Rapport de la consultation sur le SIDA et la médecine traditionnelle: Contribution possible des tradipraticiens (Francistown, Botswana, 23-27 juillet 1990)
(1990; 60 pages) [English] View the PDF document
Table of Contents
Open this folder and view contents1. INTRODUCTION
Open this folder and view contents2. APPROCHES PERMETTANT D’ASSOCIER LES TRADIPRATICIENS A LA LUTTE CONTRE LE SIDA
Open this folder and view contents3. RECOMMANDATIONS
Close this folderANNEXES
View the document1. Liste des participants
View the document2. Programme de travail de la consultation
View the document3. Allocution de bienvenue de M. M. Tshipinare Ministre de la Santé par intérim du Botswana
View the document4. Déclaration liminaire du Dr G. L. Monekosso, Directeur du Bureau régional OMS de l’Afrique
View the document5. Médecine traditionnelle et SIDA: Tendances et perspectives par le Dr Olayiwola Akerele, Directeur du Programme de Médecine traditionnelle, OMS, Genève
View the document6. Aperçu de l’épidémiologie du SIDA dans le monde par le Dr Benjamin M. Nkowane, Médecin, Programme mondial de Lutte contre le SIDA, OMS, Genève
Close this folder7. Profils de pays
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Ethiopie

Introduction et rappel des faits

Avant d’en venir au rôle des tradipraticiens dans la lutte contre le SIDA en Ethiopie, il faut rappeler l’histoire des tradipraticiens en Ethiopie. L’insuffisance et l’inaccessibilité des services de santé modernes expliquent en partie pourquoi plus de 80 % de la population rurale a continué à se fier à la médecine traditionnelle (Ministère de la Santé, 1980). Même dans les villes où il existe des services de médecine moderne adéquats, beaucoup de personnes continuent à se tourner vers les tradipraticiens pour diverses raisons. Bien qu’en Ethiopie la médecine traditionnelle soit aussi variée que la culture du pays, deux éléments fondamentaux caractérisent les différents systèmes de médecine traditionnelle, à savoir a) l’approche holistique des problèmes humains et b) l’imbrication entre croyances médicales “mystiques” et “empiriques”.

Dans la médecine traditionnelle éthiopienne, la notion de guérison n’est pas limitée à la maladie, mais englobe aussi la préservation et le développement du bien-être physique, spirituel et matériel (Bishaw, 1989).

Plus récemment, la médecine traditionnelle en Ethiopie a également été influencée par ses contacts avec le monde industriel. En raison de l’attrait que la médecine moderne présentait pour la population, les tradipraticiens ont parfois mélangé les deux systèmes et acquis ainsi davantage de popularité. Certains d’entre eux se sont même transformés en “spécialistes des injections”.

Les premières dispositions légales concernant la médecine traditionnelle en Ethiopie, qui figuraient dans le Code pénal de 1957, sont restées plus ou moins lettre morte. Il a fallu attendre 1979 pour que le Ministère de la Santé charge un Comité d’experts d’organiser et de coordonner la promotion de la médecine traditionnelle dans le pays. Par la suite, il a été créé un Bureau de coordination dont la mission consistait à: a) organiser, former et agréer les guérisseurs; b) coordonner et encourager les recherches sur la médecine traditionnelle et organiser des séminaires et des ateliers à l’intention des praticiens de la médecine traditionnelle et de la médecine moderne; c) identifier, décrire et approuver les remèdes traditionnels et les guérisseurs ayant effectivement, ou susceptibles d’avoir, une action efficace; d) étudier les possibilités de constituer des herbariums et des muséums pour les plantes et les objets utilisés en médecine traditionnelle; e) préparer l’intégration, à terme de la médecine traditionnelle au système de santé structuré.

Ces objectifs ont été entérinés par le gouvernement et des réunions et des ateliers internationaux rassemblant tradipraticiens et praticiens de la médecine moderne ont été organisés. L’idée de promouvoir et d’utiliser la médecine traditionnelle a été incorporée au plan d’orientation décennal. Le souci de promouvoir la médecine traditionnelle partait de plusieurs considérations: a) la médecine traditionnelle fait partie de la culture et 80 % environ de la population y a recours; b) l’efficacité de beaucoup de remèdes traditionnels n’est plus à démontrer; c) la médecine traditionnelle n’est pas coûteuse; d) compte tenu des ressources économiques du pays, on ne pourra pas assurer d’ici longtemps des services de santé adéquats; e) le recours à la médecine traditionnelle constituerait un pas vers l’autosuffisance.

