Depuis quelques années, le recours à la névirapine suscite beaucoup d’intérêt du fait que, comme l’ont montré les essais cliniques, elle réduit efficacement la TME, elle est bon marché et d’une utilisation commode dans les programmes de prévention de la TME. On trouvera dans ce qui suit de plus amples renseignements sur son utilisation à cette fin.
La névirapine est un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) qui, par fixation directe à la transcriptase inverse du VIH-1, ralentit la synthèse de l’ADN viral et inhibe par conséquent la réplication du virus. Chez l’adulte, la névirapine est rapidement absorbée après administration par voie orale et elle possède une longue demi-vie d’élimination (t1/2) égale à environ 40 heures. Administrée en prise unique de 200 mg par voie orale à la mère au début du travail, la névirapine franchit efficacement la barrière placentaire. Chez le nourrisson, les valeurs médianes de la t1/2 vont de 45 à 72 heures en ce qui concerne l’élimination du produit administré à la mère et de 37 à 46 heures en ce qui concerne l’élimination d’une dose unique de 2 mg/kg administrée au nouveau-né.19
Les essais cliniques ont montré qu’une dose unique de névirapine présentait une bonne innocuité et une bonne tolérance à court terme. D’après les données relatives à 38 couples femmes/nourrissons recrutés pour les essais initiaux de phase I PACTG 250 et HIVNET 006, il n’y a pas eu d’éruption cutanée ni de manifestations indésirables graves attribuables à la névirapine qui soient mises en évidence soit par des examens de laboratoire soit par observation de symptômes cliniques chez les femmes ou les enfants. Parmi les 960 couples femmes/nourrissons qui ont été exposés à la névirapine soit pendant l’accouchement, soit à la naissance dans le cadre des essais HIVNET 01214 et SAINT,18 il n’y a pas eu de différence significative en ce qui concerne les effets toxiques graves, la présence d’éruption cutanée,d’anémie, d’anomalies hépatiques ou la mortalité entre ceux qui étaient dans le groupe ayant reçu la prophylaxie par la névirapine et ceux ayant reçu la prophylaxie de courte durée par la zidovudine ou par l’association zidovudine + lamivudine. Dans le cadre de l’essai PACTG 316, 1506 femmes soumises à une thérapie antirétrovirale (généralement une association de plusieurs médicaments) ont été réparties de manière aléatoire en deux groupes recevant au moment de l’accouchement, l’un une dose supplémentaire de névirapine et l’autre, un placebo. On n’a pas constaté de différence dans les effets toxiques observés chez les mères ou les nourrissons entre les sujets des deux bras de cette étude.20 Le recueil des données sur l’innocuité à long terme de la névirapine en prise unique est en cours.
Chez un certain nombre de femmes et de nourrissons qui recevaient une dose unique de névirapine21,22 ou de lamivudine22,23 aux fins de prévention de la TME, on a observé la sélection de virus résistants. Ces virus résistants vont redevenir des souches sauvages sensibles aux antirétroviraux dans les 12 à 24 mois suivant l’arrêt du traitement par la névirapine. On ignore encore quelle peut être la portée clinique, pour les programmes de prévention de la TME, de l’apparition d’une résistance aux antirétroviraux, notamment en ce qui concerne les futures options thérapeutiques pour la mère ou l’enfant ou les résultats de la prophylaxie au cours d’une grossesse ultérieure, si l’on utilise le même produit. Au cours de la consultation technique de l’OMS qui s’est tenue en octobre 2000, on a examiné avec soin les données disponibles à ce sujet et la conclusion a été que la réduction de la transmission du VIH de la mère à l’enfant grâce à ces schémas prophylactiques antirétroviraux constituait un avantage compensant largement les craintes que l’on peut nourrir au sujet de l’apparition d’une pharmacorésistance.1
La névirapine et la zidovudine ont été incluses en 1999 dans la liste modèle OMS des médicaments essentiels avec pour seule indication la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant.24 Le schéma prophylactique HIVNET 012 à base de névirapine utilisé pour la prévention de la TME consiste dans la prise par la mère d’un comprimé de 200 mg par voie orale au début du travail, une dose unique de névirapine de 2 mg par kg étant ensuite administrée par voie orale au nouveau-né dans les 72 heures suivant la naissance.
D’après l’expérience acquise dans ce domaine, la mère peut prendre le comprimé par voie orale à son domicile au début du travail. En revanche, il est essentiel que l’enfant soit conduit dans un établissement de soins dans les 72 heures qui suivent sa naissance pour y recevoir sa dose orale de névirapine en suspension.