D’après le Rapport sur la Santé dans le Monde 1999: Pour un réel changement 1, une plus grande équité, des systèmes de santé plus rentables et la lutte contre les maladies principalement responsables de la charge de morbidité figureront au rang des priorités de l’OMS pour la décennie à venir. L’ouvrage résume d’une part les succès enregistrés dans le domaine de la santé à l’échelle mondiale et les défis qu’il reste à relever et constitue d’autre part un document stratégique pour les dix prochaines années. Le Rapport fait en outre la synthèse de la révolution qui s’est opérée dans la santé au XXème siècle, marqué par le déclin des naissances et un accroissement significatif de l’espérance de vie.
Cette révolution a pourtant ses laissés-pour-compte. Le Rapport souligne que plus d’un milliard de personnes vont franchir le seuil du XXIème siècle sans en avoir bénéficié. Dans le domaine de la santé dans le monde, la réduction des inégalités est une priorité. Les moyens existent; manquent encore une vision stratégique, un engagement profond et un leadership mondial.
L’OMS estime que pendant les premières décennies du XXIème siècle, les décideurs de la santé devront faire face à un double fardeau: d’une part, les nouvelles épidémies de maladies non transmissibles et de lésions traumatiques, qui prennent de l’ampleur de par le monde, d’autre part, le «programme inachevé» en matière de maladies infectieuses, de malnutrition et de complications de l’accouchement problèmes, qui touchent de manière disproportionnée les pauvres.
Le Rapport estime que la part des maladies non transmissibles dans la charge de la maladie devrait s’accroître, et passer de 55% en 1990 à 73% en l’an 2020. Les systèmes de santé devront être adaptés pour faire face à cette transformation mondiale, qui devrait être particulièrement rapide dans les pays en développement. En Inde, par exemple, les décès dus à des maladies non transmissibles devraient doubler, et passer d’environ 4 millions à quelque 8 millions par an. Faisant l’objet de chapitres à part, le paludisme et la prévention des décès dus au tabac sont traités séparément en vue d’une action commune internationale.

Nécessité d’accroître les dépenses de santé
Selon le Rapport, le seul moyen de réduire la charge de morbidité est d’améliorer les systèmes de santé. Les pays doivent relever deux défis: assurer l’efficacité; et instaurer et maintenir une couverture universelle. La publication suggère à de nombreux pays d’accroître leurs dépenses globales de santé s’ils veulent que les mesures sanitaires, soientelles les moins coûteuses et les plus efficaces, profitent à l’ensemble de la population.
Pour améliorer l’efficacité, il est possible entre autres de recourir à des paquets intégrés d’interventions, tels que les programmes de vaccination. Le moyen le moins organisé et le plus inéquitable de financer les soins de santé est de faire payer les gens «de leur poche» à chaque fois qu’ils consultent. Le Rapport souligne que les plus pauvres supportent de manière disproportionnée le fardeau financier, ce qui restreint leur accès aux services de santé, alors que ce sont eux qui en ont le plus grand besoin.
Le Rapport conseille aux gouvernements de fournir des services présentant un bon rapport coûtefficacité afin de prévenir ou de guérir les problèmes sanitaires les plus pressants de leur pays, ce qui devrait avoir pour conséquence d’alléger la charge inacceptable de morbidité que supportent les pauvres et de stimuler la croissance économique. L’OMS marque ainsi un changement d’orientation, en reconnaissant la nécessité de fixer des priorités pour utiliser au mieux les ressources et en faire profiter à l’ensemble de la population. C’est un «nouvel universalisme» qu’elle propose: la couverture universelle signifie que tous vont en profiter, mais pas qu’ils vont profiter de tout. Les gouvernements devront s’atteler à ce que les soins soient accessibles à tous, mais ne sauraient dispenser tous les traitements possibles. Les priorités devront prendre en compte les ressources disponibles et le coût des interventions sanitaires les plus urgentes. Le Rapport n’exclut pas que les gouvernements fassent appel, si nécessaire, à des prestataires privés, mais rappelle que c’est à eux qu’il incombera d’assumer l’entière responsabilité de prendre les décisions, de mettre en place la réglementation et de financer les soins de santé pour tous dans un souci de solidarité.
La publication décrit les quatre principaux défis que devront relever les gouvernements et les organismes internationaux au cours des dix prochaines années:
• faire en sorte que les systèmes de santé se concentrent sur les interventions permettant d’exercer un maximum d’effets sur la santé des pauvres;
• permettre aux systèmes de santé de contrer à l’avance les menaces potentielles pour la santé liées à la crise économique, à un environnement malsain ou à des comportements à risque;
• mettre en place des systèmes de santé offrant un accès universel aux services cliniques, à titre gratuit ou moyennant le paiement de frais réduits au moment de la prestation;
• encourager les systèmes de santé à investir dans la recherche-développement.
L’OMS a le sentiment que relever ces défis provoquera un réel changement dans la qualité de vie au niveau mondial.
Référence
1. OMS. Rapport sur la Santé dans le Monde 1999: Pour un réel changement. Genève: Organisation mondiale de la Santé: 1999. Prix: Fr.s. 15, US$ 13,50, et dans les pays en développement Fr.s. 10,50.