficacité douteuse
3) Coût élevé pour un avantage thérapeutique marginal
TOUS supprimés de la liste des médicaments essentiels

Centre de santé

   

Phénobarbitone cp

30 mg

Lidocaïne inj 25 ml

1 %

Lidocaïne + adrénaline inj

1 % + 1:200 000

Phénoxyméthyl pénicilline cp

250 mg

Praziquantel

600 mg

Aspirine cp pédiatrique

75 mg

Cotrimoxazole

480 mg

Violet de gentiane teinture 500 ml

0,5 %

Suramine sodique inj poudre pour reconstitution

1 g

Nystatine ovules

100 000 UI

Benzyle benzoate 100 ml

25 %

Nystatine cp

500 000 UI

Pyriméthamine + sulfadoxine cp

25 mg + 500 mg

Magnésium trisilicate cp

 

Amodiaquine cp

200 mg

Sulfate ferreux + acide folique cp

200 mg + 0,5 mg

Chlorpromazine cp

25 mg

Ergotamine cp

 

Adrénaline inj 1ml

1:1000

Aminophylline cp

100 mg

Sulfate ferreux cp

200 mg

Sels de réhydratation orale poudre

Pour 1 litre

Vitamine B complexe cp

 

Propranolol cp

10 mg

Gentamicine inj 2 ml

40 mg/ml

Aluminium acétate gouttes auriculaires

13 %

Fuchsine teinture

20 ml

Préservatifs avec spermicide

 

Zinc oxyde pommade

15 %

Sérum anti-venin de serpent inj

10 ml

Vaccin antirougeoleux (vivant) flacon de 10 doses

5 ml

Mébendazole cp

200 mg

Ergométrine maléate cp

500 mcg

Ergométrine maléate inj 1 ml

500 mcg/ml

Sulfate ferreux mélange pédiatrique

60 mg/5 ml

Mutivitamines gouttes pédiatriques

 

Salbutamol sulfate

4 mg

Chlorphénamine maléate cp

4 mg

Thymol bain de bouche

 

Vitamine A caps

200 000 UI

Lidocaïne cartouche dentaire + adrénaline

2 % + 1:80 000

   

Hôpital de district

         

Diazépam inj 2 ml

5 mg/ml

Diazépam cp

5 mg

   

Atropine sulfate inj 1 ml

600 mcg/ml

Paracétamol cp

500 mg

   

Acide nalidixique cp

500 mg

Codéine phosphate cp

15 mg

   

Isoniazide + thioacétazone cp

300 mg + 150 mg

Amoxicilline sol buvable

125 mg/5 ml

   

Digoxine cp

250 mcg

Erythromycine susp

125 mg/5 ml

   

 

Source: Malawi Essential Drugs Programme, 1995.


La méthodologie faisant appel à la notion de dose journalière définie (defined daily dose, DDD) convertit et standardise les données disponibles sur les quantités de produits, par exemple emballages, comprimés, ampoules de produits injectables, flacons, en estimations brutes de l'exposition clinique aux médicaments, telles que le nombre de doses journalières. La DDD est la dose journalière d'entretien moyenne estimée pour l'indication principale du médicament considéré. Elle est définie à l'échelle mondiale pour chaque médicament par le Centre collaborateur OMS pour les statistiques pharmaceutiques à Oslo, Norvège (http://www.whocc.no; voir les adresses à l'annexe 6.1, qui donne également les DDD pour un certain nombre de médicaments). La DDD est basée sur la dose d'entretien moyenne chez l'adulte, mais peut être ajustée pour l'usage pédiatrique.

Les doses recommandées peuvent être exprimées en milligrammes pour les formes solides telles que comprimés ou gélules ou en millilitres pour les formes buvables ou injectables. En convertissant en DDD les quantités totales tirées des registres d'inventaire de la pharmacie ou des statistiques de ventes, on a une indication approximative du nombre de jours potentiels de traitement par un médicament qui ont été acquis, distribués ou consommés. Il devient donc possible de comparer les médicaments au moyen d'unités telles que:

• le nombre de DDD par 1000 habitants par jour, pour la consommation pharmaceutique totale

• le nombre de DDD par 100 lits par jour (lits-jours), pour l'usage hospitalier.


Par exemple, si les calculs relatifs à l'amoxicilline montrent qu'il y avait 4 DDD pour 1000 habitants par jour en 2002, cela indique qu'un jour donné, 4 adultes sur 1000 personnes ont reçu une dose journalière de 1 g d'amoxicilline. Si les calculs relatifs à la consommation de gentamicine sont exprimés sous forme de 2 DDD par 100 lits-jours, cela indique que, sur 100 lits d'hôpital, 2 patients par jour reçoivent 240 mg de gentamicine. La DDD établie pour l'amoxicilline est de 1 g et pour la gentamicine elle est de 240 mg. Ces interprétations supposent que la dose journalière prescrite (la quantité réellement prescrite au patient) est la même que la dose journalière définie, même si dans la pratique ce n'est pas toujours le cas.

Ces unités DDD peuvent ensuite être utilisées pour comparer la consommation de différents médicaments appartenant au même groupe thérapeutique, qui peuvent avoir une efficacité similaire mais une posologie différente, ou des médicaments appartenant à des groupes thérapeutiques différents. On peut ainsi suivre l'évolution de la consommation pharmaceutique au cours du temps et mesurer l'impact des interventions du CPT destinées à améliorer l'usage des médicaments. Cette méthodologie permet également de comparer la consommation d'une région ou d'un hôpital à l'autre. On peut aussi utiliser le coût par DDD pour comparer le coût de différents médicaments appartenant à la même catégorie thérapeutique lorsque le traitement n'a pas de durée définie, comme dans le cas des analgésiques et des antihypertenseurs.

