Rapport de la consultation sur le SIDA et la médecine traditionnelle: Contribution possible des tradipraticiens (Francistown, Botswana, 23-27 juillet 1990)
(1990; 60 pages) [English] View the PDF document
Table of Contents
Open this folder and view contents1. INTRODUCTION
Close this folder2. APPROCHES PERMETTANT D’ASSOCIER LES TRADIPRATICIENS A LA LUTTE CONTRE LE SIDA
View the document2.1 Directives pour l’élaboration des politiques de formation et de recherche et problèmes d’éthique en rapport avec la médecine traditionnelle et le SIDA
View the document2.2 Identification des secteurs de programme permettant d’associer les tradipraticiens à la lutte contre le SIDA
View the document2.3 Identification de groupes cibles de tradipraticiens pour la formation, élaboration d’une méthodologie de formation et sélection des matériels pédagogiques
View the document2.4 Identification des priorités de recherche
Open this folder and view contents3. RECOMMANDATIONS
Open this folder and view contentsANNEXES
 

2.2 Identification des secteurs de programme permettant d’associer les tradipraticiens à la lutte contre le SIDA

Dans la plupart des pays africains, le rôle des tradipraticiens en tant que responsables communautaires et dispensateurs de soins de santé est reconnu et accepté par la majorité de la population. Leur aptitude à communiquer dans des domaines touchant à la santé et à la vie sociale est une ressource vitale qui peut être utilisée dans plusieurs secteurs essentiels des activités de lutte contre le SIDA. On a reconnu qu’une approche multisectorielle était indispensable pour juguler la pandémie de VIH/SIDA.

2.2.1 Information, éducation, communication et services de conseil

Les tradipraticiens devraient être associés aux activités de sensibilisation, à titre initial et de façon durable, vis-à-vis du SIDA et des maladies sexuellement transmissibles, en étant chargés d’informer, d’éduquer et de conseiller leurs communautés en général et leur clientèle en particulier.

a) Les responsables communautaires, y compris les tradipraticiens, devraient être mobilisés et sensibilisés en faveur du programme de lutte contre le SIDA.

b) On devrait donner aux tradipraticiens des informations générales sur le SIDA dont ils pourront à leur tour faire bénéficier leur clientèle et leurs communautés. Il faut leur faire comprendre l’épidémiologie de la maladie pour tenter d’empêcher la transmission du VIH par contact sexuel et autres pratiques à haut risque.

c) Beaucoup de tradipraticiens et d’accoucheuses traditionnelles donnent souvent des conseils sur le mariage et abordent les problèmes de la vie familiale et de la sexualité avec certains groupes cibles tels que les femmes enceintes et les adolescentes. Ces personnes sont donc bien placées pour donner à ces groupes de population des informations pertinentes sur le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles.

d) Les tradipraticiens devraient encourager l’utilisation du préservatif. Les moyens de se débarrasser des préservatifs (par exemple en les nouant et en les jetant dans une latrine à fosse, en les enterrant, en les brûlant, etc.) doivent être expliqués clairement aux tradipraticiens afin que leurs clients puissent être correctement informés.

e) Les tradipraticiens se trouvent dans une position unique, en tant que notables de la communauté, pour participer aux programmes d’éducation entrepris pour modifier les coutumes et les traditions qui sont des facteurs de risque importants dans la propagation de l’infection.

2.2.2 Prévention de la transmission du VIH par les pratiques comportant une effraction cutanée, v compris la circoncision

a) Dans le cadre d’un dialogue constructif avec les praticiens modernes, les tradipraticiens devraient être sensibilisés aux risques importants de transmission du VIH à leurs clients et à eux-mêmes que peuvent présenter certaines de leurs pratiques. Il faudrait leur conseiller de trouver d’autres méthodes sans danger pour traiter leurs patients.

b) Il faudrait inculquer aux tradipraticiens les rudiments d’hygiène qui sont un élément clé de la prévention des maladies transmissibles, en organisant des discussions de groupe et des séminaires sur les précautions à observer.

2.2.3 Prévention de la transmission du VIH par le sang et les produits sanguins

Le risque de transmission du VIH pour les tradipraticiens, en particulier les accoucheuses traditionnelles, est un problème réel. Ce risque peut être atténué par une meilleure information sur les mesures de précaution à prendre.

a) Il faudrait identifier et promouvoir les bonnes pratiques susceptibles de prévenir la transmission du VIH.

b) Dans le cadre de l’élaboration du Programme national de lutte contre le SIDA, il faudrait fournir aux personnes qui dispensent des soins de type moderne et traditionnel des vêtements de protection adéquats et en quantité suffisante, notamment des gants.

c) Il faudrait concevoir une formation pour familiariser tous les personnels de santé avec les techniques obstétriques et en particulier avec les procédures traditionnelles, dans le suivi de minimiser les contacts avec le sang.

d) Les tradipraticiens traitent certaines affections en saignant leurs patients. Il faudrait leur expliquer le risque que présente cette pratique afin qu’ils y renoncent.

e) On pourrait profiter de cette occasion pour faire un sort à l’idée fausse qui veut, dans les sociétés africaines, que l’injection soit supérieure à d’autres formes de thérapie.

2.2.4 Prévention de la transmission périnatale

Les accoucheuses traditionnelles ont un rôle crucial à jouer dans l’éducation des femmes en âge de procréer. De par leur fonction, elles peuvent aborder des questions en rapport avec la vie familiale et la sexualité et, ce faisant, impulser une modification des comportements et encourager les pratiques sexuelles sans danger. Elles sont également bien placées pour conseiller les femmes en âge de procréer qui risquent d’être infectées par le VIH et pour les informer des précautions à prendre.

