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Médicaments essentiels: Le point No. 031
(2002; 72 pages) [English] [Spanish] View the PDF document
Table of Contents
Open this folder and view contentsConflits d’intérêts
View the documentLettre de la Rédactrice en chef
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View the documentNetscan, réunions et cours
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Médicaments essentiels: Le point No. 031


ORGANISATION MONDIALE DE LA SNTÉ

Médicaments essentiels: le Point

Médicaments essentiels: le Point est publié et distribué par le Département Médicaments essentiels et politiques pharmaceutiques. Il paraît en anglais, chinois, espagnol, français et russe et est diffusé gratuitement à près de 300 000 lecteurs. Le Point informe sur l’évolution des politiques pharmaceutiques nationales, les directives thérapeutiques, les problèmes actuels du médicament, les stratégies éducatives et la recherche opérationnelle.

Le Département Médicaments essentiels et politiques pharmaceutiques de l’OMS s’est fixé pour objectif de permettre à toutes les populations, où qu’elles se trouvent, de se procurer les médicaments à un prix abordable, pour elles-mêmes ou pour leur pays, de veiller à l’innocuité, à l’efficacité et à la bonne qualité de ces médicaments et de faire en sorte qu’ils soient prescrits et utilisés de façon rationnelle.

Adresser toute correspondance à:

Madame la Rédactrice en chef Médicaments essentiels: le Point Organisation mondiale de la Santé

CH-1211 Genève 27, Suisse
Télécopie: +41 22-791-4167
Courriel: medmail@who.int

EDITORIAL
Promouvoir la science ou les ventes?

EN 1994, Le Point s’est penché sur les méthodes de commercialisation des médicaments et sur l’impact possible de ces méthodes sur les modes de prescription et sur les résultats thérapeutiques. Un grand nombre des problèmes soulevés alors se posent toujours aux professionnels de santé, aux associations de consommateurs, aux revues scientifiques et aux chercheurs universitaires et sont débattus lors des séances des organes directeurs de l’OMS. C’est la raison pour laquelle Le Point revient sur le sujet - pour encourager un débat essentiel et y participer. Au fur et à mesure que de nouvelles préoccupations se faisaient jour, un ensemble de faits est apparu démontrant le lien entre la promotion pharmaceutique et l’utilisation de nouveaux médicaments plus chers mais pas nécessairement plus efficaces voir page 18). L’étude de Wazana présentée page 22 en est un exemple. Il passe systématiquement en revue les faits démontrant que la promotion pharmaceutique influence les prescriptions des médecins. Une étude menée récemment par le US National Institute for Health Care Management Research and Educational Foundation montre que la publicité directe au consommateur, grand sujet d’actualité, risque d’induire ce que les auteurs appellent «un afflux de demandes, parfois injustifiées, pour certains médicaments délivrés uniquement sur ordonnance». La Fondation signale que les ventes des 50 médicaments ayant fait l’objet de campagnes publicitaires intensives aux États-Unis ont augmenté de 32 % entre 1999 et 2000, contre 13,6 % pour tous les autres médicaments délivrés sur ordonnance. A l’heure actuelle, seuls deux pays développés, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, autorisent cette forme de publicité. Dans la conclusion de son éditorial du 18 mai 2002, le Lancet affirme que les expériences dans ces pays ont démontré que les risques potentiels l’emportent sur les bienfaits vantés dans les publicités.

Pour renforcer cet argument, la canadienne Barbara Mintzes, chercheur, souligne dans un article qui donne à réfléchir (voir page 19) qu’en 1998 la FDA américaine a constaté une violation de la réglementation fédérale dans les spots publicitaires de 52 % des médicaments ayant bénéficié d’une publicité à la télévision. Et entre 1997 et mi- 2001, la FDA a transmis 94 avis de violation 48 spots diffusés et 46 encarts dans la presse écrite). Les principaux critères invoqués étaient: mise en garde insuffisante, bienfaits du médicament exagérés et usage non autorisé. D’autres études ont montré que la plupart des consommateurs ne comprennent pas le sens de l’expression «délivré uniquement sur ordonnance», et dans une enquête californienne, 43 % des personnes interrogées pensaient que seuls les médicaments totalement sûrs pouvaient faire l’objet d’une publicité. Il est clair qu’il nous reste un long chemin à parcourir pour éduquer le consommateur sur les médicaments. M. Léon Wever, législateur néerlandais a répondu sur le projet de l’Union européenne d’autoriser l’information directe du consommateur sur les traitements possibles contre le SIDA, l’asthme, la bronchite chronique et le diabète. Selon lui, si l’objectif de ce projet est d’informer le public, alors il n’est pas nécessaire de modifier la réglementation sur la publicité. Il souligne cependant qu’il y aura toujours une «zone de flou» entre information et promotion et qu’il sera donc difficile de légiférer en la matière (voir page 14).

