Introduction de la perspective genre dans les programmes nationaux des médicaments essentiels
(2001; 48 pages) [English] View the PDF document
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View the documentRemerciements
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View the documentPréambule
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Open this folder and view contentsRelations de genre et de santé
View the documentLe pouvoir: Dénominateur commun des relations de genre et des systèmes de santé
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View the documentQuestion de statistiques et de données
View the documentRôle des femmes dans la fourniture des soins de santé
View the documentLes femmes utilisatrices des médicaments
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Pauvreté, femmes et médicaments

«Nous restons confrontés à des défis formidables, disait le Dr. Gro Harlem Brundtland, Directeur-général de l’OMS. Ils sont liés avant tout à la persistance de la pauvreté. Les déséquilibres sont frappants» (OMS, 1998).

Les habitants des pays en développement supportent plus de 90% des maladies et n’ont cependant accès qu’à 10% des ressources consacrées à la santé.

Plus de 5 milliards de personnes dans le monde - les trois-quarts de l’humanité - sont pauvres et 70% des personnes vivant dans la pauvreté absolue sont des femmes; elles sont 62% à vivre dans des pays ou des régions où le PIB est inférieur à 1000 dollars et dans lesquels, au cours des années 80, la croissance annuelle de ce même PIB fut inférieure à 10 dollars ou, dans bien des cas, négative. En 1984, le revenu des femmes en Argentine est tombé de 50% au dessous de celui des hommes (Nations unies, 1991). Fait lourd de conséquences, 30% des femmes dans le monde sont des femmes chefs de famille. Ce phénomène qui s’accompagne d’une forte féminisation de la pauvreté, ne cesse d’augmenter (Khoury, 1996).

Pauvres dans les zones rurales, on en a vu plus haut les principales raisons; pauvres dans les zones urbaines parce que non qualifiées, elles sont confinées dans le secteur informel, très varié dans ses formes mais très unifié dans l’extrême modicité des revenus. Les deux situations impliquent des horaires très lourds et des conditions de travail difficiles, voire dangereuses. Les femmes urbaines pauvres expérimentent aussi des conditions de logement très insalubres, notamment par leur manque d’aération (qui entraîne chez les enfants des maladies respiratoires), par leur alimentation en eau insuffisante du point de vue de la qualité et de la quantité.

La pauvreté ne cesse d’augmenter sous l’effet de plusieurs raisons dont quelques-unes sont toujours invoquées: la mondialisation, les crises économiques, les programmes d’ajustement structurel (PAS). Ces programmes, destinés à mieux intégrer les économies nationales dans l’économie de marché mondialisée, ont des effets destructeurs pour les femmes car «elles renforcent, pour beaucoup d’entre elles, l’inégalité des rapports de genre, en accroissant leur vulnérabilité économique et en augmentant leur charge de travail». Ce qu’écrit Jayati Ghosh (1998) à propos des effets des PAS sur les femmes en Inde est valable (partout dans le monde les études le confirment) pour tous les pays: «accès aux éléments de première nécessité, tels que la nourriture, les vêtements et le logement... accès à l’instruction et à la formation professionnelle, ce qui permettrait aux femmes d’abandonner les emplois non qualifiés et à faible productivité, accès aux nécessités de la reproduction et de l’éducation des enfants, mais aussi aux soins de santé et autres services sociaux... contrôle sur l’allocation des ressources... Chacun de ces points sont touchés négativement par la réduction des dépenses gouvernementales dans le cadre des mesures de stabilisation, mais aussi par le retrait de l’Etat... et par la dépendance renforcée à l’égard des marchés». Les réductions des dépenses sociales ont non seulement des effets directement négatifs sur les conditions de vie et de travail des femmes et, de ce fait, sur la santé, l’alimentation et l’éducation des enfants, mais aussi elles peuvent forcer les femmes à entrer sur le marché du travail pour des raisons économiques. «Dans ce contexte, il n’y a pas de quoi applaudir la féminisation du travail, que l’on attribue parfois aux politiques de libéralisation» associées, dans la réalité, à des conditions de travail tenant de l’exploitation mais aussi à un déclin des revenus familiaux puisque bien souvent les hommes perdent leur emploi en même temps.

En Asie (Eviota, 1998), les niveaux de salaires réels et de revenus ont chuté alors que les prix montaient, obligeant les femmes à augmenter leurs activités dans le secteur informel pour pouvoir acheter de la nourriture souvent moins abondante et moins riche. «Ainsi, en périodes d’ajustement structurel, les taux de malnutrition et de mortalité infantile ont augmenté, comme ont cru les grossesses à haut risque et les bébés au poids de naissance très faible». Il faut souligner les conséquences sur l’environnement dans la mesure où les politiques pour l’exportation ont exigé la construction de grandes infrastructures et de projets industriels «responsables de déplacements de communautés rurales et souvent, une fois en fonctionnement, répandant des produits chimiques toxiques dans leurs environs». Il faut souligner, encore une fois, que ce type de politiques oblige les pays, dont l’une des principales richesses est l’agriculture, à produire toujours plus de cultures d’exportation - puisqu’il faut toujours plus exporter pour améliorer la balance des paiements - au détriment des cultures vivrières dont les femmes sont responsables. Les paysannes, elles aussi, doivent acheter des aliments, en période de soudure, et cela au prix du marché, c’est-à-dire, de plus en plus cher.

Au Zimbabwe, les PAS sont mis en œuvre en 1991, un an après, les frais de maternité augmentent; dans le principal hôpital de Harare, le montant de la caution pour couvrir les frais d’accouchement, le prix de la chambre, et de l’anesthésie, sont passés de 140 à 500 Z$. «Comme un homme nous l’a dit, je gagne 300 Z$ par mois, comment ma femme peut-elle se rendre à la maternité pour 500 Z$?» (Kanji et Jazdowska, 1998). On pourrait multiplier les exemples d’appauvrissement qui affectent les hommes et encore plus les femmes depuis la mise en place des PAS afin de satisfaire au diktat du libéralisme; nombreux sont ceux, et particulièrement l’UNICEF, qui ont demandé au FMI et à la Banque Mondiale de conduire leurs réformes avec «un visage humain». Cependant si l’expression est désormais utilisée, les résultats ne sont pas probants.

Il en est du visage humain comme du genre: on en parle beaucoup et on en fait peu. «C’est comme si les politiques sociales étaient utilisées comme des trousses de première urgence pour traiter ceux qui ont été blessés ou frappés d’ostracisme par un modèle économique dont le but exclusif est la croissance économique et non l’équité. Les politiques sociales sont utilisées comme des éléments compensant les dommages provoqués par les politiques économiques. Certains se demandent si les récents investissements dans le domaine de la santé faits par les banques de développement international ne pourraient pas avoir les mêmes conséquences» (Antezana et Velasquez, 1996). Les ravages du dogmatisme néolibéral ne cessent de se faire sentir.

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Last updated: May 3, 2013