Rapport de la consultation sur le SIDA et la médecine traditionnelle: Contribution possible des tradipraticiens (Francistown, Botswana, 23-27 juillet 1990)
(1990; 60 pages) [English] View the PDF document
Table of Contents
Open this folder and view contents1. INTRODUCTION
Open this folder and view contents2. APPROCHES PERMETTANT D’ASSOCIER LES TRADIPRATICIENS A LA LUTTE CONTRE LE SIDA
Open this folder and view contents3. RECOMMANDATIONS
Close this folderANNEXES
View the document1. Liste des participants
View the document2. Programme de travail de la consultation
View the document3. Allocution de bienvenue de M. M. Tshipinare Ministre de la Santé par intérim du Botswana
View the document4. Déclaration liminaire du Dr G. L. Monekosso, Directeur du Bureau régional OMS de l’Afrique
View the document5. Médecine traditionnelle et SIDA: Tendances et perspectives par le Dr Olayiwola Akerele, Directeur du Programme de Médecine traditionnelle, OMS, Genève
View the document6. Aperçu de l’épidémiologie du SIDA dans le monde par le Dr Benjamin M. Nkowane, Médecin, Programme mondial de Lutte contre le SIDA, OMS, Genève
Open this folder and view contents7. Profils de pays
 

5. Médecine traditionnelle et SIDA: Tendances et perspectives par le Dr Olayiwola Akerele, Directeur du Programme de Médecine traditionnelle, OMS, Genève

Comme les éminentes personnalités qui ont pris la parole devant vous cet après-midi, j’ai le plaisir de vous accueillir et, en même temps, d’exprimer à nos hôtes et collègues du Botswana notre profonde gratitude pour la considération, la bienveillance et la générosité dont ils ont fait preuve en accueillant cette consultation. Je suis sûr que nul d’entre nous n’ignore combien de soins, de perspicacité et d’efforts ils ont consacré à préparer notre visite dans leur beau pays, afin que celle-ci soit non seulement agréable, mais aussi des plus fructueuses et intéressantes.

L’objet de notre consultation consiste à:

i) étudier les meilleurs moyens d’associer les tradipraticiens à la lutte contre le SIDA en Afrique;

ii) élaborer des directives pour aider les pays à parvenir à assurer l’adhésion des tradipraticiens et leur participation durable;

iii) examiner la nécessité d’entreprendre des recherches opérationnelles en matière de services de santé qui portent sur la médecine traditionnelle en vue de concevoir et de mettre en oeuvre les stratégies de lutte contre le SIDA et de surmonter d’autres problèmes de santé publique.

Je suis heureux de cette occasion qui m’est offerte de travailler avec vous pour trouver les meilleurs moyens d’utiliser au mieux les tradipraticiens pour lutter contre le SIDA. Je n’ai pas besoin d’insister sur le rôle important de la médecine traditionnelle dans les soins de santé primaires, puisque vous êtes tous des experts dans ce domaine. Vous êtes donc aussi convaincus que moi que nous devons, en toute logique, faire encore un pas en avant et envisager les meilleurs moyens d’associer les tradipraticiens aux activités communautaires en matière de soins de santé et, en particulier, d’intensifier et d’accélérer la lutte contre le SIDA.

J’aimerais vous donner maintenant un bref aperçu des objectifs et des activités du Programme de Médecine traditionnelle de l’OMS. Dans ses travaux sur la médecine traditionnelle, l’Organisation mondiale de la Santé encourage et aide les pays à trouver et à utiliser des remèdes et des pratiques sans risque et efficaces dans le cadre de systèmes de santé structurés et non structurés. Les priorités de l’OMS pour son Programme de Médecine traditionnelle sont reflétés dans un certain nombre d’activités regroupées en cinq grands domaines:

DEVELOPPEMENT DES PROGRAMMES NATIONAUX
RECHERCHE SUR LES SYSTEMES DE SANTE ET RECHERCHE OPERATIONNELLE
INVESTIGATIONS CLINIQUES ET SCIENTIFIQUES
EDUCATION ET FORMATION
ECHANGE D’INFORMATIONS

Dans le domaine du développement des programmes nationaux, l’OMS collabore avec ses Etats Membres pour examiner les politiques, la législation et les décisions nationales concernant le mode et le degré d’utilisation de la médecine traditionnelle dans le système de santé de ces pays. Ceci comporte notamment la fourniture d’une aide aux Ministères de la Santé pour mettre en place les politiques et les mécanismes appropriés en vue d’introduire les remèdes et les pratiques traditionnels dans les programmes de soins de santé primaires.

