L'organisation du secteur pharmaceutique tunisien présente des caractéristiques uniques, en particulier dans le domaine de la réalisation et du contrôle de l'importation des médicaments.
La politique pharmaceutique de la Tunisie s'appuie depuis de nombreuses années sur un secteur public fort. A côté des différentes structures de réglementation et de contrôle, aux compétences bien définies, on retrouve des structures publiques d'approvisionnement qui centralisent les importations des médicaments destinés à la fois au secteur public et au secteur privé.
Cette centralisation de toutes les importations est une particularité du système tunisien. Par la maîtrise des prix des médicaments importés, elle permet de contenir les coûts d'approvisionnement en médicaments au niveau des structures hospitalières publiques et d'améliorer l'accessibilité financière des médicaments vendus en officine privée pour la majorité de la population.
Du fait de l'absence actuelle d'un système de protection sociale à couverture universelle, la plupart des tunisiens ne bénéficient pas d'une prise en charge financière des médicaments dispensés en officine. La mise en place de mesures visant à maintenir le plus possible inchangé au fil des années le prix de vente au public des médicaments permet d'atténuer les effets de cette situation sur leur accessibilité.
Cette stabilisation des prix est obtenue par deux mécanismes: d'une part, par le biais d'une prise en charge directe par l'organisme d'approvisionnement centralisateur des éventuelles augmentations du coût d'achat des médicaments d'importation; d'autre part, par le groupement des achats et la mise en compétition des fournisseurs dans le cadre d'appels d'offres internationaux pour l'approvisionnement en médicaments substituables, ce qui augmente le pouvoir de négociation et réduit les coûts de gestion. Ces mesures permettent de maintenir les prix publics de vente relativement bas sans recourir à des subventions de la part de l'État, tout en assurant la viabilité économique des structures publiques qui gèrent les importations.
Le secteur privé constitue le principal vecteur de distribution du médicament au travers du réseau des grossistes répartiteurs et des pharmacies d'officine. Les opérateurs du secteur privé ne subissent pas de limitations de leurs activités économiques du fait de la centralisation des importations. Les quantités des médicaments importés ne sont déterminées que par les volumes des prescriptions et la consommation des médicaments de libre vente, et celles-ci ne sont nullement influencées par les structures qui centralisent les importations.
Ce modèle mixte public/privé allie un contrôle public efficace de la chaîne du médicament avec la flexibilité d'un système de distribution privé. De plus, en offrant un droit de regard réciproque entre le secteur privé et le secteur public, il permet de prévenir les conflits d'intérêt pouvant nuire au fonctionnement du système d'approvisionnement.
Ce document décrit comment le système d'importation tunisien atteint des performances satisfaisantes en termes de qualité, de sécurité, de disponibilité et d'accessibilité financière des médicaments. De ce fait, il répond aux besoins de santé publique d'un pays aux ressources humaines et financières relativement limitées, tout en préservant la liberté d'action des acteurs socio-économiques.