Le paludisme, maladie que l’on peut éviter, traiter et guérir, tue un million de personnes chaque année en Afrique, neuf cas sur dix survenant dans la région subsaharienne. Aujourd’hui, au cours du premier sommet des chefs d’état africains consacré à cette maladie, l’engagement a été pris d’intensifier les efforts pour réduire de moitié la mortalité due au paludisme d’ici à 2010. Des représentants de quarante quatre des cinquante pays d’Afrique touchés par le paludisme ont participé à ce sommet qui s’est tenu à Abuja, Nigeria en mai 2000. Etaient également présents des responsables de diverses organisations des Nations Unies et les principaux bailleurs de fonds de la scène internationale. Le point marquant de la réunion fut la signature de la Déclaration d’Abuja et du plan d’action dans lequel les dirigeants s’engagent à entreprendre des actions durables pour renforcer les systèmes de santé, de telle sorte qu’en 2005 au plus tard:
• au moins 60 % des personnes souffrant de paludisme puissent, dans les 24 heures qui suivent l’apparition des symptômes, avoir rapidement accès à un traitement approprié et abordable, qu’ils pourront observer correctement;
• au moins 60 % des personnes exposées au paludisme, notamment les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, bénéficient des mesures de protection individuelles et communautaires les plus appropriées; il s’agit entre autres des filets antimoustiques traités aux insecticides et d’autres interventions accessibles et abordables permettant d’empêcher l’infection et la souffrance;
• au moins 60 % des femmes enceintes susceptibles de contracter le paludisme, particulièrement lorsqu’il s’agit des premières grossesses, aient accès à une chimioprophylaxie ou à un traitement présomptif intermittent.
Engagement, objectifs et ressources
Les chefs d’état ont appelé tous les pays à entreprendre et à poursuivre les réformes des systèmes de santé qui encourageront la communauté à participer à la lutte contre le paludisme, et amélioreront ainsi leur pérennité. Le diagnostic et le traitement du paludisme doivent être possibles dans les régions les plus éloignées (y compris le traitement à domicile) et doivent être accessibles aux plus pauvres.
Les signataires de la Déclaration s’engagent notamment à empêcher la réémergence du paludisme; à fournir aux décideurs, à quelque échelon qu’ils soient, des informations fiables sur la maladie et accorder des exemptions ou diminuer les taxes et tarifs douaniers sur les filets antimoustiques, les insecticides, les antipaludiques et tout autre produit et service entrant dans les stratégies de lutte contre le paludisme.
Les coûts cachés accentuent l’urgence
L’importance du Sommet s’est trouvée renforcée par la publication simultanée d’un rapport1 démontrant que le coût du paludisme dépasse de beaucoup les estimations des économistes. Selon ce rapport, la maladie entraîne une perte de croissance économique de plus de un pour cent par an.

La plus grande moustiquaire du monde a été déployée à Abuja, symbolisant ainsi les 225 enfants africains qui meurent toutes les deux heures et demie du paludisme - Photo: OMS/RBM
Les estimations précédentes n’avaient pris en compte que les implications financières immédiates à court terme telles que la perte de main d’oeuvre et les coûts de la prévention et du traitement. Mais, selon le rapport, les coûts à long terme sont encore plus dévastateurs pour le pays.
Bibliographie
1. Gallup JL, Sachs JD. Economics of malaria. Centre for International Development, Harvard University and the London School of Hygiene and Tropical Medicine. (A paraître). Une synthèse est disponible sur Internet: http://www.malaria.org/jdsachseconomic.html