La recherche est un vaste domaine qui recouvre les systèmes de santé et la recherche clinique et scientifique. Dans la recherche sur les systèmes de santé et la recherche opérationnelle figurent des études sur les possibilités d’avoir recours aux tradipraticiens pour les soins de santé primaires dans les systèmes de santé au niveau du district et sur les limites de ce système, des enquêtes sur les formes traditionnelles de traitement médical et des répertoires des plantes médicinales et autres substances naturelles employées. Des études comparatives entre médecine moderne et médecine traditionnelle permettraient d’évaluer les avantages relatifs des deux systèmes, notamment leur efficacité sur le plan clinique et leur rapport coût-efficacité, ainsi que leur acceptabilité culturelle pour les utilisateurs.

Des investigations cliniques et scientifiques sont également nécessaires pour garantir l’innocuité et l’efficacité, comme on en fait pour la pharmacopée type moderne, surtout pour les produits manufacturés qui font l’objet d’un commerce international. Dans le cadre d’une stratégie globale de recherche en matière de santé, les organismes de recherche nationaux continuent à étudier l’innocuité et l’efficacité d’un grand nombre des remèdes utilisés par les tradipraticiens du point de vue de l’ethnobotanie, de l’anthropologie médicale, de la pharmacologie expérimentale et de la pratique clinique, ainsi que pour les études épidémiologiques. Ces organismes font une évaluation clinique des formes traditionnelles de traitement, ainsi que des études pharmacologiques et toxicologiques sur les plantes médicinales communément utilisées. Ils s’occupent également de normaliser et d’améliorer les formulations traditionnelles destinées à la production pharmaceutique.

Pour l’éducation et la formation. l’OMS cherche à promouvoir l’acquisition de connaissances et de compétences nouvelles par tous les personnels de santé, y compris les tradipraticiens. Pour former ces derniers, l’OMS insiste sur le perfectionnement de leurs compétences dans le cadre des systèmes de soins de santé primaires, afin de leur donner l’occasion de tirer profit de leurs expériences mutuelles. Les pays s’emploient également à incorporer des éléments de médecine traditionnelle à leurs programmes de formation des autres personnels de santé. On s’attache aussi activement à procurer aux communautés des matériels pédagogiques sur les formes traditionnelles de traitement toujours en vigueur.

Enfin, l’échange d’informations constitue un aspect vital du rôle que joue l’OMS non seulement au regard de la médecine traditionnelle, mais aussi vis-à-vis de presque tous les aspects de la santé publique. En cela, l’OMS reçoit un appui utile de certains centres de référence nationaux et de ses centres collaborateurs. The International Traditional Medicine Newsletter, publiée par le centre collaborateur de Chicago pour la médecine traditionnelle, permet d’échanger des informations sur la question en se référant à la fois aux travaux des autres centres collaborateurs et aux expériences nationales. Cette lettre d’information est intéressante en ce sens qu’elle permet aux individus et aux institutions de se tenir informés des faits intervenus dans d’autres parties du monde.

Nous avons assisté dernièrement au développement de centres collaborateurs de l’OMS pour la médecine traditionnelle. Le premier de ces centres, créé en février 1979 en Italie, était l’Istituto Italo-Africo à Rome; au début des années 1980, plusieurs autres centres ont été mis sur pied. Aujourd’hui, nous disposons de 26 centres collaborateurs pour la médecine traditionnelle dans le monde entier, dont cinq dans la Région africaine, trois dans la Région des Amériques, un dans la Région de la Méditerranée orientale, deux dans la Région européenne, trois dans la Région de l’Asie du Sud-Est et douze dans la Région du Pacifique occidental.

Il existe dans beaucoup de pays des institutions financées par des organismes nationaux et internationaux qui pourraient être mobilisées en faveur des activités qui se dégageront des travaux de cette semaine.

Il n’est plus contestable que la médecine traditionnelle et ses praticiens ont un rôle utile à jouer dans la lutte contre le SIDA, surtout dans la Région africaine. Même si ce rôle mérite d’être examiné de façon plus approfondie, on peut néanmoins détacher d’emblée trois grands domaines de réflexion, à savoir:

1) bien informer les tradipraticiens de la situation concernant le SIDA, de la menace que représente cette maladie pour le grand public et pour eux-mêmes et des stratégies de lutte actuelles;

2) faire en sorte que les tradipraticiens participent aux efforts de mobilisation des communautés en faveur des différents éléments des programmes nationaux anti-SIDA, par exemple distribution de préservatifs, éducation pour la santé, études épidémiologiques et recherche des contacts;

3) obtenir des tradipraticiens qu’ils fassent part de leurs connaissances et de leurs données d’expérience concernant l’emploi des remèdes traditionnels susceptibles d’avoir des propriétés antivirales et en particulier anti-VIH, ainsi que des remèdes utilisés pour traiter des infections en rapport avec le SIDA, telles que les infections opportunistes et le sarcome de Kaposi.