Si des progrès remarquables ont été obtenus depuis 1974 en ce qui concerne le développement de services de santé modernes, on observe un retard sensible dans la mise en oeuvre des politiques de promotion de la médecine traditionnelle. Dans quelques cas seulement des guérisseurs traditionnels se sont organisés, mais faute de soutien et d’orientations la plupart d’entre eux ont fini par douter profondément de la sincérité et des intentions du Ministère de la Santé. La procédure d’organisation et d’autorisation des guérisseurs, mise en place après la création du Bureau de coordination, a été problématique. Jusqu’à présent, plus de 6000 guérisseurs originaires de différentes parties du pays ont été agréés. Les guérisseurs ont parfois constitué leurs propres associations professionnelles, mais celles-ci ne disposent ni des orientations, ni des ressources financières et humaines nécessaires à leur fonctionnement.

Un autre facteur important a contribué à la détérioration des relations entre le Bureau de coordination et les tradipraticiens, à savoir l’accent exclusif qui continue d’être placé sur la recherche concernant les plantes médicinales. Le Bureau de coordination a utilisé ses ressources limitées pour obtenir des guérisseurs traditionnels des informations détaillées sur les remèdes qu’ils utilisaient pour traiter les maladies. Les tradipraticiens ont alors fait valoir que personne n’avait le droit de les priver d’un moyen de subsistance important sans les assurer qu’ils puissent participer à l’essai de leurs remèdes et recevoir leur part des profits éventuels si les remèdes en question étaient jugés suffisamment utiles pour être produits et commercialisés en masse.

Les tradipraticiens et la lutte contre le SIDA

Un effort considérable a été engagé, ces deux dernières années, pour associer les tradipraticiens à la lutte contre le SIDA. Des tradipraticiens ont abordé le programme en affirmant qu’ils pouvaient guérir le SIDA. Le Comité consultatif technique du Programme national de lutte contre le SIDA en Ethiopie, qui a examiné la question à fond, était sceptique initialement. Deux questions particulièrement cruciales ont été posées lors du débat: “Est-il conforme à l’éthique d’orienter des malades vers le tradipraticien sans rien savoir du contenu de son remède et de sa toxicité possible?” et “Sommes-nous en mesure de procéder à une étude de toxicité même sommaire sur les animaux?”.

Tandis que ces questions étaient débattues et sous la pression de différents secteurs, on a adressé un petit nombre de patients (des malades du SIDA qui satisfaisaient aux critères de diagnostic clinique et biologique) à deux guérisseurs traditionnels. Il s’agissait de patients à différents stades de la maladie. Chaque fois que possible, des échantillons de sang ont été prélevés avant et après que le patient ait suivi un traitement de sept jours avec des préparations médicales traditionnelles. Chez quelques-uns des patients qui avaient la diarrhée, celle-ci a cessé, les patients ont retrouvé un bon appétit et ont de ce fait repris pas mal de poids. Certains des patients ont rechuté et sont décédés, mais d’autres ont survécu. Dans tous les cas où nous avons pu prélever des échantillons de sang avant et après l’administration de la préparation médicinale traditionnelle, il n’y a pas eu de modification des résultats du test par le Western blot et tous ces résultats étaient positifs. Dans l’intervalle, le Programme de lutte contre le SIDA et un tradipraticien sont convenus que ce dernier pourrait avoir accès à un dispensaire où il pourrait administrer sa préparation médicinale, qui ferait simultanément l’objet d’une étude de toxicité sur les souris.

Une étude de toxicité aiguë a été effectuée sur un petit nombre de souris, mais l’étude dans son ensemble a dû être arrêtée parce que le tradipraticien n’admettait pas que sa préparation médicinale puisse faire l’objet d’une quelconque manipulation hors de sa présence. Tous les efforts déployés pour l’assurer qu’il bénéficierait de toutes les retombées positives de sa préparation, si celle-ci se révélait utile, ont été vaines.

