Le pian et la pinta (ou caraté) ont pour agents pathogènes respectifs les spirochètes Treponema pertenue et T. carateum (taxon périmé). Bien que ces tréponèmes soient étroitement apparentés à T. pallidum, l'agent de la syphilis, ils ne se transmettent pas par voie sexuelle. Les campagnes intensives organisées par l'OMS et l'UNICEF avaient presque abouti à éradiquer ces maladies dans les années 50, mais le pian est aujourd'hui endémique dans une large partie des régions tropicales tandis que la pinta est cantonnée à la zone tropicale américaine. Ces deux tréponématoses se propagent chez les enfants par contact direct. Les exsudats des lésions infectieuses primitives parviennent aux couches profondes de la peau grâce aux petites écorchures ou aux lésions cheilitiques associées à l'avitaminose B.
Après une incubation de 3 à 5 semaines, le pian se manifeste par une petite papule, généralement au pied ou à la partie inférieure de la jambe. Cependant, le signe d'appel consiste parfois dans des douleurs nocturnes aux membres inférieurs, imputables à une ostéopériostite des os longs. La lésion cutanée primitive s'étend rapidement, se transformant en un papillome ulcéré, couleur «chair musculaire», qui exsude une sérosité fourmillant de tréponèmes. Des lésions cutanées secondaires, papillomateuses ou papulosquameuses, peuvent apparaître n'importe où, mais plus généralement dans les zones cutanées humides et au niveau des jonctions cutanéo-muqueuses. Des douleurs et un œdème au niveau des petites articulations de la main sont également typiques du début de la phase de dissémination. En général, les lésions inflammatoires aiguës initiales disparaissent entièrement dans un délai de quelques mois, mais les rechutes ultérieures peuvent laisser des cicatrices cutanées étendues. L'ostéopériostite prolongée provoque des déformations osseuses caractéristiques, notamment celle du tibia en «lame de sabre». Cependant, pendant plusieurs années, des épisodes d'hyperkératose accompagnée de fissuration et d'ulcération de la plante des pieds, constituent souvent le seul signe de l'évolution de la maladie. Plus tard, on peut observer des gommes rappelant celles de la syphilis et des lésions destructrices des os. Une périostite crânienne gommeuse et la destruction des cartilages du nez et du palais sont également des complications classiques et graves de la maladie au stade avancé.
La pinta est une affection relativement bénigne, strictement cutanée. La lésion primitive est généralement psoriasiforme et atteint souvent un diamètre de plusieurs centimètres. Cette plaque ainsi que les autres lésions pouvant apparaître ultérieurement, perdent progressivement leur couleur violette initiale, laissant des cicatrices atrophiques dépigmentées.
Traitement
Pour éviter tout risque de rechute, il faut, dans la même séance, faire deux injections i.m. de benzathine-benzylpénicilline G à raison de 2,4 millions d'UI (1,2 million UI chez l'enfant) au total. En cas d'allergie à la pénicilline, on utilisera la tétracycline à partir de l'âge de 8 ans et l'érythromycine chez le malade plus jeune.