A ce propos, j’aimerais évoquer brièvement un aspect de la recherche biomédicale. Un des problèmes clés auxquels l’OMS et ses Etats Membres sont confrontés consiste à savoir comment formuler une politique de recherche - développement moderne pour la médecine traditionnelle. Pourquoi? Parce que pour le moment, les politiques de la recherche ne reflètent pas, dans la plupart des pays, le rôle de la médecine traditionnelle dans les services de santé. Avec de nouvelles politiques de recherche - développement, on pourrait beaucoup aider les institutions à faire face aux problèmes critiques qui se posent actuellement. On a entrepris récemment d’étudier les plantes médicinales traditionnelles considérées comme ayant des propriétés ou une activité antivirales contre les infections opportunistes qui touchent les malades du SIDA. Pour les maladies ou les syndromes viraux pour lesquels il n’existe pas de vaccin, tel le SIDA, il est clair qu’il faut trouver des agents thérapeutiques capables de bloquer de façon sélective le cycle de réplication du VIH.

Plusieurs produits naturels ont manifesté une activité anti-VIH ou anti-rétrotranscriptase in vitro; c’est le cas par exemple de la castanospermine tirée du châtaignier australien et de la glycyrrhizine tirée de la réglisse. Ces produits naturels ont également fait l’objet de tests cliniques limités. A cet effet, on a organisé en 1989, en collaboration avec l’unité Recherche biomédicale du Programme mondial de Lutte contre le SIDA, une réunion pour examiner l’évaluation systématique et scientifique de l’activité anti-VIH potentielle en vue d’une évaluation clinique plus poussée. Un document d’information sur la réunion est à la disposition des personnes intéressées.

En ce qui concerne le premier domaine de réflexion, nous devons continuer à trouver des moyens novateurs pour bien sensibiliser les tradipraticiens à la pandémie de SIDA et à ses conséquences, car dans beaucoup de pays en développement ils sont souvent les premiers que l’on contacte en cas de maladie et les derniers vers lesquels se tournent les malades condamnés et chroniques.

Avec les malades du SIDA, les tradipraticiens encourent un risque particulier, mais simultanément ils ont l’occasion de participer à la lutte contre le SIDA et aux programmes de promotion de la santé. Les tradipraticiens doivent être informés des risques auxquels ils s’exposent personnellement et des méthodes à suivre pour réduire le risque pour la population en général de contracter l’infection à VIH.

Compte tenu de l’importance potentielle du rôle de la médecine traditionnelle dans la lutte contre cette maladie redoutée, notre consultation devrait envisager d’élaborer des directives générales, qui pourraient être adaptées et reprises par les programmes nationaux anti-SIDA, afin de s’assurer la collaboration et l’adhésion entières des tradipraticiens aux programmes anti-SIDA.

Ces directives aideraient les responsables nationaux à mettre au point et à appliquer, dans leurs pays respectifs, des programmes de formation des tradipraticiens. Les pays devraient engager, au niveau des districts, une série d’activités à l’intention des praticiens de la médecine moderne et des tradipraticiens afin de les associer à la lutte contre le SIDA.

Notre consultation devrait également examiner les possibilités de développer le rôle des tradipraticiens, en insistant sur leur collaboration étroite avec les services de santé et sur leur participation active aux programmes opérationnels en matière de santé, surtout à l’échelle de la communauté et du district.

Nous aimerions également réfléchir un peu à la forme éventuelle de la coopération entre le secteur de santé structuré et le secteur traditionnel et au type d’appui complémentaire qui pourrait se révéler nécessaire sur le plan de la formation, du matériel, de l’échange d’informations, des contacts professionnels, etc.

De par sa nature même, le Programme de Médecine traditionnelle de l’OMS est multidisciplinaire et multi-institutionnel et ceci est fidèlement reflété dans les disciplines représentées ici aujourd’hui.

Le fait que nous soyons tous réunis pour examiner les modalités de la coopération avec les tradipraticiens signifie que ces derniers ont toujours un rôle très pertinent à jouer dans l’équation de la santé.

Cette situation relativement paradoxale illustre très bien notre conviction que peuvent contribuer énormément les tradipraticiens à améliorer la santé de toutes nos communautés.

Je vous remercie.

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