Quelques points importants concernant les DDD

• La DDD est une unité technique de mesure, établie par convention et basée sur un examen des informations disponibles sur les doses recommandées par le fabricant, les essais publiés et les recommandations d'experts, et sur la pratique médicale dans certains pays. Ce qui est réellement prescrit au patient peut varier en fonction de la maladie traitée et des directives locales. Dans de tels cas, la dose journalière prescrite est établie par l'examen d'un échantillon de prescriptions et utilisée pour convertir de la même façon que les DDD des données générales facilement disponibles. Lorsqu'il existe une grande différence entre la dose prescrite et la DDD, il faut en comprendre les raisons et les répercussions avant de pouvoir interpréter correctement les résultats.

• Les DDD constituent une unité de mesure indépendante du prix et de la forme pharmaceutique, ce qui permet d'estimer des tendances de la consommation pharmaceutique et de faire des comparaisons entre groupes de population et systèmes de santé.

• Il n'a pas été établi de DDD pour les topiques, vaccins, anesthésiques généraux et locaux, milieux de contraste et extraits d'allergènes.

• La méthode des DDD ne doit être utilisée que dans les établissements où des données fiables sur les acquisitions, les stocks ou les ventes sont enregistrées.


ENCADRÉ 6.4 RÉSUMÉ DES ÉTAPES DU CALCUL DES DDD

Etapes

Exemple

1 Etablir la quantité totale de médicaments utilisés ou acquis en une année, en nombre d'unités (comprimés, gélules, préparations injectables), avec indication de la dose unitaire (mg, g, UI)

Quantité annuelle de méthyldopa utilisée par un hôpital provincial et les dispensaires voisins, couvrant une population de 2 millions d'habitants:

 

25 000 comprimés de méthyldopa à 250 mg et 3000 comprimés de méthyldopa à 500 mg

2 Calculer la quantité totale consommée en une année en termes de mg/g/UI en multipliant le nombre d'unités (comprimés, gélules, préparations injectables) par la dose unitaire

Consommation annuelle totale de méthyldopa
= (25 000 x 250 mg) + (3000 x 500 mg)
= 7 750 000 mg (7750g)

3 Diviser la quantité totale par la DDD attribuée au médicament considéré

DDD attribuée à la méthyldopa = 1 g D'où: nombre de DDD de méthyldopa consommées
= 7750 g/1 g = 7750 DDD

4 Diviser la quantité totale par le nombre de patients (si connu) ou par la population (voir exemple)

Consommation annuelle de méthyldopa
= 7750 DDD par 2 000 000 habitants par an
= 3,875 DDD par 1000 habitants par an

L'encadré 6.4 montre les étapes du calcul des DDD, avec un exemple.

Le tableau 6.3 présente une analyse détaillée, par catégorie thérapeutique, de différents antihypertenseurs, utilisant les DDD et comparant:

• la consommation en unités (comprimés/gélules)
• la consommation en valeur monétaire
• le coût par DDD
• le coût par traitement.


Les données présentées dans le tableau montrent que bien que la méthyldopa ait le deuxième prix unitaire le plus faible parmi les six antihypertenseurs oraux étudiés, elle a le coût le plus élevé par DDD et par traitement mensuel. En supposant que des traitements mensuels soient prescrits, les données de consommation totale indiquent qu'un peu plus de la moitié des patients sont traités par la méthyldopa. Comme tout montre que les diurétiques thiazidiques et les bêta-bloquants devraient être les antihypertenseurs de première intention, le CPT devrait rechercher pourquoi la consommation de méthyldopa est plus du double de celle du propranolol et de l'aténolol réunis. Si l'étude est concluante, le remplacement de la méthyldopa par l'un ou l'autre bêta-bloquant constituerait un traitement conforme aux données scientifiques et permettrait de réaliser des économies appréciables.

Tableau 6.3 Consommation et coût de quelques antihypertenseurs

Médicament

aténolol

hydralazine

méthyldopa

nifédipine

propranolol

propranolol

Dosage

100 mg

50 mg

250 mg

10 mg

40 mg

80 mg

Unité de base

cp

cp

cp

cp

cp

cp

Prix par unité de base (USD)

0,0800

0,0090

0,0600

0,0675

0,0040

0,0060

Utilisation totale en unités de base

29 000

86 000

443 500

7 000

70 000

5 000

Valeur annuelle de l'utilisation totale (USD)

2 320

774

26 610

473

280

30

Nombre d'unités par DDD

1

2

4

3

4

2

Coût par DDD (USD)

0,0800

0,0180

0,2400

0,2025

0,0160

0,0120

Nombre de jours standard de traitement

30

30

30

30

30

30

Unités de base par traitement

30

60

120

90

120

60

Nombre annuel de traitements

966,7

1 433,3

3 695,8

77,8

583,3

83,3

Coût (USD) par traitement

2,40

0,54

7,20

6,08

0,48

0,36

 

Source: Managing Drug Supply, 1997, Chapitre 41, p. 641.

 

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Last updated: May 3, 2013