Les médicaments essentiels permettent de sauver des vies humaines, d’atténuer la souffrance et d’améliorer la santé, il faut qu’ils soient de bonne qualité, sûrs, accessibles - matériellement et financièrement - et correctement utilisés. On compte pourtant de nombreux pays dans lesquels toutes ces conditions ne sont pas encore remplies. Si l’accès aux médicaments essentiels est élargi, chacun des problèmes passés en revue ci-dessous doivent être abordés.
• Un coût trop élevé - en particulier pour les nouveaux produits comme les antirétrovitaux ou les antipaludiques à base d’artesimine - limite l’accès aux médicaments dans les pays pauvres. Dans les pays en développement, les médicaments sont aujourd’hui tellement chers qu’ils représentent entre 25 et 70 pour cent du montant total des dépenses de santé, contre moins de 15 pour cent dans la plupart des pays à revenu élevé.
• L’usage irrationnel des médicaments pose un sérieux problème partout dans le monde. Selon les estimations, la moitié des médicaments ne sont pas correctement prescrits, administrés ou vendus, et la moitié des malades ne savent pas les utiliser comme il conviendrait. Une utilisation excessive, insuffisante, ou incorrecte des médicaments entraîne un gaspillage des ressources, déjà peu abondantes, et d’importants risques sanitaires.

Figure 1: Disponibilité: elle est de 70% en moyenne pour les médicaments essentiels - insuffisante … et souvent moindre

Figure 2: Dans certains pays, 1/3 des familles pauvres n’obtiennent aucun des médicaments nécessaires pour traiter les maladies aiguës
• Dans d’autres pays, des systèmes de financement de la santé inéquitables imposent aux ménages de payer eux-mêmes les médicaments essentiels dont ils ont besoin. Les conséquences financières de tels systèmes sont particulièrement dramatiques pour les pauvres et les malades ayant peu de ressources. Dans certains pays, un tiers des personnes, dans les familles pauvres, ne peuvent se procurer les médicaments essentiels dont ils ont besoin pour traiter une maladie aiguë.
• Si tant de pays ne sont pas capables d’assurer un approvisionnement régulier en médicaments essentiels, cela tient pour une bonne part au fait que leur système de fourniture de médicaments ne présente toujours pas la fiabilité requise. Tout dysfonctionnement, en un point quelconque du système, peut en effet entraîner des pénuries de médicaments et occasionner des souffrances et des morts qui pourraient tout à fait être évitées. En outre, on a pu constater que les organismes chargés de l’achat des médicaments pouvaient payer les médicaments essentiels jusqu’à deux fois le prix pratiqué sur le marché mondial, ce qui représente un gaspillage parfaitement inutile.
• La qualité des médicaments varie fortement - surtout dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Alors que la plupart des pays possèdent un organisme de réglementation pharmaceutique et que l’homologation des médicaments obéit à des règles strictes, un tiers des pays membres de l’OMS ne possèdent pas d’autorité en la matière ou ne sont guère en mesure, faute de mécanismes adéquats, de réglementer le marché des médicaments. Lors d’évaluations effectuées récemment par l’OMS, 50 à 90 pour cent des échantillons d’antipaludiques n’ont pas répondu aux critères de qualité et plus de la moitié des antirétroviraux n’ont pas satisfait aux normes internationales. La vente de médicaments de contrefaçon ou de qualité douteuse reste par ailleurs un problème à l’échelon mondial.
• Il faut mettre au point de nouveaux médicaments pour les maladies, en particulier les maladies «orphelines» qui touchent avant tout les pauvres. Dans le secteur pharmaceutique, l’essentiel de la recherche-développemant (plus de 90 pour cent) est consacré aux maladies qui affectent les 20 pour cent les plus riches de la population mondiale. Un pour cent seulement des médicaments créés au cours des 25 dernières années a été consacré aux maladies tropicales et à la tuberculose, qui, ensemble, représentent pourtant plus de 11 pour cent de la charge de morbidité dans le monde.

Figure 3: Le Programme international de pharmacovigilance de l'OMS offre une plateforme pour ses Etats Membres afin de surveiller l'innocuité des médicaments - mais il est nécessaire d’améliorer la couverture en Afrique