Parmi les nouveaux sujets d’actualité depuis quelques années, citons le choix des femmes comme cibles de campagnes de commercialisation pharmaceutique et la médicalisation d’expériences transitoires correspondant à certaines étapes de la vie.

La citation d’une publicité reprise dans le titre de l’article de la page 12 «l’essence de la féminité désormais en cachets» a de quoi faire frémir.

En 1999, les participants à la table ronde organisée sur les produits pharmaceutiques par l’OMS et des ONG d’intérêt public ont identifié la promotion pharmaceutique comme une priorité exigeant une collaboration technique, en partie parce qu’ils ont reconnu la nécessité de rassembler un plus grand volume de données pour connaître son impact sur la santé publique. L’un des résultats de cette décision est la création de la première base de données mondiale exhaustive sur les études et les autres ouvrages relatifs à la promotion pharmaceutique. Le lancement de cette base de données est le fruit de cette collaboration (voir page 18). Elle sera une ressource précieuse pour les chercheurs, les décideurs, l’industrie et les ONG.

Bien entendu la promotion pharmaceutique, même si elle soulève un problème important, n’est qu’un facteur parmi d’autres qui influencent les habitudes de prescription et les ventes. Un autre problème est le risque de conflits d’intérêts et de distorsion des recommandations lorsque les chercheurs et ceux qui élaborent les directives techniques ont des liens non déclarés avec l’industrie. Une étude de JAMA (voir page 4) a révélé que 59 % des auteurs de directives thérapeutiques avaient des liens financiers avec les laboratoires dont les produits faisaient l’objet de recherches. Récemment, 13 des principales revues médicales dans le monde ont publié un document commun (page 2) dans lequel elles expriment leur forte préoccupation devant l’exploitation d’essais cliniques à des fins commerciales plutôt que scientifiques, les conflits d’intérêts non déclarés et le compte rendu sélectif des résultats. Les auteurs décrivent un nouveau climat dans lequel «le promoteur industriel est capable d’imposer les conditions de réalisation de l’essai, qui ne sont pas toujours dans l’intérêt des savants, des participants à l’étude ou de la science en général». Comme l’indique le Dr Jonathan Quick, Directeur OMS/EDM: «Trois sources de dysfonctionnements compromettent actuellement la fiabilité des essais cliniques: les conflits d’intérêts qui influencent les chercheurs; l’interférence des promoteurs industriels dans la préparation et la gestion des protocoles de recherche et enfin la manipulation des résultats aux fins de leur publication» (voir page 3). Le Dr Quick réclame une définition claire des droits et des obligations des chercheurs cliniciens et une plus grande transparence dans la gestion de la base de données sur les essais cliniques. Il s’associe en cela à la Déclaration d’Helsinki élaborée dans le but de protéger les personnes utilisées comme sujets humains dans les essais.

Des prises de décision cliniques éclairées, de bonnes pratiques de prescription et des résultats thérapeutiques optimisés dépendent essentiellement d’une base factuelle qui ne soit pas soumise à des intérêts commerciaux et de l’accès à des informations exhaustives, issues de sources certifiées scientifiques. De nombreux pays fondent leurs directives cliniques et leurs décisions de remboursement sur un examen systématique de toutes les données disponibles. Le Scottish Intercollegiate Guidelines Network et le Pharmaceutical Benefits Scheme en Australie en sont deux exemples. Par ailleurs, les actions promotionnelles exercent une pression considérable sur les prescripteurs et de plus en plus sur le grand public. Si des prescripteurs bien informés et motivés peuvent avoir accès à des informations objectives, il n’en est pas de même pour le grand public. Les gouvernements, les organismes de réglementation et les associations de professionnels doivent faire en sorte que toutes les informations pharmaceutiques communiquées aux prescripteurs et aux consommateurs, et la recherche dont elles sont issues, contribuent à améliorer la science et les résultats thérapeutiques plutôt que les ventes.

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