• DAVID FINER*
* David Finer est rédacteur médical. Il présidait la conférence.
La première conférence internationale traitant des rapports des consommateurs sur les médicaments s’est tenue à Sigtuna, en Suède, du 29 septembre au 1er octobre 2000. Elle regroupait 70 participants venus de 35 pays. Le but de cette conférence était d’attirer l’attention sur le rôle primordial, jusque là inexploité, que pourraient jouer les consommateurs dans la pharmacovigilance grâce à leur expérience, mais aussi de faire prendre conscience au consommateur de ses propres droits.
En effet, les rapports émis directement par les consommateurs sur les effets indésirables des médicaments sont dignes de foi mais sont aussi controversés dans certains camps. C’est pourtant le seul système qui s’appuie directement sur l’utilisateur final.
La conférence était organisée par KILEN, organisation suédoise (Institut des consommateurs pour les médicaments et la santé) conjointement avec la Fondation Dag Hammarskjöld, Action Santé Internationale, l’Assemblée populaire pour la santé 2000, le Centre de surveillance Uppsala, l’Association suédoise des consommateurs et la Fondation Sigtuna. Elle regroupait des spécialistes issus de professions médicales et pharmaceutiques, d’organes de réglementation pharmaceutique, du Mouvement des consommateurs et de l’OMS.
Des représentants d’Australie, des Pays-Bas, de Suède, de Suisse et du Royaume Uni ont présenté des initiatives ou des systèmes existants de transmission de rapports par les consommateurs.
Le protocole élaboré à l’issue de la conférence expose les raisons qui poussent à étudier les rapports des consommateurs sur les médicaments, à savoir la nécessité de promouvoir les principes d’équité, les progrès thérapeutiques, la responsabilisation et la capacité à réagir. Par ailleurs, les systèmes s’appuyant sur les rapports de médecins présentent des inconvénients majeurs que l’on pourrait compenser, dans une certaine mesure, par la mise en place de rapports de consommateurs. Le premier de ces inconvénients est le petit nombre de médecins en exercice (souvent moins de 5 %) qui transmettent les informations. Les informations transmises selon les systèmes actuels concernent principalement les nouveaux médicaments, alors que de nouveaux problèmes peuvent émerger avec d’anciens médicaments, même si ceux-ci sont utilisés depuis une dizaine d’années.
Les consommateurs dressent un tableau plus complet
Des explications sont données aux délégués sur les avantages des rapports transmis par les consommateurs sur les effets indésirables des médicaments, notamment la réception plus rapide de signaux d’alerte, couvrant un plus large éventail de systèmes organiques et d’effets indésirables. Les consommateurs transmettent un compte rendu plus détaillé, plus vivant et plus complet des expériences et des situations indésirables dont les médecins ne sont pas informés et ne peuvent donc pas rendre compte, notamment dans le cas de médicaments achetés sans ordonnance ou de produits phytothérapeutiques.
S’il y a tant d’excellentes raisons en faveur des rapports émis directement par les consommateurs, pourquoi, me direz-vous, ce système n’est-il pas déjà en place? Parce que dans la plupart des pays, on n’accepte pas d’insérer les rapports des consommateurs dans les systèmes existants de rapports des médecins et parce que les consommateurs ne jouissent d’aucune influence et manquent de connaissances.
Selon les recommandations des membres de la conférence, les rapports des consommateurs sur les médicaments devraient être testés dans des régions ou parmi des groupes de patients pilotes, avant d’être généralisés ou devraient être dirigés par un organisme indépendant qui serait en contact avec le gouvernement et avec l’industrie. Ils devraient être transmis sous une forme condensée à toutes les parties concernées y compris aux médias. Il faudrait en outre faire le lien entre les données obtenues et les informations actuelles issues des 59 programmes nationaux s’appuyant sur les rapports de médecins et regroupées au Centre de surveillance de Uppsala (un centre collaborateur de l’OMS pour la surveillance pharmaceutique internationale). Des mesures appropriées doivent être prises pour permettre aux patients hospitalisés et aux participants aux essais cliniques sur les médicaments de transmettre des rapports.
Les rapports doivent être analysés par des experts
Le principe de la liberté d’informer de tout individu devrait être rappelé dans des Directives pour une bonne pratique clinique qui seraient approuvées par la Commission européenne et dans les protocoles sur les essais cliniques, sous réserve de l’approbation de comités d’éthique et d’organes analogues. Les accords de confidentialité conclus entre un enquêteur clinique et la Société industrielle qui le subventionne ne devraient jamais empêcher les participants de transmettre un rapport sur les effets indésirables. S’il y a un juste retour d’information et une analyse approfondie des rapports par des experts, il ne sera pas plus difficile d’éliminer les rapports malveillants, trompeurs ou ambigus que lorsqu’il s’agit de rapports émis par les professionnels.
Un système permettant d’obtenir des rapports sur les médicaments auprès des consommateurs pourrait être financé par des fonds publics, par des redevances de licences pharmaceutiques ou par des organismes de recherche, y compris l’Union européenne. La valeur de ce système dépendra pour une part du ralliement des systèmes existants, de la dissipation des préoccupations non fondées et de la capacité à mettre un terme aux éventuels malentendus.
Selon les délégués, le temps que les consommateurs apprennent à se prendre en charge, il faut également chercher à couper court aux influences néfastes éventuelles, notamment aux efforts actuels de la Nouvelle Zélande et des Etats Unis pour étendre au reste du monde la publicité directe pour des médicaments prescrits sur ordonnance.
Pour obtenir des informations complémentaires sur la conférence, connectez-vous sur Internet à l’adresse suivante: www.kilen.org