Contexte de l’étude
Le Maroc est un pays à revenu intermédiaire avec un PNB par habitant en 1995 de l’ordre de US$ 1 100. De 1985 à 1995, l’accroissement du PNB par habitant, en moyenne annuelle, a été en dessous de 1%. La croissance économique reste très fragile et est fortement dépendante des apports extérieurs et des aléas climatiques.
Dans le domaine pharmaceutique, le secteur privé domine totalement la production, l'importation et la distribution de gros ou de détail des médicaments; le Maroc a la particularité d’avoir une production pharmaceutique locale très développée qui satisfait 80% environ de la demande solvable.
Objectifs et méthodes
Cette étude vise à évaluer la contribution du secteur pharmaceutique privé au Maroc à l’accès des populations aux médicaments. Pour ce faire, elle tente de répondre à deux questions fondamentales:
• Quelle est la place du secteur privé dans le marché intérieur du médicament?
• Dans quelle mesure le secteur privé contribue-t-il à la disponibilité, à l’accessibilité et au bon usage des médicaments essentiels?
L'étude est fondée sur le traitement de l'information statistique et des publications disponibles et sur les données recueillies lors d’une enquête menée en avril et mai 1994 auprès de 19 officines et 1 dépôt.
Résultats
Les principaux résultats de l'étude peuvent être résumés comme suit:
1. Regroupant 26 entreprises, l'industrie pharmaceutique couvre largement la demande locale solvable. Elle est dominée par une dizaine de laboratoires, certains à capitaux étrangers, qui réalisent près de 80% de la production. Limitée à la formulation et au conditionnement, cette industrie est fortement dépendante des importations de matières actives et d’articles de conditionnement.
2. Le marché est caractérisé par une grande disponibilité, sous différentes formes et dosages, de produits présentés sous des noms de spécialités originales.
3. Inférieurs de 30% environ à ceux pratiqués en France, les prix des médicaments apparaissent élevés au regard des niveaux moyens des revenus. Entre la population du décile le plus pauvre et celle du décile le plus riche, la consommation de médicaments varie de 1 à 10. Les inégalités de revenus, conjuguées aux disparités dans l'accès géographique aux établissements de soins et aux officines (25 000 habitants par officine en zones rurales) révèlent des différences régionales et sociales très importantes. Le réseau de distribution de détail, bien qu'en expansion, est très fortement concentré dans les zones urbanisées, où la demande solvable est la plus importante. De 82,1 dirhams (DH) en moyenne en zones rurales (12,7 millions d'habitants en 1994), la dépense moyenne en médicaments passe à 216 DH en milieu urbain.
4. L'accessibilité aux médicaments est fonction de trois facteurs essentiels: la zone d'habitat, les niveaux et la répartition des revenus et le taux de couverture du risque maladie de la population. Les deux premières variables sont étroitement corrélées. Le taux de couverture de la population par l'assurance maladie est d'environ 13%. Cette faible couverture est perçue, en particulier par les professionnels du secteur, comme l'obstacle le plus important au développement du marché et à l'amélioration des niveaux de consommation.
5. Les mesures actuellement envisagées portent principalement sur l'institution d'un système d'assurance maladie obligatoire et sur la mise en place d'un fond d'assistance médicale au bénéfice des indigents. Les perspectives d'extension du système d'assurance maladie sont limitées par les possibilités d'amélioration de l'emploi et des revenus, en particulier en milieu rural. Même si de tels préalables peuvent être envisagés à moyen terme, des mesures de régulation semblent nécessaires pour réduire les énormes déséquilibres dans la répartition des infrastructures sanitaires, des effectifs médicaux et des officines.
L’adhésion du Maroc, en 1994, à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ratifiant les accords du GATT, et l’accord de coopération signé avec l’Union Européenne en février 1995, posent au secteur pharmaceutique privé des problèmes nouveaux:
• l'industrie pharmaceutique marocaine bénéficiera-t-elle encore de la protection du marché local?
• quels effets aura l’ouverture des frontières sur la configuration de l’industrie locale, sur la gamme des produits et les coûts de production et sur les prix publics des médicaments?
• l'ouverture du marché se traduira-t-elle par le développement de la consommation de génériques, ou par l'accroissement de la part des spécialités?