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La libéralisation du secteur pharmaceutique en Algérie - Effets sur la disponibilité et les prix des médicaments - Série de recherche, No. 22
(1997; 49 pages) View the PDF document
Table of Contents
View the documentRésumé
View the documentIntroduction
Open this folder and view contentsPremière partie: Contexte socio-sanitaire et effets de l'intervention du secteur privé
Open this folder and view contentsDeuxième partie: Libéralisation du secteur pharmaceutique et effets sur la disponibilité des médicaments essentiels
Open this folder and view contentsTroisième partie: Effets de la libéralisation sur les prix et l'accessibilité des médicaments essentiels
View the documentConclusion générale
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View the documentSérie Recherche No. 22
 

Conclusion générale

Le développement du secteur pharmaceutique privé en Algérie a connu globalement trois phases depuis l'indépendance en 1962.

• De 1962 à 1969: phase de rétrécissement, du fait de la nationalisation de certaines entreprises de distribution de gros et d'officines abandonnées par leurs propriétaires européens. En parallèle, se constituait la Pharmacie centrale d'Algérie (PCA), qui obtient le monopole d'importation et de distribution de gros. Le secteur privé se limite aux officines situées essentiellement dans les villes.

• De 1969 à 1990: phase d'expansion rapide dans la distribution de détail, à l'ombre du monopole d'Etat d'importation. Le secteur public se développe, en parallèle, dans la sphère commerciale sans jamais se donner les moyens d'une production locale conséquente.

• Après 1990: phase de conquête de tout le circuit du médicament Le monopole d'Etat est supprimé, l'investissement privé est encouragé et l'ouverture des frontières est totale. Le secteur pharmaceutique privé s'étend à l'importation, à la distribution de gros, à la promotion et, en partie à la production.

Notre étude s'est particulièrement intéressée à cette dernière période, marquée par de très fortes hausses des prix et par de fréquentes pénuries, y compris pour les médicaments essentiels.

Quel a été le rôle du secteur privé? Quel est son impact sur la disponibilité et sur l'accessibilité?

Deux constats majeurs s'imposent

• Le premier porte sur la réalité, l'ampleur et les causes de la pénurie de médicaments. L'hypothèse avancée, confortée par l'observation empirique, est que les pénuries sont d'abord la conséquence d'un dérèglement des circuits d'approvisionnement et de distribution. L'extension considérable du secteur privé n'a pas diminué les carences constatées dans le cadre du monopole d'Etat. Au contraire, l'ampleur et la fréquence des pénuries et des ruptures de stocks sont plus grandes.

• Le second constat concerne les hausses et les disparités des prix. Elles ont été, au cours de la période observée (1993-1996), très fortes. Les dévaluations monétaires ne sont pas seules en cause. D'autres causes sont tout aussi importantes:

• une hausse des prix à l'importation du fait de l'achat privilégié de spécialités par le secteur privé, du rétrécissement du champ des fournisseurs et de la dégradation des conditions de financement;

• un affaiblissement des capacités de négociation des entreprises publiques. Les hausses et les disparités de prix constatées ne sont pas le fait du seul secteur privé; les écarts de prix concernent aussi les PHARMS.

L'accessibilité financière aux médicaments s'est de ce fait détériorée. A cette hausse des prix des médicaments s'est ajoutée la baisse du niveau de vie et du pouvoir d'achat (le PNB par habitant est passé de 2800 US dollars en 1986 à 1556 en 1995), la diminution du taux de couverture de la population par la sécurité sociale du fait de l'extension du chômage et du sous-emploi et l'instauration du paiement partiel par l'usager des soins et des médicaments dans le secteur public.

La résolution des problèmes de disponibilité et d'accessibilité ne relève pas du même champ d'action, les premiers concernent la gestion de l'approvisionnement et des ressources, les seconds ont trait au problème des revenus, du pouvoir d'achat et des prix.

A l'évidence, l'instauration brutale d'une logique de marché dans un secteur non préparé et protégé a eu des effets négatifs sur les populations. L'extension du secteur privé qui devait améliorer le niveau de disponibilité, mobiliser l'épargne, favoriser la production et introduire une émulation n'a pas, jusque là, tenu ses promesses.