Depuis, d’autres tradipraticiens se sont intéressés au Programme de lutte contre le SIDA. Un Comité de la recherche, créé pour étudier le problème après cette expérience initiale, s’est attaché en priorité à élaborer un accord qui ferait foi devant les tribunaux entre les tradipraticiens et le Ministère de la Santé. Cet accord, qui énonce clairement ce qui est attendu du tradipraticien, du Ministère de la Santé et du Programme de lutte contre le SIDA, a été transmis aux tradipraticiens pour qu’ils communiquent leurs observations. Certains l’on rejeté automatiquement parce qu’il impliquait que soit révélée la teneur des préparations médicinales. D’autres ont dit qu’ils pourraient fournir tout ce qui était demandé. L’accord va être soumis au Conseil des Ministres pour approbation. Une fois cela fait, des recherches utiles sur la médecine traditionnelle dans l’optique du SIDA pourront être entreprises.

Comme nous l’avons relevé plus haut dans l’introduction, l’une des difficultés des rapports avec les tradipraticiens tient au fait que toute la question de la médecine traditionnelle a été mystifiée. Dans le contexte éthiopien, le savoir-faire d’un tradipraticien lui est conféré par Dieu et ne peut être transféré qu’à un enfant favori (de sexe masculin, en général). Dans ces circonstances, il serait très difficile pour un tradipraticien de faire part de ses connaissances à un chercheur auquel il n’aurait pas confiance. De leur côté, les praticiens de la médecine moderne font bien peu d’efforts, pour la même raison, pour comprendre les tradipraticiens. Pour le praticien moderne en Ethiopie, tout ce que font les tradipraticiens ne répond à aucune logique. Du fait de cette ignorance mutuelle, l’entreprise est quasiment vouée à l’échec.

Malgré ces problèmes, on a beaucoup progressé en ce qui concerne le recours aux tradipraticiens en Ethiopie. Avec l’adoption de la notion de soins de santé primaires et compte tenu du fait que 80 % de la population continue à consulter des tradipraticiens pour diverses raisons, le Ministère de la Santé a organisé des cours de recyclage de courte durée pour tenter de moderniser un peu la médecine traditionnelle. On en trouve le meilleur exemple avec les 11 500 accoucheuses traditionnelles formées par le Ministère de la Santé et qui suivent des cours de perfectionnement pour pouvoir préserver leur propre santé et, en même temps, informer la communauté au sujet de la transmission du SIDA et de la lutte contre cette maladie.

On pourrait faire appel aux tradipraticiens non seulement pour traiter, mais aussi pour prendre en charge les malades du SIDA. Comme on l’a déjà relevé, 80 % de la population rurale et aussi les populations urbaines consultent des tradipraticiens, même si elles ont accès à la médecine moderne. C’est pourquoi il est indispensable de gagner la confiance des tradipraticiens et d’établir une bonne relation avec eux. Dans beaucoup de pays d’Afrique, comme l’Ethiopie, où les problèmes posés par cette maladie s’aggravent, l’infrastructure de santé actuelle ne suffira plus d’ici quelques années.

Conclusions

a) Dans les pays qui pratiquent les soins de santé primaires, les efforts visant à associer les tradipraticiens à cette activité doivent se poursuivre à un rythme accéléré et de manière intégrée.

b) Lorsque des tradipraticiens sont associés à la guérison du SIDA, il faut leur préciser clairement leur droit à bénéficier des retombées positives de leurs préparations au regard de la loi. Ainsi, les tradipraticiens seraient davantage assimilés aux chercheurs et aux praticiens de la médecine moderne.

c) Les efforts entrepris dans beaucoup de régions d’Afrique pour recycler les accoucheuses traditionnelles et pour apprendre aux patients et aux tradipraticiens à faire usage de la médecine de manière raisonnable doivent être renforcés, afin de ne pas contribuer à la propagation de la maladie.

d) Les activités en matière d’éducation pour la santé devraient être orientées vers les tradipraticiens dans un esprit positif, plutôt que dans l’optique désobligeante selon laquelle elles sont menées à l’heure actuelle.

Référence

Bishaw M. 1989. Ethiopian traditional medical beliefs and practices. (Etude présentée au 14ème Colloque médical du CRDA.)

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