2.2.5 Prise en charge clinique et services de conseil

a) Les tradipraticiens constituent un vaste réseau d’agents de santé communautaires qui apportent un soutien aux individus et aux familles. Les programmes nationaux de lutte contre le SIDA devraient profiter de cet état de choses en les associant pleinement aux actions d’information, d’éducation et de communication prévues dans les programmes, ainsi qu’à la prise en charge clinique des malades du SIDA et aux services de conseil correspondants. Un mécanisme à cet effet devrait être mis en place par l’équipe de santé du district/village - y compris les tradipraticiens - dans le cadre du programme national anti-SIDA. Cette activité devrait être complétée par l’organisation à ces niveaux de discussions et de séminaires à l’intention de groupes cibles.

b) Les tradipraticiens ont l’habitude d’apporter un soutien psychosocial aux malades en phase terminale et des conseils aux familles des victimes. Avec les tradipraticiens, on dispose d’une autre solution non négligeable pour la prise en charge des cas de SIDA et il faudrait tirer parti de leur notabilité dans la communauté pour favoriser et obtenir la prise en charge de ces malades dans le cadre communautaire.

2.2.6 Processus permettant d’associer les tradipraticiens aux programmes nationaux de lutte contre le SIDA

Il n’existe pas de démarche simple ou unique qui permette d’associer les tradipraticiens aux programmes nationaux de lutte contre le SIDA; ceci suppose néanmoins un climat de confiance et de collaboration mutuelles entre tous les professionnels de la santé.

a) Lorsque les tradipraticiens sont officiellement reconnus, avec des structures spécifiques établies, ils devraient siéger aux comités anti-SIDA aux niveaux national et provincial et au niveau des districts. Ceci pourrait être la première étape vers la reconnaissance de leur rôle et leur association aux programmes nationaux de lutte contre le SIDA.

b) Lorsqu’il n’existe ni d’organisme national pour les tradipraticiens, ni de politique spécifique en matière de médecine traditionnelle, les plus hautes autorités politiques du pays devraient affirmer le rôle important des tradipraticiens dans les programmes nationaux anti-SIDA en attendant qu’une politique nationale ait été formulée et appliquée. On créera ainsi une atmosphère propice à un dialogue utile entre tradipraticiens et autres personnels de santé aux niveaux du village et du district.

c) Il faudrait utiliser les structures administratives existant pour les soins de santé primaires dans les villages et les districts pour entrer en contact avec les tradipraticiens. Une fois le dialogue entamé, il faudrait organiser des petites discussions en groupe pour examiner les questions posées par la lutte contre le SIDA et mettre en lumière le rôle des tradipraticiens. Ces discussions devraient être suivies de séminaires dans les districts et les provinces et au niveau national.

d) Il faudrait encourager les tradipraticiens à exprimer leur perception du VIH/SIDA, y compris leur point de vue sur sa prise en charge et son traitement, dans le cadre de discussions de groupe et de séminaires. Il faudra tirer parti des aspects positifs de leur perception quand on les associera aux activités nationales anti-SIDA.

e) On devrait identifier les points focaux qui feront le lien entre les tradipraticiens et les autres personnels de santé aux différents niveaux du système de santé. Ces liens devraient également être renforcés et développés, afin de coordonner les activités communes de lutte contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles avec d’autres activités relatives aux soins de santé primaires.

f) Les tradipraticiens devraient être associés si possible à tous les stades de l’élaboration, de la mise en oeuvre et de l’évaluation des activités de lutte contre le SIDA. Ils devraient participer à des activités communautaires structurées (par exemple, troupes de théâtre et autres) qui, dans le cadre des programmes d’éducation pour la santé, pourraient servir à illustrer les conséquences du SIDA.

g) Un système mutuellement acceptable d’orientation-recours entre praticiens de la médecine traditionnelle et autres praticiens devrait être institué. Cette initiative devrait être associée à un système de formation permanente afin d’inculquer aux tradipraticiens les informations et le savoir-faire nécessaires pour mieux prendre en charge et soigner les patients de la communauté.

h) Les tradipraticiens devraient être associés, si possible, aux études entreprises en collaboration avec les praticiens de la médecine moderne pour évaluer l’innocuité et l’efficacité des remèdes traditionnels et en particulier des plantes médicinales utilisés dans le traitement des infections opportunistes et des symptômes du SIDA. Les tradipraticiens pourraient également inciter les communautés à participer à des études de cet ordre. Pour faciliter cela et susciter une confiance mutuelle, les pays devraient envisager d’élaborer des lois sur les brevets pour protéger les droits des tradipraticiens et faire en sorte que les revenus tirés des médicaments mis au point à partir de remèdes traditionnels soient répartis équitablement.

i) Il faudrait prévoir spécifiquement, dans les budgets des programmes anti-SIDA, la participation active des tradipraticiens à la lutte contre le SIDA. Une fois que les tradipraticiens auront commencé à participer auxdits programmes, on devra trouver des ressources pour financer diverses activités, y compris des séminaires et la production de matériels pédagogiques, et pour rémunérer les points focaux/coordonnateurs nationaux et provinciaux, qui consacreront l’essentiel de leur temps à organiser leurs adhérents et à mettre au point et coordonner les activités retenues.

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