La persistance en 1996 des phénomènes relevés en 1993 (persistance des hausses de prix et fortes disparités entre les régions et les fournisseurs) témoigne de la difficulté des pouvoirs publics à concevoir et à mettre en application des moyens efficaces de régulation. Les solutions préconisées jusqu'à présent sont de portée limitée. Il s'agit, pour l'essentiel, d'un renforcement de la législation pharmaceutique, de la refonte du système des marges commerciales et d'une modulation du remboursement des médicaments par la sécurité sociale, en fonction d'un prix de référence, qui s'établirait à un niveau médian, entre le produit le moins cher et le produit le plus cher. Une série de textes a été adoptée en 1995 pour compléter le dispositif réglementaire en vigueur. Un décret du 15 janvier 1996 a défini de nouvelles marges applicables aux médicaments:

• à la production, 20% du prix de revient hors taxes;
• au niveau de la distribution de gros, 15%;
• au niveau de la distribution de détail, 33%.

Ces mesures sont nécessaires. Elles devraient s'accompagner d'interventions dans les domaines suivants.

• Maîtrise des prix à l'importation: les prix à la consommation sont très fortement dépendants du niveau des prix d'acquisition sur les marchés extérieurs dont l'Algérie dépend à plus de 80%. Or, l'atomisation des achats extérieurs, publics et privés, la multiplication des importateurs et la faible connaissance de l'offre mondiale de produits pharmaceutiques jouent dans le sens d'une hausse des prix d'approvisionnement. La contrainte financière en devises vient aggraver l'effet de ces facteurs. Sans un regroupement, sous diverses formes, de la capacité d'importation et de négociation, il ne peut y avoir de maîtrise durable des prix à l'importation ni de desserrement de la contrainte sur les prix à la consommation.

• Augmentation de la part des génériques: une très grande partie, en valeur et en volume, des médicaments consommés en Algérie sont anciens et leurs brevets sont dans le domaine public. L'offre mondiale de génériques se développe rapidement et est de plus en plus le fait des grandes firmes de production. La qualité est mieux garantie et les prix sont d'au moins 50% plus bas que les spécialités originales. Le choix des génériques correspond mieux aux moyens et à la demande dominante en médicaments. Une telle stratégie doit s'accompagner de politiques sur le contrôle de la qualité, la formation du personnel et l'information du public.

• Changement du mode de rémunération des vendeurs (grossistes et pharmacies de détail): le mode actuel (marge ad valorem, pourcentage sur le prix) est inflationniste et défavorable aux génériques et à un exercice éthique des fonctions de distribution. Il incite à la vente du maximum de produits et, en particulier, de ceux à prix élevés, car il lie la rémunération du pharmacien au niveau des prix et au taux de la marge commerciale. Les solutions techniques existent (marge absolue par ordonnance ou par ligne de prescription, marges dégressives,..), elles doivent être négociées entre parties concernées.

• Amélioration de la prescription et de la consommation: avec la libéralisation du secteur pharmaceutique, l'influence commerciale sur la prescription et sur la consommation s'est accrue. Elle induit une croissance de la consommation sans considérer le rapport coût/utilité ni les besoins prioritaires. Les institutions et les programmes de formation des étudiants et du personnel de santé, ainsi que l'information sur les médicaments doivent être renforcés et la promotion contrôlée. L'information aujourd'hui est diffusée essentiellement par les laboratoires pharmaceutiques.

• Promotion d'une production locale: certains la présentent comme la solution définitive à la question des prix. C'est là un thème permanent du discours sur la politique pharmaceutique: dans les années 60, au moment des nationalisations des officines, dans les années 70 avec le lancement du complexe de Médéa et dans les années 80 avec la politique de libéralisation. Les résultats en termes de production effective et de couverture de la demande locale ont, à chaque fois, été plus que modestes. La production locale n'a jamais dépassé la barre des 20%. Il faudra certainement faire un bilan rigoureux pour expliquer ce blocage. Aujourd'hui, la question de la production locale est devenue plus complexe du fait des nouvelles stratégies des grandes firmes, des ambitions de production au Maroc et en Tunisie et de l'existence d'un fort secteur privé à l'importation et à la distribution. Sans une stratégie régionale et à moyen terme, l'Algérie restera, pour les grandes firmes, un terrain d'exportation ou, dans le meilleur des cas, de conditionnement local de produits à forte rotation.

 

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